NATASHA KHAN SANS CILLER

Paulette , partenaire de l’album de Bat for Lashes, "The Haunted Man"
 
Photo, Eliot Lee Hazel
 
La chanteuse de Bat for Lashes nous parle de son troisième album, "The Haunted Man". Un nouvel opus en clair obscur, à l’image de la chanteuse.
 
Début septembre, Paulette a eu la primeur d’interviewer la belle Natasha Khan lors de son tout premier passage à Paris, dans le cadre de la promotion de son troisième album, "The Haunted Man".
 
Après deux albums très applaudis ("Fur and Gold" et "Two Suns"), la chanteuse charismatique, un brin mystique, revient avec ce troisième opus, toujours plus personnel, un brin plus grave, plus profond.
Découvrez notre interview en intégralité (la version courte est à retrouver sur notre numéro 6 Folklo) et soyez attentifs, une surprise vous attend à la fin…
 
Paulette : "Une chauve-souris pour cils"(A bat for lashes, ndlr.)… Voilà une image très poétique, sombre et volatile à la fois. À l’image de l’artiste que tu es ?
Natasha : Je pense, oui. Bien sûr, Bat for Lashes n’est qu’un aspect de ma personnalité. Un aspect très sculpté, très maîtrisé. Mais je suis une personne assez timide dans la vie, très introvertie…
 
Tu fais partie de ces rares artistes féminines qui, comme M.I.A notamment, renvoient une image de femme libre, affranchie du regard des hommes. Comment fais-tu pour ne pas être un stéréotype ?
Je pense que cela tient avant tout à l’honnêteté que j’ai par rapport à mon travail. J’essaie de faire ce métier de la manière la plus naturelle possible, de m’exprimer librement. Je trouve que notre époque présente les femmes – et notamment dans les médias – de manière folle. On leur dit ce qu’elles doivent porter, montrer… Quand j’étais jeune, j’étais fan de ces icônes comme Patti Smith, très "crues", avec des mono-sourcils… Ces femmes-là sont des exemples.
 
Est-ce le fait d’avoir grandi entre l’Angleterre et le Pakistan qui te rend si spéciale ?
J’ai toujours vécu en Angleterre mais je passais mes vacances au Pakistan. Mon père est Pakistanais et musulman, ma mère Anglaise et chrétienne. Tous les deux me lisaient des contes religieux quand j’étais petite. Ma mère des fairytales, mon père, des contes magiques, des histoires sur le Bien et le Mal, très apocalyptiques, très manichéennes aussi.
Peut-être que tout ça m’a enrichie, en tout cas j’ai beaucoup cherché dans ma généalogie pour cet album. J’ai retrouvé des photos de mon arrière-arrière-grand-mère maternelle, très victorienne, couverte des pieds à la tête. La condition féminine en Angleterre en ce temps-là était plutôt compliquée…
 
"JE SUIS UNE FILLE NORMALE, VRAIMENT."
 
Peux-tu nous parler de ton style de vie ? Qui sont tes meilleurs amis ? J’ai lu que tu étais très proche du musicien très bobo Devendra Banhart…
Certains de mes amis sont des musiciens à succès. C’est agréable mais ce n’est pas la vraie "moi". Je suis juste une fille normale, vraiment. Je vis à Brighton, au bord de la mer. J’aime la nature et me promener dans la campagne. Mais j’aime la ville aussi – sortir avec mes amis, boire des verres et danser. J’aime cuisiner, aller dans les magasins et acheter de la nourriture saine. J’aime regarder la télé et lire. (Rires.) Même si je vis parfois des éléments hors du commun, je vis en général comme tout le monde.
 
Quelle était ta direction artistique pour The Haunted Man ? Pourquoi cette photo de toi nue, portant un homme sur tes épaules ?
J’adore les photos de Ryan McGinley parce qu’elles sont très cures et sauvages. Il a fait des photos de garçons et de filles avec des animaux sur leurs épaules. Comme cet album parle beaucoup des relations entre êtres humains, j’ai voulu faire la même chose mais avec un homme. Je suis donc allée le voir à New-York et il a aimé l’idée. On a beaucoup réfléchi au "Haunted Man" et à ce qu’il représente. Pourquoi je le porte ? Est-il est blessé ? Est-ce un fardeau ? J’ai réfléchi aux schémas qui se répètent entre générations d’une même famille et au fait qu’on n’est pas obligé de perpétuer un dogme qui ne nous correspond pas. Le "Haunted Man" est un poids, quelque chose dont je veux me débarrasser pour pouvoir être moi. C’est une libération.
 
