MARVIN JOUNO DÉVOILE UN MOYEN MÉTRAGE POUR SON PREMIER ALBUM

Marvin Jouno (qu’on vous avait présenté ici) imagine un format original pour prolonger l’aventure de son premier album, Intérieur Nuit, et crée l’événement en proposant à son public de venir le découvrir en images. Un moyen métrage de la durée du disque qui retrace l’épopée d’un couple en 11 chansons. Il vous invite à revivre ici ses huit jours de tournage en Géorgie au travers de quelques instants volés et immortalisés en argentiques.

“Un premier film de Marvin Jouno” peut-on lire sur la galette de son premier album. Une formule absurde, anachronique, voire surréaliste dans l’esprit d’un Magritte, “Ceci n’est pas une pipe”. Un premier film ? Un premier album ? Qu’importe ! Les deux projets se confondent allègrement et résument le parcours d’un artiste complet qui revient à ses premières amours, la mise en scène. “Au départ, le film n’était qu’un prétexte pour mettre en valeur l’album mais il a pris de plus en plus de place, admet-il. Ça fait 15 ans que j’expérimente plein de médias d’expression mais le premier c’est celui-ci. Je prends le risque d’imposer ma vision mais j’en avais envie.”

> UN PARCOURS DÉTERMINANT

Né à Saint-Brieuc, Marvin Jouno, 31 ans, a grandi en banlieue parisienne. Après des études de mise en scène, il est décorateur de plateau de cinéma pendant 10 ans et commence l’écriture en traduisant l’un de ses scénarios en chanson. Passionné de photos et amateur de pop anglo-saxonne, il crée quelques années plus tard Picture A Song, un projet mêlant images et musiques. La sortie de son premier EP, Ouverture, s’accompagne quant à elle de trois vidéos tournées en Suède. L’esthétique est sobre, soignée, monochrome, avec ces plans au ralenti… électrisants !

Quelques ébauches d’un rêve de gosse qu’il concrétise enfin. “Peut-être que depuis le début ce ne sont que des détours qui me ramène à la mise en scène, s’interroge-t-il. Je réfléchis à ce que pourrait être la suite, quelle démarche ? un album concept, un album tiré d’un film cette fois-ci ?”. La mise en images des onze chansons d’Intérieur Nuit paraît alors assez évidente, naturelle, tant son univers, sa musique et ses textes enjoignent l’auditeur à se faire son propre film. “Quand j’écris, j’ai toujours des images en tête, explique-t-il. Des idées fixes comme par exemple la thématique du feu sur Quitte à me quitter.”

LÉGENDE : L’incendie de Quitte à me quitter. L’évidence tant le champ lexical du feu est présent dans le premier couplet. Je ne l’ai vu qu’en recevant le tirage de la photo en question mais j’y vois aisément un renard – on appelle ça de la paréidolie, j’adore ce mot et cette notion. Cette photo a été prise de nuit à Tsalka.

> UN PARI FOU

L’écriture du scénario s’impose à lui en seulement une nuit. La thématique du couple (au moins présente sur six morceaux) lui intime l’idée d’un chassé-croisé amoureux, une histoire à tiroirs, compliqué, de celles qui nous marquent à jamais. Pour l’accompagner dans ce projet ambitieux, le talent du réalisateur Romain Winkler (Odezenne). Les deux artistes partagent la même vision, les mêmes références et réalisent ensemble un pari fou. Faire un 45 mn avec de « l’argent de poche » en seulement un mois et demi.

A quelques jours de la projection, Marvin Jouno se demande si le travail pourra être rendu à temps. “On se dit que c’est impossible, que tout ça ne peut pas exister, confie-t-il. Ça ressemble à mon approche globale, spontanée, parfois à l’arrache. Il y aura des imperfections mais ça donnera du caractère !” Romain signe la réalisation et la mise en scène. “Suite à la co-écriture du scénario, on a envisagé un temps une co-réalisation mais finalement il m’était difficile d’être devant et derrière la caméra dans ce genre de configuration de tournage. C’est une vraie collaboration qui a eu lieu avec Romain, nos visions se sont mélangées.”

