MON COMBAT CONTRE LE CANCER

Je m’appelle Stéphanie, j’ai 36 ans, je suis maman de deux petits garçons. En Mars 2013, 5 mois après la naissance de mon fils Côme, on m’a diagnostiqué un cancer du sein. Mon monde a alors volé en éclats pour finalement mieux se reconstruire.

J’ai allaité Côme pendant 4 mois. J’avais bien senti cette boule dans mon sein gauche – loin d’être petite – mais je me suis dit que cela devait être un noeud de lait. Au moment du sevrage la boule était toujours là, mais je pensais en venir à bout avec des feuilles de chou dans le soutien-gorge (véritable technique pour bloquer la montée de lait). Un mois plus tard la boule était toujours là. Cette fois-ci, je ne pouvais plus mettre l’allaitement en cause… J’ai alors appelé ma gynécologue, plus par acquis de conscience qu’autre chose. Elle s’est montrée très rassurante me disant qu’il s’agissait probablement d’un kyste. Elle m’a quand même envoyé faire une mammographie et une échographie mammaire, au cas où. Pas une seule fois je n’ai pensé au cancer. J’ai pourtant une fâcheuse tendance à dramatiser le moindre bobo :si j’ai mal à l’épaule alors je pense à une embolie pulmonaire, j’ai mal au bras je pense à une crise cardiaque… Mais pas cette fois ci.

Je vais donc passer la mammographie l’échographie. Je ne suis toujours  pas inquiète. Je n’ai pas d’antécédents familiaux, je suis jeune et le cancer du sein pour moi ce sont de grandes campagnes de prévention qui ne me concernent pas puisqu’il est dit : “A partir de 50 ans la mammographie est recommandée tous les 2 ans”.  J’ai 35 ans, je suis régulièrement suivie par ma gynéco qui a palpé ma poitrine juste avant ma grossesse. Pourtant le résultat de la mammographie laisse peu de place au doute : ACRV ce qui signifie en langage profane probabilité de cancer +++.

J’emprunte alors le parcours classique : biopsie, attente-angoisse pour finalement m’entendre dire que oui j’ai un carcinome du canal infiltrant (avec décodeur : un cancer du sein), et que c’est une sacrée bestiole qui fait 7 cm. J’ai la chance d’avoir un de mes amis qui est oncologue et m’a aidé à y voir vite clair. Oui c’est un cancer, une maladie mortelle… mais ce type de cancer se soigne très bien et je vais m’en sortir. Je verrai mes enfants grandir. OK, j’intègre tout cela, après avoir pleuré toutes les larmes de mon corps. J’encaisse tout en étant terrifiée par la mort. Il faut ensuite faire des milliards de choses en même temps et commencer le combat : s’organiser, apprendre la mauvaise nouvelle à mes parents, mes amis, mes beaux-parents, mes enfants, décider du lieu de traitement, trouver un oncologue, un chirurgien, le dire à mon employeur, demander un arrêt longue maladie, faire de la paperasse, se faire au traitement car j’ai commencé par la chimiothérapie aussi sec, trouver un psy (aide indispensable dans mon cas), trouver une perruque etc…

C’est alors que j’ai alors rencontré quelqu’un de formidable : mon futur oncologue. C’est mon ami cancérologue lui-même, qui me l’avait conseillé. Je savais qu’il serait hyper compétent. Mais ce que j’allais surtout découvrir c’est quelqu’un de très humain et très zen : “be cool Mme Jaubert” (sic). Il m’a calmé, expliqué ma maladie, le traitement envisagé (chimiothérapie néoadjuvante), programmé les rendez-vous. Il m’a rassurée, m’a dit que j’allais guérir, que j’allais voir grandir mes enfants, que je passerai un PET Scan – examen permettant de voir si le cancer s’est propagé – mais qu’il n’y aurait pas de métastases. Il a pris ce risque. Ok, il sait de quoi il parle, mais quand même je l’ai admiré pour cela. Et au final il a eu raison. Quand je lui ai demandé la première fois ”Quels sont les points positifs ? “ il m’a simplement répondu ”Il y en a plein mais vous ne les voyez pas encore “.

>Le moral, ce mot-râle

Là encore il avait raison. Enfin, alors que tout le monde me disait que je devais garder le moral, que le moral c’était super important, que sans le moral on guérit moins bien… bref que l’on me renvoyait sans cesse ce mot-râle en plein face, il m’a dit que oui c’était plus facile à traverser avec un bon moral mais que j’avais le droit de déprimer et que cela n’affecterait pas le pronostic. C’est idiot, mais cela m’a libérée d’un poids, de cette obligation d’être forte, de garder le moral. Ce poids levé, je n’ai plus du tout déprimé, bien au contraire mais sans pression cette fois… Stéphane, mon mari, et moi sommes ressortis de cette consultation gonflés à bloc, prêts à affronter la suite.
 
