PAULETTE AIME LES ILLUSTRATRICES

Alors que la Joséphine créée par Pénélope Bagieu passe du petit écran de BD au grand écran de ciné, et que Margaux Motin sort son troisième tome, La tectonique des plaques, d’autres illustratrices parcourent le web -et plus si affinités-, en quête d’histoires à partager.

Nous en avons rencontré trois d’entre elles : Maureen (diglee.com), Roxane (roxylapassade.com) et Bérénice (desyeuxdebitch.wordpress.com). Des illustratrices totalement différentes les unes des autres, tant par leur trait que par leur ton. Mais qui de mieux qu’elles-mêmes pour se décrire ?
 
Paulette : Quel est l’adjectif qui définit le mieux ton personnage ?
Maureen : Décalée.
Roxy : Je crois que Roxy est ronchon.
Bérénice : Crûe ! Comme je rapporte les petits secrets de mes copines, j’aurais aussi pu dire « balance », mais ce n’est pas un adjectif.
 
Roxy, il y a une ambiance très particulière qui ressort de tes illustrations : un mélange entre un aspect un peu bourgeois, un autre solitaire et presque poétique…
Roxy : Ah bon, bourgeois ? Haha, je ne savais pas ! En fait mon personnage est vraiment à mon image, mais je prends un soin extrême à ne pas raconter des choses trop personnelles. Je ne veux pas tomber dans le créneau du journal intime « girly » (je déteste ce terme d’ailleurs), car ce créneau a été largement exploité, et parce que je préfère raconter des choses plus « universelles ». Par universel, j’entends des anecdotes qui peuvent autant parler aux nanas qu’aux mecs, et quand je peux y mettre un ton un peu dénonciateur ou moqueur, je suis ravie ! Du coup non, je ne parle pas trop de mes potes ou autre, ils apparaissent de façon figurative, plus pour étoffer la situation ou pour leur faire un petit clin d’œil. J’assume la légèreté de mes propos, et le côté fashionista de mon perso, mais j’essaye de ne pas trop le mettre en avant, je préfère donner mon avis sur certaines choses, et exploiter mon côté ronchon, râleur, un peu siphonné.
 
Bérénice, tes dessins, surtout les corps, sont magnifiques : peut-on trouver des illus de toi en presse ou en pub ?
Bérénice : Malheureusement non, pas de personnages comme sur le blog. A vrai dire, l’occasion ne s’est pas présentée pour l’instant. On me demande plutôt des machines à laver et des moissonneuses-batteuses !
 
« Mon blog m’a tout apporté »
 
Comment considériez-vous votre blog d’illustratrice au moment où vous l’avez commencé et comment le considérez-vous aujourd’hui ? Êtes-vous étonnées du tremplin qu’il peut représenter pour votre vie professionnelle ?
Maureen : Beaucoup de choses ont changé ! Notamment concernant mon regard sur ma place de femme dans le milieu de l’édition. Il y a eu de telles polémiques sur le « blog girly », comme on l’appelle en ce moment, que cela force à se poser les bonnes questions. J’ai récemment participé à une courte conférence sur la place des femmes dans la BD (environ 15% seulement…) avec l’association HF qui lutte contre cette constante inégalité dans les milieux professionnels quels qu’ils soient. Moi qui jusque là cultivais un féminisme plutôt hasardeux et discret, je me retrouve à en faire un vrai combat, à y réfléchir beaucoup pour mes projets à venir. Je pensais parler de légèreté et ne pas trop me mouiller humainement parlant, et en fait cette réflexion fait aujourd’hui partie inhérente de ma vie. Pour ce qui est de mon blog, je suis toujours surprise de l’engouement qu’il a suscité. C’est en effet lui qui m’a tout apporté, et je me remercie de l’avoir tenu avec tant de rigueur à l’époque. J’avais besoin de cette échappatoire quotidienne, mais je n’aurais jamais pensé qu’elle serait publique si rapidement. À l’époque, je lisais uniquement Laurel (il faut dire que je n’avais même pas internet chez moi, et que j’étais assez peu au courant et concernée par ce média…) : c’est vraiment un hasard car au départ mon blog devait être un book en ligne, pas un journal illustré. Et puis finalement l’envie de décompresser triomphant, je me suis mise à raconter ma vie…
Roxy : Quand j’ai ouvert mon blog, c’était vraiment pour moi, pour me « trouver » (même si, soyons réalistes, on ne se trouve jamais vraiment). J’ai été poussée par mon prof de B.D à l’époque, pour me lancer et tester des choses. Après, ça m’a donné une rigueur, et je l’ai pris comme étant une vitrine de ce que je faisais, comme pour dire « Regardez, je suis sérieuse, productive, et motivée ». Je le vois aussi comme un complément, une carte de visite, quelque chose qui montre un peu ma personnalité, et qui peut ou non interpeler positivement les clients. Mais je n’ai jamais voulu en faire un livre, tout simplement parce qu’au début c’était vraiment trop nul, et ensuite parce que je n’ai jamais suffisamment réfléchi mes posts pour qu’ils s’encrent dans un propos global.
Mais aujourd’hui, j’ai une idée de B.D en tête (non, je n’en dirai pas plus !), qui s’encrerait dans un « vrai » thème, un truc réfléchi et structuré. À suivre…
 
