MON TARZAN

Mon Tarzan,

Je t’écris depuis l’appartement de papa à Paris pour te dire que je ne reviendrai pas.

Ces six dernières années ont été formidables et je ne regrette rien. C’est vrai, les ambiances mousson-Tahiti Douche, les culottes en peau de mygale, les hurlements d’amphi­biens dégénérés à 3h du matin, tout ça a un charme inégalable, mais six ans à se laver les dents avec du jus de chenille, ça lasse.
 
Sache surtout que je ne t’ai jamais menti, je n’ai jamais fait semblant. Oui, les heures, que dis-je, les jours à te démêler les cheveux et les ais­selles en riant aux éclats, excitée par tant d’exotisme, étaient bel et bien des moments privilégiés avec toi (et tes poils souffrant visiblement d’un petit souci de sudation aigüe, et fétide). Oui, j’ai adoré mes premières rencontres avec ta mère et tes cousins, leur affection débordante, leurs petits cris gracieux et discrets sans compter votre propension fascinante à chercher du comestible sur mes pieds ou dans ma coiffe…
 
>Oui, mon Zanzan, j’étais sincère, vraiment.
 
J’étais loin du Bon Marché, du Sans-Souci et de tous mes amis et  ça ne me manquait pas. Mais tu vois, j’ai l’impression que c’est le quotidien, la routine, qui nous a tués. Enfin surtout moi. Dans la jungle, impossible de me pomponner un peu pour te surprendre, pour t’émoustiller. Sans Zara ni nail-bar, tu me le concèderas, c’est difficile de ressembler à quelque chose d’un peu agréable.

Pareil pour toi, je repense à cette haleine de lendemain de cuite que tu promenais avec toi de jour comme de nuit et sans avoir bu une goutte…Franchement Zanou, ça calme du bisou. Et puis ça n’est pas comme si j’avais pu compter sur toi pour me remonter un peu la féminité : sans vouloir te vexer, les colliers en fruits que tu m’offrais, celui en mangues par exemple, eh bien ça colle, c’est moche, ça pue et ça pourrit.

 
Tu me trouveras peut-être dure, mais retiens cela : une femme, il faut y faire attention. Parce que bon, pour se rouler dans les marécages avec les cousins y a du monde, mais pour emmener sa Janot au concert philarmonique de grillons, y a plus personne… Pareil, se rincer le kiwi un petit coup avant d’aller au lit, ça n’est pas grand-chose et ça fait plaisir. Alors voilà, je suis rentrée. J’ai retrouvé mon lisseur et ma BB crème, les humains, le stress permanent, les problèmes d’argent et un boulot chiant, mais vraiment je respire.
 
J’espère que tu ne m’en voudras pas. Ah et claque une bise à ta mère de ma part et remercie-la pour tout, surtout pour ses conseils de cuisson du gratin de coléoptères, ton préféré. 


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