PASSION PIT : “JE SUIS DEVENU UN HANDICAPÉ DES SENTIMENTS”


Photos d’Elodie Daguin
 
Il y a trois ans, suite à la sortie de son deuxième album, Gossamer, Michael Angelakos révélait souffrir de troubles bipolaires, annulant de fait plusieurs concerts de sa tournée. Mais il s’est battu et aujourd’hui, il va mieux ! Kindred est foisonnant. Chaque titre est une fête, irrésistible ! Dans sa conception, il aborde les choses simplement, l’esprit libre. Rencontre touchante avec la tête pensante du génial groupe Passion Pit.
 
Paulette : Tu as donné un seul concert à Paris, avant la sortie de ton nouvel album. Ton impression ?
Michael Angelakos : J’aimerais pouvoir donner plus de concerts ! On n’a pas eu la possibilité de tourner beaucoup avec l’album précédent, en Europe j’entends, mais on a fait quelques dates aux Etats-Unis, au Japon. C’est très étrange comme tout cela s’est passé. Aujourd’hui, pour la première fois, je suis impatient… Ces dernières années, j’ai passé mon temps à l’hôpital, ce n’était pas très joyeux. C’est assez incroyable ce qui m’arrive aujourd’hui !
 
Remonter sur scène, c’est un soulagement ?
Je ne sais pas si je peux appeler ça un soulagement, parce que je n’ai pas de point de comparaison. C’est un sentiment nouveau pour moi, la situation est totalement différente et j’en profite tout simplement, parce que je ne me suis jamais senti aussi bien et en forme. Je n’ai jamais été aussi excité à l’idée de ce qui pourrait arriver dans les prochains mois. Avant c’était une corvée mais plus maintenant !
 
Sur les visuels de ce nouvel album, un enfant : assis à table en famille ou allongé dans l’herbe avec une petite fille, les yeux tournés vers le ciel. On ne sait pas qui il est mais son regard en dit long. A quoi pense-t-il ?
Je n’ai pas envie de parler pour lui (rires) et en même temps, ce ne serait pas un problème. Je voulais mélanger l’artifice à la réalité et jouer sur le côté inconfortable de la situation. Je me suis inspiré des mélodrames des années 50 de Douglas Sirk, avec le faux arrière-plan, très hollywoodien, les couleurs vives. Le face caméra, c’est le truc le plus terrifiant du monde et c’est encore plus troublant quand il s’agit d’un enfant ! Pourtant, vous ne pouvez pas vous empêchez de le regarder fixement en retour. J’adore ça ! L’important n’est pas ce qu’il pense mais ce qu’il transmet !
 
Est-ce qu’il a le regard tourné vers son avenir ?
Comme s’il savait ce qui allait lui arriver ? Je ne suis pas sûr qu’il s’inquiète pour ça. De mon point de vue, il est omniscient, comme un saint qui flotterait au-dessus du monde. Ce n’est pas ce à quoi on s’attend quand on découvre la pochette d’un album pop (rires) !
 
Est-ce qu’il s’agit de vous quand vous étiez plus jeune ?
Ça se rapproche des sentiments que j’ai pu avoir ou des épreuves que j’ai pu traverser, mais c’est quelque chose d’universel. J’avais surtout envie de créer la surprise en allant à contre-courant de l’image de Passion Pit et casser les idées préconçues qu’il y a dans la pop en général. Quand vous feuilletez le livret, il y a une histoire qui se dessine, mais nous avons fait en sorte que chacun puisse l’interpréter à sa façon. C’est sans fin !

 
Quel est le point de départ de ce nouvel album ?
Je travaillais sur d’autres projets qui m’ont encouragé à reprendre l’aventure Passion Pit. Au début, je ne savais pas quelle forme ça prendrait ou même si je ferais un nouvel album. Je ne savais pas si j’en avais envie, et puis j’ai laissé les choses venir et ça a fini par me démanger. Il fallait rendre la chose agréable ! J’ai organisé une session de répétitions avec mes co-producteurs, il y avait des choses bien, d’autres moins bien, mais c’était beaucoup moins dramatique et plus détendu qu’auparavant. C’était facile ! Avec Passion Pit, on n’écrit pas un album en un mois mais six mois c’est une bonne moyenne pour celui-ci.
 
Pour Gossamer, tu disais avoir vécu l’enfer. As-tu pris plus de plaisir sur celui-ci ?
Oui c’était tout l’inverse ! Il n’y a pas eu de situation extrême ou de forces extérieures qui ont nui au projet, à l’exception de ma propre inaptitude à mettre un point final à l’enregistrement des chansons. Figer les choses, ça fait peur. Mais pour une fois, je n’ai eu que ce petit problème là à gérer !
 
