MAX ET LENNY, L’ADOLESCENCE ET L’AMITIÉ AU FÉMININ

 
Max et Lenny, c’est l’histoire de deux adolescentes dans un des quartiers Nord de Marseille. C’est aussi une belle histoire d’amitié, une rencontre entre Lenny, le rap, son grand frère, le deal et l’envie de réussite. Et Max, la famille, une situation irrégulière, le sourire collé aux lèvres. Malgré les problèmes, malgré des thématiques lourdes à aborder au cinéma, ce film se veut proche d’une réalité sans clichés ni scènes surfaites. Le réalisateur connaît Marseille, son scénario est riche et original et laisse la parole à deux personnages féminins dignes d’admiration. Rencontre avec les deux actrices, Camélia Pand’or et Jisca Kalvanda en promo à Paris, pour parler rap, cité phocéenne, amitié et féminité.
 
Paulette : Est-ce que vous pouvez vous présenter en quelques mots, d’où vous venez, ce que vous avez fait avant de tourner dans Max & Lenny ?
Jisca : Je m’appelle Jisca Kalvanda, j’ai 20 ans. Avant de tourner Max & Lenny, j’étais dans un 3 fois 52 minutes et j’ai joué dans un petit court métrage avec une association, ça s’appelle Le commencement. Il a bien fonctionné, dans les festivals et jusqu’à Cannes, dans la section “Banlieusards”. J’ai aussi joué dans Engrenages.
Camélia : Je m’appelle Camélia Pand’or, pour le nom de scène. Je viens du Val d’Oise, je suis un pur produit de là-bas. Je ne suis pas comédienne mais auteure interprète. C’est mon premier long-métrage.
 
De quelle manière pouvez-vous décrire le film Max & Lenny, qu’est-ce que ça raconte ?
Jisca : Max & Lenny, c’est une histoire d’amitié, d’aventures entre deux jeunes filles. Elles ne sont pas forcément du même milieu, pour Lenny, c’est le quartier, son grand frère dealer. Et pour Max, c’est la vie sans papiers et ses parents ont été expulsés alors elle doit s’occuper de ses frères, sœurs et de sa grand-mère.
Camélia : C’est aussi une histoire de deux filles qui se battent dans la vie. C’est un film qui aborde plusieurs thèmes, l’amitié fusionnelle, l’adolescence, l’aventure, la liberté, les problèmes sociaux, etc.
 
Camélia, tu rappes dans le film, qu’est-ce ça raconte sur cette musique ? Est-ce du rap au féminin ?
Camélia : Je ne parlerais pas de rap au féminin mais plutôt de la musique comme moteur d’épanouissement de soi. Concernant le rap, on a voulu mettre en avant que cette musique ne véhicule pas que de clichés, des amalgames, c’est surtout une musique comme une poésie, un exutoire. J’ai eu une grande liberté d’écriture, de chant. Lenny mon personnage est d’un côté, et de l’autre il y a l’industrie du disque. C’est un peu l’argent contre la passion.


 
Justement, le rap fait partie de ton quotidien. Qu’est-ce que vous avez mis de vous-même dans vos personnages respectifs ?
Jisca : Mon personnage, c’est un produit Jisca ! Rires. J’ai mis toutes mes émotions, celles que j’ai pu ressentir dans ma vie. Ce n’est pas un rôle de composition par contre, je ne m’éloigne pas de moi. Max, c’est moi, c’est Jisca, c’est ma façon de voir la vie. J’ai creusé en moi.
Camélia : J’ai mis mon rap, ma passion pour les mots. J’ai écrit pour le film comme le souhaitait le réalisateur, il m’a fait confiance là-dessus. Pour mon personnage, c’est un peu ce que j’étais à 15 ou 16 ans, j’étais un peu rebelle – quoi que je suis toujours rebelle ! J’étais plus marginale, plus fermée aux gens, à la société, beaucoup plus butée. J’ai apporté à Lenny de la noirceur, de la solitude.
 
Comment s’est passé le tournage à Marseille ? Ce cinéma est très réaliste, qu’avez-vous ressenti au moment de tourner le film en situation réelle, dans une cité dans quartiers Nord ?
Camélia : On n’avait pas vraiment de directions, on était libres dans nos mouvements, nos réalisations. Sur Marseille, Jisca connaissait un peu…
Jisca : Oui, je suis allée à la Ciotat, après 6 ans de théâtre, avec ma troupe on est allés au Festival d’Avignon. Et un week-end, on a visité les Calanques, c’était superbe. Je ne connaissais que cette partie, je n’avais pas vu les cités, ni le port, j’étais donc surprise. Mais c’est vrai qu’on voit toujours Marseille de manière particulière, la cité, les kalaches, tout ça… Nous, on a été bien accueilli. Fred, le réalisateur, a surtout très bien travaillé en amont. On n’a pas débarqué avec deux gros camions et des caméras. Il a été là-bas, il a parlé aux habitants des Consolat (ndlr : la cité où s’est déroulé le tournage).
Camélia : On était en contact avec les gens, Fred Nicolas est de Marseille, il connaît sa ville. Ce qui était paradoxale, c’était d’être dans ces grandes cités et d’avoir la vue sur la mer… Il a choisi cette cité pour ce paradoxe d’ailleurs. On était dans un cocon, l’équipe était fabuleuse. Tournage à petit budget, tout le monde était passionné et motivé. Quand on est parisien et que l’on ne bouge pas beaucoup, se retrouver à Marseille avec la mer, ça fait forcément plaisir.
 
