MONDRIAN, CE HIPPIE

Piet Mondrian, "composition en rouge, bleu et blanc II", 1937. Mondrian/Holtzman Trust, coll. Centre Pompidou, RMN.

L’exposition Mondrian/De Stijl qui vient d’ouvrir au Centre Pompidou est une première en France. Jamais auparavant une institution n’avait présenté en ses murs une exposition sur l’une des avant-gardes fondatrices de la modernité.

De Stijl est une revue, un mouvement, une pensée manifeste de la peinture, une vision du monde. Le Centre Pompidou a choisi de traiter le sujet via une exposition 2 en 1 assez réussie. Une exposition thématique et théorique entrecoupée d’une exposition monographique de l’artiste Piet Mondrian, l’un des théoriciens du mouvement.


Ce que l’on apprend c’est que Piet Mondrian est un hippie.
Comme pour beaucoup d’artistes, un certain Cézanne fit grande impression chez le jeune Mondrian. En 1911, le Stedelijk Museum d’Amsterdam organise la première exposition du Cercle d’art moderne, c’est là que Mondrian découvre la peinture de Cézanne et le cubisme de Braque et de Picasso. C’est cette découverte qui va faire basculer sa peinture vers l’abstraction. Mondrian s’installe à Paris et commence sa quête d’universalité. Il abandonne la représentation et neutralise le rapport figure/fond. Il embrasse ainsi le néoplasticisme. Le néoplasticisme c’est l’absence totale de figure, de sujet, de thème, c’est la part belle au rythme, aux lignes, aux angles droits et aux couleurs réduits a minima, le cyan, le magenta et le jaune. Mondrian déconstruit aussi le tableau, il le fait pivoter à 45° degrés et le pose sur la pointe.
 
Et pourtant, devant une toile de Mondrian l’expérience sensible originelle de la peinture reste intacte. Une toile de Mondrian n’est ni bavarde ni tape-à-l’oeil, elle flirte avec l’essentiel. Elle propose une nouvelle perception sensorielle et ordination du monde. Et même si la tâche est ambitieuse, elle réussit. On constate que l’orthogonalité reste la forme simple et minimale permettant la meilleure réciprocité entre la couleur, le rythme et la forme. C’est simple. C’est essentiel.
 
Dès 1917, la revue De Stijl se donne pour but de synthétiser ces théories. Theo Van Doesburg son directeur s’y emploie et propose de rendre compte de cette nouvelle vision. Le monde est signe, symbole, géométrie et il est aussi la projection d’une vision intérieure. Les peintres projettent leur vision intérieure du monde. Les architectes la construisent. Naturellement, l’architecture privée et l’espace public sont explorés. Une nouvelle ordination du monde demande de nouvelles façons de l’habiter. Et c’est là aussi la force du mouvement qui devient fondateur pour la modernité, sa vision universelle s’accompagne d’une vision communautaire. Socialistes, les architectes de De Stijl vont être à l’origine de l’architecture moderne, des mégastructures et de l’urbanisme.
 
Ce que l’on expérimente, c’est l’autonomie.
L’exposition, renouant avec l’expérience fondamentale, montre que la peinture n’est pas chose aisée. Peut-on encore se poser devant une toile et observer l’essentiel en ces temps de saturation visuelle? Cette exposition offre au visiteur l’autonomie, celle du regard. Débarrassé de toute référence visuelle ou historique, libre d’association géométrique et colorée, en rupture totale avec une quelconque narration, l’art abstrait apparaît alors dans toute son essence : universelle. Oubliez les cartels, les dates clés et la chronologie scénographique, commencez l’exposition les yeux fermés et avancez jusqu’à Mondrian. Arrivé là, observez un peu et laissez-vous aller, surtout ne cherchez pas. C’est simple. Ça s’appelle l’autonomie du regard. Après, si pour quelques raisons certains pensent ne pas avoir "fait" toute l’exposition, qu’ils la refassent en sens inverse. 
 
  MONDRIAN/DE STIJL

CENTRE POMPIDOU

Jusqu’au 21 mars 2011

  
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