L’annoncer à la famille et aux amis c’est difficile. J’ai beaucoup culpabilisé de leur annoncer une si mauvaise nouvelle. Du coup je faisais la forte, je positivais comme pour m’excuser, pour les rassurer et me rassurer aussi. L’annoncer à mes parents fut encore plus dur, je me sentais coupable de détruire leur monde, coupable de leur causer du chagrin et des soucis. Je trouvais ça injuste de leur faire vivre cela alors qu’ils ne devraient avoir plus qu’à profiter de leurs petits-enfants. Je n’ai pas eu à l’annoncer à mon mari. Stéphane était avec moi pour la mammographie, il m’a vu sortir en larmes du cabinet de la radiologue. Il a tout vécu en direct, sans ménagement comme si c’était notre maladie à tous les deux. Pour l’annoncer à mes enfants – qui avaient alors 5 mois et 4 ans – j’ai reçu l’aide précieuse de ma sœur qui est pédopsychiatre. Ensemble, avec Stéphane, nous avons trouvé les mots. Nous avons essayé de leur dire la vérité avec des mots simples. Sans être trop effrayants. “ Maman a une maladie, c’est une petite boule très méchante qui s’appelle cancer. Pour tuer cette méchante boule, maman va prendre des médicaments très forts. Ces médicaments sont tellement forts qu’ils feront tomber les cheveux mais les cheveux repousseront alors que la méchante boule ne reviendra pas.”

Ces mots qui furent si difficiles à trouver et que j’aimerais partager avec toutes les mamans de jeunes enfants qui souffrent de cette fichue maladie.

J’ai ensuite attaqué la chimiothérapie. “Attaquer” est le mot juste. J’étais terrorisée par la chimio. Le cancer du sein est une maladie bizarre qu’on ne sent pas mais qui pourtant fait partie de vous. En revanche le traitement qui va vous sauver la vie, vous donne l’impression d’être malade. C’est assez difficile psychologiquement. C’est alors que notre phase de survie s’est initiée et que s’est construite autour de nous une bulle d’amour, d’entraide qui nous a permis de vivre au mieux ces mois de galère. De vivre tout simplement. Je dis “ nous” car le cancer touche évidemment la personne malade mais c’est toute la cellule familiale qui est chamboulée. Nous avons été extrêmement entourés par mes parents, ma sœur, mes beaux-parents, nos amis. J’ai plutôt bien supporté la chimiothérapie. Cela n’a pas été une partie de plaisir pour autant. J’ai été très fatiguée, mes globules blancs ont fait le yoyo, mais c’était finalement bien moins pire que ce que j’avais imaginé. Il est probable que j’ai bien supporté les traitements car j’étais dans les meilleures conditions pour les supporter : entourée, aidée, sans problème d’argent. Ce n’est malheureusement pas le cas de toutes les malades. J’ai ensuite été opérée. Là aussi j’ai été suivie par quelqu’un de fantastique, une chirurgienne à la fois hyper compétente et, elle aussi, très humaine. J’ai eu de la chance car je n’ai pas eu de mastectomie totale, mais une tumorectomie pour laquelle ma praticienne a fait un travail magnifique. Ce parcours d’obstacle s’est terminé avec un mois de radiothérapie quotidienne : là c’est du gâteau au vu de tout ce que l’on a passé avant !!

>Tout cela est maintenant derrière moi, derrière nous

Je me considère comme quelqu’un de très chanceux : d’abord parce que tout cela est terminé, ensuite parce que pendant toute cette épreuve j’ai été aimée et entourée comme jamais, parce que mon mari a continué de m’aimer sans me regarder  comme une malade, il m’a soutenu et a été tout le temps présent ; parce que mes parents nous ont énormément aidé ; parce que nos amis ont été la ; parce que j’ai été soignée par des personnes non seulement extrêmement compétente mais aussi très humaines ; parce que je n’ai pas eu de problème avec mon travail et que cette maladie ne m’a pas placée dans la précarité ; parce que j’ai bien supporté les traitements ; parce que je suis deja propriétaire et que je n’aurai plus besoin d’un prêt bancaire qu’il me serait quasiment impossible d’obtenir maintenant que je fais partie des personnes ayant été atteintes d’un cancer…. Beaucoup de chance, et ce n’est malheureusement le cas de tout le monde.   J’ai écrit ce témoignage non pas pour verser une larme sur ma propre histoire mais pour sensibiliser les jeunes femmes au cancer du sein. Parce qu’il est faux de penser que cette maladie ne touche que les vieilles dames. De plus en plus de jeunes femmes sont touchées et leurs cas sont souvent sérieux car ils sont détectés tardivement contrairement aux femmes plus âgées qui sont suivies régulièrement. Faites le test et je suis sûre que vous trouverez dans votre entourage une amie, une sœur, une cousine, une amie d’amis qui est touchée avant 50 ans. Parce que ça n’arrive pas qu’aux autres et parce que lorsque c’est détecté tôt le cancer du sein se soigne très bien.

Pour ma part, je suis maintenant en rémission. Rémission est un mot terrible qui signifie guérison temporaire. Il faut effectivement attendre 5 ans pour se considérer comme définitivement guérie. Mais je suis confiante en l’avenir. Et finalement mon oncologue avait raison : au travers de cette épreuve il y a eu énormément de choses positives. Je me suis sentie entourée et aimée comme jamais, je trouve la vie merveilleuse et je profite maintenant de chaque instant. J’ai des projets plein la tête et je n’attends plus pour les réaliser.

>Retrouvez Stéphanie sur son blog : missjaubert.tumblr.com
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