“J’ai plus peur dans un petit village en Charente qu’à Marseille”
 
Vue l’actualité et ces coups de kalachnikovs justement à Marseille, le film prend tout son sens, comment vous regardez ce qu’il s’est passé dans la cité phocéenne il y a quelques jours ?
Camélia : En fait je ne regarde pas la télévision, je ne lis pas les journaux, je ne vois que les trucs sur Facebook… Je trouve toujours qu’il y a une sur médiatisation, hop on donne un bout de viande au peuple, tiens en ce moment on donne les kalaches, demain on parle de l’Islam, donc non moi je ne regarde pas l’actualité. Quand on s’est retrouvées à Marseille, je n’ai pas vu les kalachnikovs mais plutôt des gens sympathiques et ouverts, plus qu’à Paris.
Jisca : Après, il y a vraiment eu des tirs de kalachnikovs. Le film ne montre pas ça mais la drogue, ça existe, les faits sont là, on ne peut rien y faire. On subit presque ça sans avoir le choix. Ça se passe à côté de nous mais que faire ? On est juste au mauvais endroit au mauvais moment.
Camélia : J’ai plus peur dans un petit village en Charente qu’à Marseille ! C’est une autre violence, une autre délinquance. Bon après, on est plus proches de la banlieue, j’ai grandi dans un quartier jusqu’à mes 12 ans, toutes mes relations y sont liées et je me sens plus en sécurité là-bas quand dans des coins pommés. Ce ne sont pas les mêmes délits en Seine Saint-Denis qu’à Charleville-Mézières… Rires.

Que peut-on dire de la féminité dans le film, qu’est-ce qu’on en voit ?
Camélia : Pour mon personnage, elle a une fille qu’on lui a retiré. Malgré son côté garçon, ses activités masculines, sa solitude, Lenny reste une femme. Pour moi, ce ne sont pas les habits qui comptent, se sentir femme ne passe pas par l’apparence. On voit que plus elle s’ouvre, plus elle se féminise, elle retrouve un instinct maternelle.
Jisca : Moi pour ma part…
Camélia : À part ta petite robe courte avec ton petit boule comme ça… Rires.
Jisca : Attend pour moi, ce sont des humains Max et Lenny avant d’être des femmes. Je ne pense pas que Fred ait voulu particulièrement donner la parole aux femmes. Cette histoire aurait pu arriver à des hommes.  
Camélia : Mais pour une fois ce sont des femmes.
 
Oui après, il y a beaucoup plus de films en cité sur des hommes plutôt que sur des femmes…
Jisca : Ah si, regarde Bande de filles !
Camélia : Oui mais c’est sorti il y a quelques mois. Mis à part ce film, c’est dur à trouver sur cette thématique en France, avec deux filles, sur le rap. Pour moi, c’était une manière de donner la parole aux filles.
 
Si vous n’aviez pas décidé d’être actrice, quel métier auriez-vous aimé avoir aujourd’hui ?
Jisca : J’ai fait des études pour être conseillère financier. Mon père était comptable et j’ai toujours voulu faire comme lui, faire un métier presque comme le sien. Mais j’ai fait une rencontre extraordinaire, quand j’avais 14 ans, ma prof de théâtre. Elle m’a transmis son amour pour le cinéma, elle a changé ma vie. Elle me soutient encore aujourd’hui, et si j’ai un problème, j’hésite entre appeler ma mère ou elle !
Camélia : Ma situation est compliquée… J’ai eu mon bac, je suis allée à la fac en sociologie politique, je suis restée 1h30, je ne suis jamais revenue. Puis j’ai travaillé pendant un an et je suis retournée à la fac en Lettres modernes, spécialités Journalisme et Cinéma. Là aussi ça ne fonctionnait pas pour moi, je n’étais pas à l’aise. La musique, c’est ma passion, je fais des concerts, je vends des albums mais ce n’est jamais assez pour payer un loyer. Mais je me sens artiste, j’ai envie de faire quelque chose de mes mains et de ma tête. Si ce n’était pas possible, j’aurais aimé être journaliste, critique de cinéma. Et plus jeune, je voulais être hôtesse de l’air, égyptologue, j’ai voulu tout faire ! Mon rêve pour demain, c’est de mêler musique et cinéma.
 
“Ce n’est pas tous les jours que l’on met en avant deux portraits de femmes qui se battent”
 
Un mot aux Paulette ?
Camélia : Il faut aller voir ce film, il fait du bien ! C’est simple, humble, juste et je m’adresse aux lectrices, ce n’est pas tous les jours que l’on met en avant deux portraits de femmes qui se battent. Souvent, dans les films, les femmes sont faibles, on les agresse, elles sont instrumentalisées. Là non, ce sont deux femmes jeunes et courageuses !


> Max et Lenny, de Fred Nicolas
Sortie le 18 février 2015
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