Ce nouvel album s’appelle parenté. Questionner ses racines, c’est l’âge qui veut ça ?
J’ai essayé de comprendre ce qui m’a construit, mais sans entrer dans une sorte de thérapie psychanalytique. Je voulais surtout savoir où j’en étais aujourd’hui. J’en ai finis de m’interroger sur mon passé, je l’ai assez fait ! (rires) A force de penser, j’avais besoin d’agir ! Bon sang, je dois devenir adulte ! J’aurai 28 ans en mai donc c’est le moment idéal pour grandir un peu. Mon intention avec cet album, c’était de faire les choses simplement !
 
Qu’as-tu appris sur toi-même en écrivant ce nouvel album ?
J’ai appris à m’accepter. C’est compliqué d’être dans une position où vous êtes facilement critiquable pour des choses que vous faites par amour. Je suis chanceux d’être artiste, mais être payé pour ça, c’est ridicule, c’est fou ! Pourtant, j’ai arrêté de me dire que je ne le méritais pas, y compris l’attention et l’amour que l’on me portait. Sinon c’est de l’auto sabotage. J’avais vraiment besoin de chasser ça de ma tête. J’étais tellement focalisé sur le boulot pendant tout ce temps que je suis devenu un handicapé des sentiments. C’est important de s’aimer soi-même ! Mais pour être honnête, c’est très difficile !
 
Quand tu fais le point sur ton parcours, tu dis : “J’avais peur et je voulais proposer quelque chose de grand et d’excitant.” Es-tu en phase avec toi-même aujourd’hui ?
C’est excitant de vouloir devenir quelqu’un d’important mais je me fiche d’y arriver aujourd’hui. Ce n’est pas l’un ou l’autre : je dois l’être ou c’est un échec total. Je suis simplement heureux de pouvoir faire de la musique et de sortir des disques. Avoir compris ça, c’est un luxe ! Donc oui, je suis beaucoup plus en paix aujourd’hui.

 
Tu aimes recycler les sons les ambiances. Et tu déformes beaucoup ta voix, pour qu’elle ressemble à un synthé par exemple.
Oui j’adore ça ! Je n’ai pas la voix aussi aigue que ça et j’aime bien la tordre dans tous les sens. Beaucoup de gens s’imaginent que je suis une fille, c’est génial ! (rires)
 
Ta voix peut monter très haut dans les aigus. Rien à voir avec ta voix parlée !
Oui ça en étonne plus d’un !  J’ai une  voix très particulière, mais ça me convient. Tous mes artistes préférés ne sont pas techniquement de très bons chanteurs mais ils ont une vraie signature vocale qui les rend uniques, comme Tom Waits par exemple.
 
Qu’est-ce qui guide ton envie de tout détruire pour repartir sur une base nouvelle ?
Je ne sais pas ! Sans doute parce que les idées se bousculent dans ma tête. Les gens qui me côtoient deviennent dingues ! Mon manager, mes producteurs, mes amis me demandent toujours : Mais qu’est-devenu cette chanson que tu nous as fait écouter il y a quelques jours ? Tu devrais en prendre soin, c’est ton patrimoine ! Mais je ne vois pas les choses comme ça, je suis tout le temps en train d’écrire de nouvelles chansons. Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours fait de la musique et je ne suis pas maladivement possessif !
 
Est-ce que tu as beaucoup jeté ?
Oui ! C’est un album court mais je l’aime bien comme ça. 38 minutes, 10 chansons, c’est parfait ! Personne ne voudrait s’asseoir plus longtemps pour l’écouter de toute façon !
 
Tu attaches beaucoup d’importance aux détails. En écoutant cet album, j’ai immédiatement pensé à Phoenix.
Je les adore ! Mon dieu, ils m’ont beaucoup influencé ! En plus, c’est des mecs très sympas. On s’est déjà croisés en tournée. Je me souviens de cette fois où ils m’ont demandé : Mais comment fais-tu pour avoir ces batteries aussi énergiques ? C’était fou ! Je n’en revenais pas ! C’est plutôt moi qui aimerais savoir comment ils arrivent à faire toutes ces choses surprenantes dans leur musique ! United, Alphabetical, tous leurs albums sont remarquables ! Je ne leur arriverai jamais à la cheville ! Comme eux, je suis attaché aux détails et je peux très vite devenir obsédé, non pas par la perfection, mais par la cohérence. De l’extérieur, j’ai l’air d’un fou, mais pour moi, c’est totalement justifié !
 
Une dédicace aux Paulette ?
Si vous ne connaissez pas Passion Pit, saisissez l’opportunité de nous découvrir ! Et puis, ce sera l’occasion de me faire de nouveaux amis !

PASSION PIT :: KINDRED
Columbia/Sony Music
 
 
 
 
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