PARA ONE, POP ET PASSIONNÉ


Producteur, réalisateur et co-fondateur du label Marble, Jean-Baptiste de Laubier aka Para One revient avec un nouvel album, Passion
.

Son nouvel album Passion a été décrit par son ami Tekilatex comme celui qui « va changer le paysage de la musique électronique en France ».  Nous avons eu la chance d’assister à une session d’écoute et de poser quelques questions au principal intéressé sur ce nouvel opus. Rencontre.

 
Paulette : Pourrais-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas encore ?
Para One : Je suis Para One, j’étais le producteur du groupe de rap TTC, avec Tacteel et Orgasmic pendant un certain nombre d’années, c’est comme ça que pas mal de gens m’ont connu, puis j’ai fait une carrière solo et sorti un album qui s’appelle Epiphanie.
Entre temps, j’ai lancé un projet avec San Serac : Slice & Soda. J’ai produit également « Defiant Order » de Birdy Nam Nam, et m’occupe en ce moment l’album de Micky Green. J’ai aussi fait la bande originale du film « La naissance des pieuvres » en 2007 et celle de « Tomboy » avec Tacteel.
 
Parlons de cet album, pourquoi « Passion » ?
J’aime bien l’ambiguïté pseudo-catholique du mot, de la même façon qu’Epiphanie jouait un peu avec cette limite. Il y a le côté tragique dans la passion mais aussi le côté très chaleureux de l’amour, et je voulais que ce titre soit mystérieux.
C’est un mot qui être pris de plusieurs façon, la passion peut être destructive mais aussi positive. Chacun est libre de se faire sa propreopinion en écoutant le disque.
 
Quelle est la genèse de l’album ?
Ca faisait longtemps que je voulais faire un 2e album, mais je n’étais pas sûr d’être dans les bonnes dispositions pour le faire, je pense que c’était mieux d’aller voir ailleurs, travailler avec d’autres gens, m’inspirer, voyager etc.
J’avais l’impression d’avoir dit pas mal de choses avec mon premier album et d’avoir balancé pas mal de pistes, mais j’attendais d’être prêt pour faire le deuxième, qui pour moi devait être quelque chose de plus assuré, de tranquille et affirmé. 
Et c’est en discutant avec un ami il y a un an et demi que j’ai eu le déclic, j’ai compris que je pouvais m’y mettre.
 
En parlant d’aide et de collaboration, y a t-il des personnes qui sont intervenues dans la création de l’album ou as-tu été seul à le faire ?
C’est impossible d’être vraiment tout seul mais cette fois-ci, j’ai moins fait écouter le disque à mes amis, ce qui prouve que j’ai confiance. Je savais où j’allais, mais j’ai quand même fait intervenir Tekilatex, Surkin et Bobmo (de son label Marble ndlr), Jackson, grosso modo mes voisins de studio, mais j’avais envie de décider. Parfois sur des projets solos je n’étais pas le chef parce que je me faisais influencer. Là, cet album n’est influencé que par moi (rires).
 
« LE MATIN J’ÉCOUTE PRINCE PLUTÔT QU’UN GROUPE OBSCUR »
 
Contrairement à tes précédent albums comme celui de La naissance des pieuvres, qui est plus « narratif« , celui sonne parfois plus pop, c’est une volonté de s’ouvrir au public, ou cela s’est fait naturellement ?
A la base, l’album devait être très expérimental, je me suis dit « Je vais faire la musique que j’ai dans ma tête, et si c’est une musique trop chelou tant pis, ça perdra les gens, mais ce n’est pas grave parce que c’est ce que j’ai à dire ».
Mais en le faisant, je me suis rendu compte que j’avais acquis une certaine expérience, notamment avec Slice and Soda qui me permettait d’assouplir ces expérimentations et de les rendre lisibles, compréhensibles et accessibles.
J’adore la pop, et je pense que ça sort naturellement, le matin quand je me lève j’écoute Prince plutôt qu’un groupe obscur (rires). Je sais que je ne pourrai pas être ce genre d’artiste, mon truc c’est plutôt d’être un mec un peu torturé avec un ordinateur, et forcément c’est le dialogue entre ces deux choses là qui donne le disque.
 
