NOTRE AVIS SUR COLETTE, LE BIOPIC À NE PAS RATER

À travers son biopic Colette, Wash Westmoreland décrit le parcours d’un symbole de l’émancipation féminine. Pierre angulaire de l’œuvre, le film s’introduit tel un roman d’apprentissage, genre dans lequel les personnages féminins muets d’hier élèvent leurs voix aujourd’hui par le prisme de l’Histoire. 

Éminente écrivaine de son temps, ancienne présidente de l’Académie Goncourt, mime, danseuse et bien d’autres choses encore, Colette est l’une de ces figures qui ne cessent de nous inspirer par son audace, son talent, ses combats. Dans le Panthéon des femmes françaises, elle occupe une place de choix au milieu de Simone Veil, George Sand et Olympe de Gouge. 

Les interrogations qu’elle suscite, le mystère qui l’embaume, Wash Westmoreland en a eu conscience et s’en est emparé pour dessiner non pas l’ensemble d’une vie ou d’une carrière, mais un apprentissage. Tout comme un roman réaliste, il nous présente comment une femme de la Belle Époque s’est progressivement imposéeau sein d’une société qui n’a jamais été sienne. 

Les premières années de Colette dans son village de Bourgogne amorcent le film assez communément, et indiquent une suite de l’histoire instinctive, sans volonté de suspens malgré le fait que la suite s’avère peu portée vers un Paris caricatural qui vicierait tout nouvel arrivant. 

Car oui, l’avantage de ce long-métrage est de n’apposer sur rien une vision caricaturée. Willy, l’homme qui partage la vie de Colette, qui s’attribuait ses écrits et s’annonçait volage dès ses premiers mois de mariage n’était pas idéal, mais malgré tout, il est un être imparfait auquel il est difficile de ne pas s’attacher, car un peu trop humain

Acceptant certains « écarts » de sa compagne, et notamment son homosexualité, tout en condamnant fermement toutes prétentions relatives à son œuvre, il exemplifie le maître d’école, le deuxième père dont la peur la plus profonde est de voir sa progéniture voler de ses propres ailes, rapport d’ailleurs d’autant plus souligné dans l’ambiguïté régnante face à l’identité du personnage principal des premiers romans de Colette, Claudine, tantôt fille des « deux auteurs », tantôt son double. 

La qualité d’auteurest d’ailleurs, également sujette à débat : est-ce une marque déposée comme celle de Willy ou une besogne quotidienne qui s’efface telle une ombre ? Est-ce d’ailleurs une qualité pouvant s’aligner avec une condition de femme ? 

En exposant comment le personnage de Claudine a fondé un art de vivre, un marketing qui annoncerait celui des décennies à venir avec les produits dérivés, le film démystifie l’univers littéraire, souvent romancé au sein des longs-métrages en le résumant à une seule activité : l’écriture. Bien que cette dernière activité occupe également une place de choix à travers les scènes, elle est accompagnée de détails décrivant une industrie presque répressive vis-à-vis de ceux qui ne l’envisagent pas comme telle. Cet argent, les femmes n’en sont pas maîtresses, et bien que certaines femmes indépendantes soient dépeintes au cours du film (notamment le personnage de Missy), elles ne le sont que par naissance ou, in extremis. 

La gloire de Colette en tant que femme complète et glorieuse ne s’annoncera qu’au point final, mettant en valeur le processus d’accomplissement en amont. C’est une belle victoire pour une femme, pour les femmes qui s’érigent en conclusion non solitaire, car ce qui la précède est un travail de longue haleine, une motivation sans relâche et une affirmation lente, progressive et prudente. Le réalisateur s’adonne ainsi à une non-idéalisation de la célébrité, une ode au travail par lequel découlent des espoirs qui se bousculent, des lignes qui vacillent et un semblant d’avenir vaporeux jusqu’au dernier instant. Nous regrettons toutefois que la veine inspiratrice de Colette soit un peu trop simpliste, que le réalisateur ne nous donne aucun indice de l’intérêt pourtant immense que Colette portait pour les auteurs classiques, ou encore qu’il l’expose en costume d’homme comme s’il s’agissait d’une toute première fois dans l’histoire tandis que George Sand jouait d’ores et déjà avec les codes vestimentaires masculins et féminins au XIXe siècle. 

Finalement, Colettes’impose comme un film dépassant le genre du biopic, en nous peignant une société où l’homme est maître des cœurs comme des mots, où les combats au féminin sont laborieuxafin de rappeler peut-être que les maux d’aujourd’hui ne sont qu’un indice des plaies du passé. 

Article de Yasmine Lahrichi

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