MODERAT, LA TRILOGIE DU SAMEDI


© Flavien Prioreau

Moderat (nom propre) : Trio de producteurs berlinois de musique électronique composé de Gernot Bronsert et Sebastian Szary aka Modeselektor ayant fusionné avec Sascha Ring aka Apparat en 2002. Rencontre à la veille de leur concert à l’Olympia.

Paulette : Qu’avez-vous fait ces trois dernières années ?
Sascha Ring : Beaucoup de choses ! Il y a trois ans, nous étions encore en tournée pour promouvoir le 2ème album et avions déjà amorcé le 3ème. Nous sommes rentrés et avons travaillé dessus. A côté de ça, avec mon projet Apparat, j’ai réalisé la BO d’un film. Sebastian Szary : Modeselektor a tourné avec Siriusmo.
Sascha : Ha et j’ai eu un accident de moto. J’ai du rester alité trois mois.
Gernot Bronsert : On était principalement concentré sur Moderat et ce nouvel album.

Comment travaillez-vous ?
Gernot : C’est compliqué. Il n’y a pas vraiment de recette. C’est tout le temps différent. On se parle beaucoup. Nos idées de chansons sont généralement fortes. Nous pensons tout, de la musique au packaging. Pour cet album, on a demandé à des musiciens d’enregistrer des cuivres, des instruments à corde, une batterie, une basse et la voix de Sascha. Donc nous ne sommes pas constamment derrière un ordinateur. C’est vraiment de l’artisanat.

Ressentez-vous le besoin de partir en tournée après de longs mois passés en studio ?
Sascha : On appelle ça Tourlaub (le mot allemand Urlaub signifie vacances, ndla) ! Les deux sont fatigants, mais pas de la même manière. Et c’est quand même très cool. Ça fait un beau contraste.
Gernot : C’est comme de la méditation ; tu fais exactement la même chose chaque jour.
Sascha : A l’époque, quand nous étions DJ (nous n’avons jamais vraiment été DJ, nous sommes des musiciens électro), nous faisions des petites tournées tous les week-ends. Berlin nous rendait fou, parce que nous ne faisions pas grand-chose.
Sebastian : Oui, par exemple, le lundi n’existait plus. Tu rentrais chez toi après les concerts le dimanche et tu dormais tout le lundi.
Gernot : Ça a duré pas mal de temps.
Sascha : Désormais, c’est plus sympa de faire des tournées en groupe. On a l’impression d’être plus organisés et en bonne santé.

C’est quoi le plus sain ? Partir en tournée ou rester dans un studio ?
Sascha : Wow, dur à dire. Quand on enregistre, on essaye de garder la forme en allant à la piscine ou en mangeant bien, au restaurant. Alors qu’en tournée, c’est super dur. Même si l’on est hyper bien accueilli à chaque date et que l’on dîne correctement. Mais dans le tourbus, on mange toujours les mêmes sandwichs pourris de station service au petit-déj, puis au déjeuner. C’est écoeurant.

C’est quoi le plus sain (bis) ? L’alcool ou la drogue ?
Gernot : La bière, c’est comme de la bouffe.
Sebastian : Pas d’alcool, juste de la drogue. Non, je plaisante.
Sascha : On évite les 2 maintenant. Parce que c’est intenable en tournée. Quand tu fais deux concerts en un week-end, ça peut passer, vu que tu rentres chez toi au bout de deux jours et que tu as jusqu’au mercredi pour ramasser. Ensuite revient le week-end et les concerts. A la finale, tu n’as pas de vie, mais bon, tu peux le faire. Par contre, quand tu joues 25 fois d’affiler, tu ne peux pas te permettre d’être défoncé, parce que tu ne t’en remettras jamais. Tu commences à faire la fête le 3ème soir en buvant des coups pour surmonter les gueules de bois des deux premiers concerts, puis on te retrouve au fond tu tourbus comme un zombie au bout de la 15ème date.
Gernot : Là, il parle juste pour lui, hein.
Sascha : Eux, ils prennent juste du speed.
Gernot : Sans rire, on n’a jamais rien pris. Donc, personnellement, je n’ai aucun problème de maîtrise de moi-même.
Sascha : T’as vu ? On ne ressemble pas vraiment à des musiciens électro.
Gernot : Le truc avec Berlin, c’est qu’il y a énormément de clichés qui circulent. C’est limite raciste de dire “Vous ne vous droguez pas, donc vous n’êtes pas vraiment de Berlin.” Sans rire, il a raison, la tournée, c’est intense. Encore, on a de la chance, car maintenant, on a des roadies, qui font le sale boulot du soundcheck à notre place. Les pauvres. Nous on est juste là pour jouer. Mais après 2 semaines, tu ne sais plus où tu es. Il m’est arrivé plusieurs fois dire “Hello Bordeaux !” alors que nous n’étions évidemment pas dans cette ville…
Sebastian : Mais c’est super dur de rentrer de tournée. Il faut basculer immédiatement.
Gernot : Comme un marin qui rentre d’un long voyage.