Quelle sorte d’énergie as-tu mis dans ce troisième album ?
Je suis sortie épuisée du disque précédent. Après la tournée, je me suis sentie très fatiguée, ma maison et mes amis me manquaient. Quand je suis rentrée, tout semblait très calme, j’étais très seule. J’ai dû me reconstruire en faisant des choses très concrètes : du jardinage, de la poterie, du dessin et de la cuisine. J’avais besoin de me recentrer sur moi-même, dans un seul et même endroit.
 
Dans la chanson "Lilies", tu parles de la guerre entre l’Irlande et l’Angleterre ?
"Lilies" est inspirée non pas de la guerre, mais d’un film qui parle d’un soldat anglais envoyé dans une petite ville irlandaise où il tombe amoureux d’une fille. Pour "The Haunted Man", je réfléchissais à la façon dont mes grands-parents ont vécu la guerre et le traumatisme de toute leur génération. Cette chanson parle d’hommes cernés par la mort et la souffrance, et de femmes qui veulent au contraire soigner et aider. Les langages masculin et féminin sont très différents, ce thème fonctionne aussi à une échelle universelle, entre un homme et une femme.
 
Quelle chanson de l’album est ta préférée ?
La première chanson de l’album, donc "Lilies", parce qu’elle est pleine de vie et de joie. C’est une sorte de manifeste pour l’album parce qu’elle parle du sentiment du vide en soi et de la joie que l’on peut ressentir quand on ne possède rien. Si on désire tout le temps quelque chose, on ne peut jamais vraiment être satisfait, mais si on décide que c’est assez d’être juste soi-même, alors la vie devient une belle expérience. Je pense que c’est une vraie libération.
 
Certaines de tes chansons sont-elles écrites pour quelqu’un en particulier ?
Plein ! Certaines parlent de personnes en particulier, d’autres prennent de la hauteur et parlent de choses universelles. Et parfois, je chante des chansons pour moi-même.


 

Avec quels jeunes artistes voudrais-tu travailler ?
Je ne sais avec qui je voudrais travailler, j’y pense quand je suis en train de créer quelque chose. Je pense que ce serait réfléchir à l’envers que de se dire : "Je veux travailler avec cette personne". Si on choisit la personne en premier, alors c’est l’égo qui choisit. Si on choisit quelqu’un parce que ça semble juste, alors c’est le travail qui choisit.
 
Quelles sont trois choses que tu aimes faire quand tu es en France ?
Manger des escargots – j’adore le beurre d’ail avec du pain et du vin rouge -, me balader au Père Lachaise et essayer de parler français.
 
Tu parles français ?
(En français.) Un petit peu. J’avais de la famille dans le Sud-Est de la France, près de Nice. J’aimerais habiter à Paris six mois pour étudier le dessin et parler français.
 
"J’ADORE LA MODE NOUVELLE VAGUE"
 
Tu adores la mode. Peux-tu nous dire ce que tu porteras pour ton concert au Trianon de Paris en novembre ?
Je ne sais pas du tout parce que je choisis toujours mes tenues le jour même. Mais je viens de me faire fabriquer une sorte de longue cape rouge très sixties et je porte aussi beaucoup de robes à motifs, très "housewife" des sixties. Je me suis également coupé les cheveux au carré et je regarde beaucoup de films de la Nouvelle Vague française ces derniers temps, j’adore la mode de cette époque.
 
Quels sont très créateurs préférés ?
En général, je dessine mes propres vêtements et je les fais faire, donc je ne m’y connais pas trop en créateurs contemporains. J’aime les modèles anciens de chez Chanel et d’Yves Saint Laurent, très artistiques.
 
Un mot pour les Paulette ?
Écoutez votre voix intérieure, elle dit toujours la vérité. Si l’on se fie à elle, alors on a une boussole très efficace pour se guider dans la vie et veiller sur soi. ♥
 
Traduit de l’anglais par Clémence Michallon
 
BAT FOR LASHES :: THE HAUNTED MAN
EMI
Disponible le 15 octobre
 
 
Concert :
25/11 : Trianon, Paris

 

Suprise

Paulette vous offre 2×2 places pour le concert du 25 novembre au Trianon ainsi que 10 albums +
4 vinyles de "The Haunted Man"
 
Pour remporter un de ces lots, répondez à la question suivante :
De quelle origine est Natasha Khan ?
 
Les gagnants seront tirés au sort parmi les commentaires !
Concours clos, les gagnants ont été prévenus par mail.

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