MON MEC S’EST MIS À LA CIGARETTE ELECTRONIQUE

"Une lueur quasi imperceptible éclaircit son regard. Presque indépendamment de sa volonté, sa main se saisit de l’objet. Impossible de se dérober sous la pression de ses doigts fermes. Lui suffisait-il de toucher cette zone bien délimitée, son centre névralgique, pour qu’elle lui appartienne. Il semblait à l’aise, fier même, d’exhiber cette nouvelle nature…
Celle-ci, peu farouche, ne put échapper à son ardeur. Ses lèvres chaudes et affamées sucèrent l’énergie de son antre réduite en son for intérieur en une vapeur incandescente. La rougeur de son embout n’était que simulation. Jouissant de cette fiction effervescente, il aspirait, infusait, recrachait le produit vaporeux et atomique de sa cigarette électronique."
 
Contrairement aux apparences, ce récit aux allures porno-soft n’a rien de sexuel et s’appuie, pour ainsi dire, sur des faits bien réels. Voilà quelques jours que j’assiste en toute passivité à l’histoire d’un Georges (à fortiori le mien) nouvellement engagé à cloper en version électronique.
 
De retour de vacances je fus mise devant le fait accompli. Le fripon s’était laissé séduire, à mon insu et sans concertation, par un smoke-toy qu’il me brandit tel un trophée. De fumeur occasionnel mon mec était devenu vapoteur libéré. Lui d’ordinaire si placide et pondéré… Quelle mouche l’avait donc piqué ?
 
Surprise qu’un objet made in China soit à même de susciter chez mon homme un tel attrait, j’ai décidé de me pencher un peu plus près sur le sujet. "Chéri, veux-tu bien me conter ton expérience de vapoteur ?"
 
Cobaye en main, il m’a suffit de quelques observations clandestines et de discussions à l’envolée pour analyser les différentes fonctions subliminales de cet objet.
 
>On va vapoter ?
 
Mon mec est un homme cool et à l’image soignée. Et le voir si tranquille avec sa néo-pipe, c’est un peu comme observer un prince charmant maniant son épée avec verve.
Pas de doute, la cigarette électronique est un véritable objet de reconnaissance sociale dont il jouit quand ça lui plait. Imaginons par exemple ce moment de la soirée où l’on vous sollicite pour aller fumer en terrasse. Ce qui pourrait être une exhibition drolatique "Regardez j’ai une cigarette électronique, lol" est en fait l’occasion pour mon homme d’afficher son objet et sa fierté face à des potes encore vainement attachés à l’ancêtre de l’e-cigarette. Il raconte, il explique, il argumente, prêche la bonne parole à tous ceux qui veulent bien l’entendre. Essayer, c’est l’adopter. Au boulot d’ailleurs le "on va fumer" a très vite été remplacé par un "eh mec, on va vapoter ?"
 
Au-delà de cette indéniable dimension sociale, une autre fonction plus intime m’est apparue comme une évidence. "Elle est parfaite pour moi" dit-il, "elle répond à tous mes désirs". Belles paroles qui font entendre sans équivoque la fonction psycho-affective de la cigarette électronique. Lovée dans sa poche du matin au soir, force est de constater qu’il a du mal à la quitter, ne l’abandonnant qu’à son chargeur ou dans un endroit sûr à l’heure du coucher. Deux semaines qu’il la fréquente et déjà il y est accro !
 
>La clope électronique, tétine 2.0 ?
 
Sans tomber dans les interprétations nébuleuses, je me pose quand même cette question : l’e-cigarette serait-elle à l’homme ce que le pouce/doudou/tétine est au jeune enfant ? Faute de pouvoir disposer d’un objet de succion en société, la cigarette apparaitrait comme le substitut parfait. Difficile de ne pas faire le parallèle lorsque les analogues jouissent tous deux de propriétés sensorielles et organoleptiques. Seule différence : le choix de l’arôme, qui fut pour mon mec "la cacahuète". Comme ça il a l’impression que c’est tout le temps l’apéro…
 
Et sinon, quelle différence avec la cigarette normale, désormais reléguée au rang des habitudes désuètes ? Ce qui était auparavant une simple bouffée nicotinique s’est muée en exaltation à pleine gorge et à plein nez : "J’aime la continuité du geste de ma main qui la mène à ma bouche. Je sens la vapeur chaude envahir mes poumons et ressent du plaisir à recracher de la fumée" me confie mon Georges. Autrement dit, la clope électronique est un objet à la fois sensuel et hédonique disposé jour et nuit à répondre à ses envies.
 
>"Je ne sens plus mes poumons encrassés".
 
Outre la fonction sociale et psycho-affective de la cigarette électronique donc, son rôle bénéfique sur la santé n’a naturellement pas échappé à mon bien-aimé. Convaincu qu’il arrivera un jour ou l’autre à arrêter de fumer, il envisage l’e-cigarette comme un moyen aisé d’initier ce parcours acrobatique. Et pour cause. Depuis qu’il s’est mis à la cigarette électronique il ne va quasiment plus cloper. Son verdict, dès les premiers jours : "je ne sens plus mes poumons encrassés".
Si la nocivité de certains composants de l’e-cigarette est mise en doute, elle n’est certainement pas en mesure de concurrencer les ravages des 40 agents cancérigènes de son aïeule. Lui qui fumait un paquet voire deux par semaine ne consomme désormais que deux cigarettes sur la même durée.
 
Une chose est sûre, au-delà de sa fonction psycho-socio-médico-affective le vapotage s’auréole dorénavant d’une dimension identitaire. Une sorte de way of life se dessine autour de la tendance de l’e-cigarette, à mi-chemin entre l’hédonisme ambiant, le vivre sain, et le faux-semblant de la mode à contre-courant. Si l’analogie avec la pipe m’y fait invariablement penser, je ne me risquerai en fait pas à la qualifier de hipster car elle risquerait de perdre cet attribut aussitôt que cet article serait paru…
 
Pour finir, je remercierai l’objet de cette étude pour sa forte propension à m’inspirer jour après jour et m’insuffler du ravissement à l’odeur de cacahuète. De tous les joyaux de ton discours, je retiendrai "j’adore cette sensation de créer de la fumée".
 

>Retrouvez Malinka sur son blog http://mypinkpillbox.wordpress.com


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