MATHIEU LESCOP, TRICOLORE

Photos, Stephanie Chermont

Ni pop, ni rock, une sonorité enivrante pour un groupe qui martèle la scène à coup de français. Mathieu Lescop n’est pas seulement séduisant, il est engagé… tricolore !  

 
Paulette : Comment Lescop a commencé ? Quels sont tes débuts ?
Lescop : J’avais mon groupe avant Lescop, Asyl, j’ai tourné avec pendant 15 ans et puis j’ai eu envie de faire autre chose. Asyl, c’était vraiment un cheminement de l’adolescence vers l’âge l’adulte, ça nous a tous fait le même effet, on a évolué, bifurqué en tant qu’adulte. On avait envie d’explorer d’autres chemins. Je voulais faire un truc 100\% francophone mais qui ne soit pas du punk rock…
 
"JE VOULAIS FAIRE UN TRUC 100\% FRANCOPHONE"
 
Mais tu as par contre enregistré ton album en Angleterre…
Je l’ai enregistré en Angleterre mais totalement par hasard. Les copains avec qui je travaille sont John & Jehn, ils sont de Londres, mon Label (Pop Noire) est de Londres mais ce ne sont que des Français ! Je veux vraiment travailler qu’en Français, c’est important. Ce que l’on veut essayer de faire avec le producteur de l’album, c’est de changer les règles du jeu, faire ce qui n’a pas été fait avant, essayer de décaler les choses. On ne voulait pas faire du rock français ou du punk rock, ou des trucs avec des accords de guitare comme j’ai pu le faire avant. On a travaillé que par contre-proposition. À partir du moment où quelqu’un amenait quelque chose, l’autre amenait un contre-point, un contre-pied…

 
Quelles sont tes références ? Ton univers musical ?  
En musique, on a essayé de reprendre la façon de faire qu’il y avait eu dans les années 80, dans la new wave tu vois, tout ce qui était un peu post new wave, qui avait un pied dans la variété, enfin les trucs français qui passaient à la radio, comme Daho, Taxi girl, Rita Mitsouko – ils bossaient d’ailleurs tous en Angleterre, ou souvent ! On a repris cette façon de faire. Beaucoup de gens nous disent, "vous faites très années 80 !" moi je m’en fous totalement des années 80… C’est juste la façon de faire, de prendre des références littéraires, cinématographiques, les insérer dans la musique qui fait danser.
 
Justement en ciné, qui t’inspire ?
Jean-Pierre Melville, sans hésiter. Le Samouraï, L’armée des ombres, Les enfants terribles. C’est très clair, plaqué, il y a une espèce d’évidence et de style, de sophistication dans la simplicité, je trouve ça superbe.
 

 
Une rencontre a été marquante dans ta carrière, dans ta vie ?
Quand j’étais tout petit, j’ai rencontré une danseuse chorégraphe qui est américaine, Suzanne. J’avais cinq ans et demi. Je t’explique l’histoire. Je suis allé la rencontrer à la fin de son spectacle, comme tu peux le faire gamin, sans timidité. Je suis allé la voir, je lui ai dit que j’avais bien aimé. Je lui ai expliqué. Elle a adoré ce que je lui disais, le courant est passé. Via mes parents, elle est allée les voir, on s’est revus pendant des années et d’ailleurs, je l’ai vue il n’y a pas longtemps, j’ai gardé contact. Elle parle français. C’est la rencontre décisive pour moi, c’était la première fois que je rencontrais quelqu’un, qui voyait la réalité d’une autre façon. Qui voyait la réalité de façon abstraite. Pour elle, en même temps, l’abstraction c’est concret, elle est américaine. Les américains sont concrets. J’ai adoré cette façon de voir les choses, ça a été fou, c’était fini, j’ai su que j’allais être artiste. En tout cas, que j’allais me lancer dans un art.
 
Tu te vois faire une tournée à l’étranger ?
J’aimerais bien oui ! Je te parlais de Jean-Pierre Melville, la nouvelle vague. Le cinéma, c’est comme la chanson, c’est un langage universel. Je pense que l’on peut toucher les gens. Truffaut c’était en français, les Américains adoraient ! Godard aussi. Melville aussi. Alors qu’ils parlaient français, c’était des gens en costumes français, dans des voitures françaises et qu’ils fumaient des Gauloises…
 
Photo, Jehnny Beth
 
Pourquoi es-tu autant attaché à la langue française ?
Ça n’a jamais été fait. Enfin ce n’est plus fait depuis longtemps, actuellement. Je trouve ça triste. Les français ne doivent pas être complexés de leur langue… On a la langue la plus riche et belle au monde. Les anglo-saxons sont les premiers à le dire ! C’est stupide de systématiquement chanter en anglais.
 
"ON A LA LANGUE LA PLUS BELLE ET LA PLUS RICHE DU MONDE"
 
Un mot à nos Paulette, Lescop ?
C’est cliché mais je dirais, croyez en vous ! La conjoncture, la situation dans laquelle on est, c’est complexant. On a l’impression que l’on n’a pas le droit de croire en soi, et si on le fait, on devient un requin qui bouffe tout le monde. Je souhaite que les gens croient en eux, en allant le plus loin possible et qu’ils le partagent avec les autres. Je me le dis à moi-même aussi ! Salut les Paulette !
 
MATHIEU LESCOP :: LESCOP (EP)
Pop Noire
 
 
Concerts :
4/05 : Rennes
5/05 : Bordeaux
11/05 : La Rochelle
 

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