Avec ces expérimentations et tous les styles que tu touches dans ce disque, est ce que tu n’as pas peur de perdre un peu ton public ?
Je vais peut être perdre mon public, mais c’est comme quand on met tapis au poker : soit on bluffe soit on est sûr de son coup. Ce qui est le cas pour moi, c’est à dire que c’est exactement la musique que j’ai voulu faire, et donc que c’est l’acte le plus sincère que je puisse faire. Je pense que si les gens me suivent pour les bonnes raisons ils aimeront, sinon tant pis.
Je suis habitué au syndrome des gens qui me demandent toujours à ce que je fasse l’album d’avant, que ce soit avec TTC ou Birdy Nam Nam. Les gens s’attachent au passé, comme quand on change de version Facebook, les gens râlent parce que ce n’était pas comme l’ancien, on est tous comme ça.
C’est un peu la même chose avec l’art, je pense que pourtant sa mission est d’apporter de nouvelles idées, et je suis sûr que pour le prochain album, on me reprochera de ne pas avoir fait les mêmes choses que dans celui ci.
 

  
Justement il y aura donc un live avec des synthés comme avec Tacteel à la Gaieté Lyrique ?
C’était un cas particulier, on avait ramené tous nos studios sur scène, parce que la Gaieté Lyrique était à trois rues de chez nous donc c’était plutôt pratique. C’est pour ça qu’on a tenu à ce que ça soit très documenté, filmé et enregistré.
Je pense qu’on sortira un jour ou l’autre cette version live comme un album qui réunit nos morceaux et nos remixes récents. Tout ça pour dire que je trouve ça trop lourd de ramener tout ce matériel !
Ce qui est important dans mon live, ce n’est pas tant le côté imposant d’avoir pleins de synthés sur scène, c’est plutôt le fait de pouvoir le faire et le refaire sur la route, toute l’année et au lieu d’en faire un qui soit grandiose, en faire 300 qui aient un impact local et qui soient le reflet de l’inspiration du jour.
 
Plus généralement, pour parler de ton label Marble quel bilan tires-tu un peu plus d’un an après sa création ?
Un super bon bilan ! On est plus inspirés que jamais, on a plus confiance en nous et on maîtres de notre business, de nos idées et on a un rapport plus direct avec les gens qui suivent notre musique. Je pense que ça nous a fait passer dans la génération d’après, c’est-à-dire que bizarrement ça nous a rajeuni.
Le côté familial est là plus que jamais, ce qu’on avait déjà dans Institubes (son ancien label nldr), pour en reparler, je pense qu’il y avait de l’arthrose dans à la fin dans ce label, avec les problèmes d’argent et le catalogue qui était devenu énorme, on ne s’y retrouvait plus tellement.
Marble a rafraîchi tout ça, parce que c’est une structure plus petite, plus légère et plus pertinente pour nous.
 
« IL FAUT UNE GENERATION DE GIRL POWER QUI AFFIRME SON AMOUR POUR L’ÉLECTRO ! »
 
Et sinon, quelles sont les autres passions de Para One ?
Le cinéma ! C’est quelque chose qui me nourrit énormément. Mes amis sont autant des gens qui travaillent dans la musique que dans le cinéma donc forcément, c’est un peu ma deuxième passion.
J’ai déjà fait un court métrage, peut être qu’un deuxième court va suivre, ou un long, on verra quand j’aurai le temps, et quand j’aurais quelque chose de concret à dire. La chance que j’ai, c’est que la dernière fois que j’ai voulu dire quelque chose, je l’ai fait avec un clip pour ma propre musique, « Lean On Me » c’était assez pratique !
 
Un dernier mot pour les lectrices de Paulette ?
Je pense que les lectrices de Paulette doivent demander plus de musique électronique aux djs ! J’ai remarqué que les filles ont tendance a demander plus de rock’n’roll et je pense qu’on a besoin d’une vraie culture de la musique électronique et d’arrêter de penser que ça se limite à une sorte de musique qui fait « boum boum » pour les abrutis, ou de la musique trop compliquée.
On a besoin d’une musique pop qui assume son coté électronique sans se cacher et sans chercher forcément à ramener une guitare pour faire folk, parce que ça fait parti du folklore qu’on voit sur les blogs. Il faut une génération de girl power qui affirme son appartenance et son amour pour la musique électronique et qui ne correspondrait pas aux clichés qu’on se fait de cette même musique.
 
PARA ONE :: PASSION
Sortie le 18 juin
Marble
 
 
Concerts :
27/06 : Release party au Wanderlust, Paris
6/07 : Rêverie,
avec Ed Banger et Boys Noize Records
7-11/07 : Calvi On the Rocks, Calvi
11-15/07 : Les Francofolies, La Rochelle
 
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