PASTÈQUES ET PARABOLES, INTERVIEW DE L’ARTISTE JOHANNA TORDJMAN

Johanna Tordjman photographiée par @marvin_sanzen

Jeune femme créative, Johanna Tordjman a investi le show-room Converse le week-end dernier pour présenter son nouveau projet « Pastèques et Paraboles. » Exploratrice digitale et artiste audacieuse, elle allie des images de Google Street View avec de la peinture et des néons pour créer des œuvres ancrées dans notre époque, qui nous invitent à interroger notre société. Aujourd’hui, elle partage avec nous ses inspirations et comment elle en est venue à se servir de Google comme source d’inspiration.

Peux-tu te présenter ? D’où tu viens, qu’est-ce que tu fais ?

Bonjour ! Je m’appelle Johanna Tordjman, je vis et travaille à Paris, et je suis artiste peintre, mais je n’ai pas peur d’essayer différents médiums s’il sont plus adaptés au message que je cherche à transmettre.

Tu exposes au showroom Converse ton nouveau projet, intitulé « Pastèques et Paraboles », pourquoi ce nom ?

J’ai écumé la plateforme pendant des mois à la recherche d’images captivantes sur Google Street View, et mes destinations préférées étaient l’Afrique de l’Ouest et l’Amérique Latine. Dans ces pays, il y avait énormément de vendeurs de pastèques sur les bords de route et énormément de paraboles aux fenêtres. Un jour, je traversais la Tunisie et je suis tombée sur une image où les deux étaient réunies, j’ai trouvé le nom marrant, je n’intellectualise pas toujours tout (rires).

Crédit : Johanna Tordjman

Comment as-tu conçu « Pastèques et Paraboles » ?

Je venais de terminer mon exposition DN41R que j’avais été invitée à présenter pendant la Fiac par la ville de Paris à la Halle des Blancs Manteaux. Ça traitait de la surveillance et de l’identité. Deux jours après la fin de l’exposition, je cherchais une adresse sur Google Maps, où j’avais un rdv pour ne pas me perdre en scooter, et finalement je me suis perdue sur Google Street View. Première image sur laquelle je tombe, des mecs qui se battent à Barbès. Le lendemain, je suis partie en Russie direct. Je me suis dit que j’allais forcément trouver des images fortes, et j’ai continué au fur et à mesure à parcourir le monde 2.0

Comment définirais-tu ta relation aux outils numériques comme Google ?

Je suis née en 1990, j’ai grandi avec l’arrivé du modem, de l’ADSL, des moments où dès que ma mère téléphonait à quelqu’un, notre connexion internet se coupait. Avant l’arrivée des réseaux sociaux il n’y avait pas grand-chose à faire sur Internet à part chercher des informations, ce qui n’était peut-être pas plus mal d’ailleurs. J’ai abandonné les encyclopédies super vite en faveur de Google, je suis quelqu’un avec beaucoup de questions, tout le temps, et Google est clairement mon meilleur ami pour ça.

Crédit : Johanna Tordjman

Quelle est l’œuvre du projet dont tu es la plus fière ?

Ah, c’est pas évident comme question. L’œuvre à proprement dit c’est vraiment la peinture sur sérigraphie avec le néon, c’est quelque chose que j’avais en tête depuis un moment que d’ajouter de la lumière à même mon travail, mais ça me paraissait toujours un peu compliqué, ou pas le bon moment. Finalement on l’a fait, et j’en suis vraiment heureuse. Sinon mon meilleur screenshot, c’est à Saint-Louis au Sénégal, j’en ai d’ailleurs fait une peinture, deux femmes qui marchent près d’une mosquée, l’image est incroyable.

Crédit : Johanna Tordjman

Est-ce que tu as toujours fait de la peinture ? Ou est-ce que tu es passée par d’autres chemins avant de t’y consacrer ?

La peinture est arrivée un peu tard dans mon process, j’ai toujours dessiné, j’ai commencé par reproduire des Pokémon dans la petite chambre de chez mes grands-parents. Mon préféré c’était Salamèche. Mais sinon j’ai fait des études de communication visuelle, je suis devenue graphiste, puis DA, j’ai fait de la calligraphie pour des marques assez cools, je suis passée par la musique aussi, avant tout ça. J’ai toujours créé des trucs, et la peinture s’est imposée à moi début 2016, on peut dire qu’elle m’a sauvée.

Ton oncle vit à Los Angeles, est-ce que l’Amérique a eu une influence sur toi en tant qu’artiste ?

Je viens de Créteil, et c’est pas là-bas qu’on m’a appris qu’être artiste c’était un métier. J’ai passé beaucoup de temps à LA, et je pense qu’indéniablement cela a eu un lien sur ma vision des choses. La mentalité y est différente, mais pas mieux. Les gens que j’ai rencontrés là-bas venaient toujours de « rien », la méritocratie y a vraiment sa place, le champ des possibles avait l’air plus grand. J’ai pris conscience que j’avais le droit de faire absolument tout ce que je voulais et que si j’étais la première à croire en ce que je faisais, alors le reste allait suivre. Et pour l’instant, ça n’a pas l’air trop mal.

Crédit : Johanna Tordjman

Quel est ton processus de création ?

Je suis sur Google Street View, j’avance au gré de mes clics, et je cherche la beauté du quotidien capturé sans intention de faire du beau. J’ai une base de screenshots aussi immenses que vous pouvez l’imaginer… Ensuite je les peins, je les assemble, je les compose pour en créer une toile. L’acte 1, que j’ai présenté chez Converse s’appelle Internet Explorer, donc il était vraiment basé sur l’exploration du monde 2.0, en l’état. Pour la suite, je construis des histoires, je rends leur identité à tous ces protagonistes floutés, donc il y a un vrai travail d’imagination, de scénarisation même qui vient entre la capture d’écran et la peinture.

Des projets à venir ?

L’expo se coupe en 3 actes. Il y a l’acte 2 qui arrive pour la fin de l’année, ce sera annoncé prochainement, et l’acte 3 pour 2020. De la peinture toujours, et de la vidéo de plus en plus. Un film même.

Article de Inès Huet

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