Vous travaillez tout le temps avec des potes ? Je pense à votre communication visuelle.
Gernot : Nous entretenons une relation longue durée avec Pfadfinderei. Ce sont nos partenaires créatifs depuis le départ. Ils font quasiment tous les visuels, des pochettes aux clips.
Sascha : C’est plus cool de bosser avec des gens que l’on connaît depuis longtemps. Mais au bout d’un moment, ce n’est plus possible, car ça peut atteindre ses limites. C’est un mixte entre les vieux potes et les nouvelles têtes. On essaie de trouver une équipe harmonieuse à chaque fois. Typiquement, en tournée, à 14 personnes, il vaut mieux bien s’entendre avec tout le monde.

Quelle est la part d’improvisation dans vos concerts ?
Gernot : 40%. Non, je plaisante. En fait, on ne peut pas vraiment improviser, car il y a trop de facteurs en jeu. Il y a le régisseur lumière, le VJ qui cale tous ses effets sur les chansons, donc on ne peut pas les modifier en live, ça ferait tout foirer.
Sascha : Tous les systèmes sont connectés techniquement : les lumières, les vidéos, les musiques. Si l’on change la tracklist, le VJ devient fou. Ce n’est pas simple. Pour cette tournée, on aimerait se libérer de cette partie technique, justement. Si l’on change soudainement de chanson, on aimerait que la lumière suive. C’est un peu geek là.

Ça veut dire que vous jouez tous les soirs la même chose ?
Sascha : Honnêtement, à un moment donné, tu trouves ce qui te convient ; l’ordre des chansons, celles que tu préfères… Et tu joues ainsi, jusqu’à en avoir assez.
Gernot : On devrait réfléchir à différentes tracklists, parce que parfois, ce serait plus intelligent de commencer différemment les shows.
Sascha : Chaque album nous apporte de nouvelles chansons, donc c’est pratique pour avoir une tracklist fournie.
Sebastian : Enfin, on est rôdé à une tracklist après 5 voire 10 concerts, au début…
Sascha : Je ne dirais pas ça, mec ! On essaie d’être de plus en plus pro et on arrive à se caler de plus en plus rapidement, je trouve.
Gernot : Le premier concert est toujours dingue et le 2ème toujours nul, tout ça parce que tu es complètement saoul car tu as fait la fête la veille…
Sasha : Ce qui est dur avec la musique électronique, c’est que le son provient toujours du même fichier. Donc, il faut trouver l’équilibre entre rejouer la track chaque soir et utiliser de nouveaux et anciens sons provenant de l’ordinateur.

Quelles étaient vos inspirations pour “III” ?
Gernot : C’est un ensemble de choses. Les albums que l’on a faits précédemment. On a réalisé, grâce aux interviews notamment, que cet album semble plus mature et émouvant que les précédents.
Sascha : On ne l’a pas fait exprès.
Gernot : Nous étions tous les trois seuls en studio. Mais nous recevions des bribes d’informations du monde entier, toute cette crazy shit qui s’est passée ces 12 derniers mois et c’est dans ce contexte que nous avons enregistré l’album.
Sascha : Nous essayons de déconnecter une fois à l’intérieur du studio. Ces temps-ci, c’est très dur de faire le vide. Les journaux télévisés allemands n’arrivent même plus à conclure sur une note positive, ils voient toujours le verre à moitié vide. Quand arrive la section sportive, au lieu de dire que telle équipe a gagné, ils disent « Nuremberg a encore perdu ! ».

Que faites-vous le samedi ?
Sasha : J’adore passer mes week-ends au lit. C’est tellement rare. Sinon je vais à la campagne. Je ne vais pas en rave. Quand je veux en faire, je laisse mon agent remplir mon emploi du temps d’une tournée de DJing. C’est ma manière de faire la fête.
Gernot : Je passe mon temps libre avec mes enfants de 8 ans et 3 ans.
Sebastian : Pareil. Mes enfants ont 8 ans et 1an et demi.

Quelle est la meilleure ville pour faire la fête ?
Gernot : Guadalajara au Mexique !
Sebastian : C’est vrai.
Sascha : On était en concert là-bas l’an dernier. On voulait absolument voir un combat de ‘lucha libre’. On est allé dans le seul endroit où il y en avait, on a pris une énorme bière, hyper excités à l’idée de voir ça. Sur scène, il y avait une sorte d’entracte dansant. Sauf qu’en fait, c’était un concours de danse. Il y avait des familles partout. On était 3 pauvres mecs arrachés au milieu de tous ces gens. C’était un des trucs les plus marrants que j’ai vécus.
Gernot : En plus, c’était de la danse hip hop.

Sortie de leur album “III” prévue le 1er avril 2016 chez Monkeytown Records.
Site : http://moderat.fm/

En tournée
Le 28 Mars à l’Olympia (Paris)
Le 30 Avril au Cabaret Aléatoire (Marseille)
Le 1er Mai au Bikini (Toulouse)
Le 2 Mai au Rocher Palmer (Bordeaux)
Le 3 Mai au Stereolux (Nantes)

Partager sur :

Vous pourriez aimer...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *