OPÉRA : MADAME BUTTERFLY

 Illustration, Eudoxie

Paulette est allée à la rencontre d’une grande héroïne, la belle et tragique Cio Cio San, alias Madame Butterfly, à l’Opéra Bastille.
 
Le jour se lève au Japon. Cio Cio San, jeune geisha de Nagasaki, apparaît radieuse et fraîche dans son kimono blanc. Elle est promise à un lieutenant de la Marine Américaine Pinkerton par le sinistre entremetteur Goro. Ce qu’elle ne sait pas, c’est que Pinkerton est de passage au Japon et qu’il n’entend pas y rester, il cherche seulement à se divertir et les manières exotiques de Butterfly l’ont séduit.
Leur mariage est célébré et la belle renonce à sa religion pour embrasser celle de son époux. Elle est reniée par les siens, mais, amoureuse, elle consent à ce sacrifice et se dit "Seule et reniée. Reniée et heureuse".
Trois années passent, Pinkerton est reparti en mer pour les Etats-Unis et Cio Cio San l’attend toujours, confiante. Il lui a promis qu’il serait de retour à la belle saison. Son chant de l’espoir "Un bel di, vedremo", un des airs d’opéra les plus connus au monde, est d’une pureté aérienne et lumineuse qui nous emporte et nous invite à partager son rêve et sa foi dans le retour de son bel officier.
Hélas, l’histoire en décide autrement et la Butterfly connaît un destin tragique et une joie éphémère, comme le papillon qu’elle incarne avec tant de grâce.
 
Cette tragédie japonaise en trois actes mise en musique par Giacomo Puccini en 1904 est très connue. Et pourtant nous vivons toutes les émotions de l’héroïne, comme si nous venions de la rencontrer. L’attente, l’espoir, le désir, la déception, le chagrin, la honte. On vibre avec elle, on tremble avec elle, face à tous les oiseaux de mauvais augure qui viennent la voir et lui annoncer de mauvaises nouvelles. Elle n’est jamais ridicule et toujours touchante. On espère à ses côtés même si l’on connaît l’issue, fatale.
 
La mise en scène au cordeau de Bob Wilson laisse la place à l’émotion. La lumière vient éclairer l’arrière-plan de la scène, où figure l’aurore et le crépuscule qui mettent en relief les temps forts de l’opéra. Tous les regards se portent sur les personnages principaux : Cio Cio San incarnée par la fiévreuse Micaela Carosi, Pinkerton, Suzuki la servante et Sharpless le consul. La scénographie figure les espaces de manière minimaliste et les protagonistes apparaissent comme des ombres chinoises, des esquisses à l’encre de Chine qui évoluent dans le décor. Cette épure permet de se concentrer sur les émotions, les sentiments, les doutes et sur la beauté renversante des voix.
 
Butterfly, cette grande amoureuse, révélée par l’amour, entière, fidèle et dévouée à ses rêves est très émouvante. Il n’y a pas de calcul chez elle, il n’y a qu’abandon et passion. Et dans cette époque de cynisme généralisé, cela fait du bien. On s’élève avec elle et on y croit. L’amour est révolutionnaire et Cio Cio San par son engagement, devient une pasionaria, une magnifique héroïne moderne.

Madame Butterfly :: Giacomo Puccini
Mise en scène et décors : Robert Wilson
 
Jusqu’au 14 février 2011
 
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