Bérénice : Moi j’ai récemment été contactée par plusieurs éditeurs pour adapter le blog en bd. Rien n’est encore fait, mais c’est chouette, et ça ne m’empêchera pas de continuer le blog gratuitement sur internet ! Le but est surtout de dessiner les anecdotes qui nous faisaient marrer entre copines. Si ça devient quelque chose de professionnel, ce n’est que du bonus… Même si les copines risquent de me demander des droits d’auteurs ! 
 
Comme abordé par Diglee, il y a quand même un petit côté féministe plus ou moins revendiqué qu’on sent poindre à travers les travaux des illustratrices du net. Entre nous, les FEMEN, vous en pensez quoi ? C’est quoi, finalement, être féministe, en 2013 ?
Maureen :Alors, j’ai du mal avec les FEMEN. Voilà, c’est dit. Je trouve que c’est un féminisme plutôt maladroit, ancestral et provocateur, qui brasse surtout beaucoup de vent. Je ne leur en veux pas, de là où elles viennent c’est un geste très fort et téméraire, mais je ne suis pas sûre que cela rende justice à notre combat. Ovidie (vraie féministe, pour moi) en parle très bien sur son blog (à lire ici). Pour moi une féministe de qualité, c’est une femme combative mais pas agressive, pas hystérique, qui n’a pas besoin de violenter pour convaincre. Nul besoin d’attaquer la religion pour libérer les femmes… Personnellement je suis agnostique, et je me vois mal insulter l’église pour revendiquer mon droit de porter une mini jupe. Je ne vois pas bien le rapport. Et mêler la nudité à tout ça, pour qu’encore la femme ne soit finalement qu’objet (parce des FEMEN habillées, ça intéresse bien moins la presse), je trouve que cela va presque dans le sens inverse de leur combat. Voilà, je salue l’initiative, mais rejette totalement la forme.
 
Bérénice :Ce qui est sûr, c’est que le féminisme ne se réduit pas aux FEMEN, mais elles ont au moins le mérite d’en faire une question d’actualité. Je dirais que le féminisme c’est une demande des femmes d’être considérées à l’égal des hommes… Et c’est un peu dommage, qu’en 2013, on soit encore obligé de le demander. C’est vrai quoi, qu’on ne vienne pas me dire que les femmes sont en dessous des hommes ? On monte aussi dessus !
Avez-vous une illustratrice « favorite » ?
Maureen : Aude Picault ! « Comtesse« , plus belle BD du monde.
Roxy : J’en ai plein. Mais je vais faire dans la non-originalité et répondre Margaux Motin ! La grâce du trait !
Bérénice : Ce n’est pas une blogueuse, mais j’adore les illustrations de Claire Wendling. Et plus généralement les gens qui gravitent autour des studios d’animation.
 
« Physiquement, je voudrais être Scarlett Johansson »
 
Qui jalousez-vous ?
Diglee : Le slip de Michael Fassbender.
Bérénice : Pour le moment personne, mais bientôt, toutes les ex de mon prochain mec. Normal !
Quelle est votre icône absolue ?
Diglee : Lou Andréas Salomé ou Anaïs Nin (impossible de me décider)…
Roxy : Aucune idée ! Physiquement je voudrais être Scarlett Johansson ou Marion Cotillard. Et intellectuellement, je serai bien un mix de toutes mes écrivains préférées. En toute simplicité.
Bérénice : L’étoile dans Mario Kart, car quand tu as cette icône, plus rien ne peut t’arriver !
 
Si vous deviez vous mettre dans la peau de quelqu’un pendant 24h, ce serait qui ?
Diglee : Le slip de Michael Fassbender.
Roxy : Un mec. Pour jouer avec mon zizi. Sans hésiter.
Bérénice : Bill Gates ! Rien de sexuel hein, j’en profiterai juste pour vider ses comptes sur le mien !

Ce serait abusé de vous demander un dessin, comme ça, spontanément, impulsivement, pour Paulette Mag ?
 
Berenice

Roxy
 

>Retrouvez Maureen sur http://diglee.com
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