LÉGENDE : Romain Winkler, ce fou qui a accepté le pari impossible de m’accompagner à l’écriture et mettre en image les 45 mn de l’album en à peine un mois et demi. Peu d’argent, peu de temps mais des idées, de l’envie et une capacité d’adaptation inouïe nous auront permis de concrétiser un ovni manifeste, dans un esprit cinéma guérilla galvanisant

> GEORGIE, TERRITOIRE HOSTILE

L’action se déroule en Géorgie, par moins 15°c. “C’est un hasard qu’on soit parti en Géorgie. Quand j’ai commencé à écrire le scénario, j’osais à peine imaginer qu’on puisse voyager.” Sa fascination pour les pays de l’Est n’est pas étrangère au choix de sa destination. “J’aime cette patine, l’impression qu’on n’a pas lavé le passage du temps. Cette perte de repères, le sentiment de ne pas savoir où ni quand on est. Ce rideau de fer qui nous a coupé le monde en deux et qui cristallise tous les fantasmes. Et enfin cette mélancolie que concentre toute cette région du monde.” Pour l’écriture de son premier album, le cinéma et la littérature russe ne cesse de l’abreuver. “C’est une chimère. Je voyage aisément vers ce Saint-Pétersbourg fin 19ème, très littéraire, très romantique.”

LÉGENDE : Des décors comme celui-ci – post-industriel, patiné, rouillé, à la limite de l’absurde tant cette grue ne construira à priori plus grand-chose à cet endroit – nous en avons croisés par centaines. Avec Romain, le réalisateur, nous évoquions depuis le début Stalker de Tarkovski comme référence – nous avons été comblé.

Sur place, ils sont une petite équipe. Un producteur, un réalisateur, un chef opérateur, un assistant monteur et 3-4 relais d’origine géorgienne. Le film est réalisé en couleurs, un vrai parti-pris pour ce fan du noir et blanc. “J’ose de plus en plus la couleur pour illustrer le côté pop de mes chansons dans les visuels, mais ça reste une couleur froide à l’image de la pochette.” Certaines séquences ont été tournées en temps réel. “On descendait de la voiture et on jouait, s’étonne-t-il encore. C’est l’art de l’improvisation de Romain. J’ai rarement vu une telle souplesse et une telle flexibilité. Par rapport au scénario de départ, on a réussi à tout tourner, ça paraît miraculeux.”

LÉGENDE : Notre voiture de jeu lors du road-trip : le troisième personnage principal du film – une Lada mauve un peu capricieuse mais qui tiendra bon grâce à son starter magique et l’aide de Tamaz, notre driver de minibus expérimenté

> OUVERTURE ET DEPASSEMENT DE SOI

Ana, incarné à l’écran par la comédienne géorgienne Tina Dalakishvili, est la figure féminine qui court sur tout l’album – même si elle revêt de multiples identités. Pour les besoins du film, elle se mue en activiste politique opposée au régime. Elle détient des informations qu’elle aimerait faire passer à l’Ouest. “Comme il n’y aurait pas de dialogues, on a vite compris que ce qui se passe dans la tête des personnages, dans le cœur ou dans le ventre, ne passerait pas à l’image, explique-t-il. C’est pour cette raison qu’on a ajouté cette trame géopolitique à ce fil rouge amoureux, pour donner du ressort à l’histoire. C’est les péripéties qui conditionnent l’itinéraire de ce couple.”

LÉGENDE : Tina Dalakishvili est une jeune comédienne géorgienne, prometteuse et talentueuse. Le casting par photo n’a quasiment pas eu lieu tellement elle était celle qui incarnerait Ana. Elle crève l’écran et a grandement contribué à rendre cette histoire d’amour crédible. N’étant pas du tout comédien, Tina m’a poussé à tenter de me mettre à sa hauteur, à oser jouer… Sans elle, le film ne serait définitivement pas le même.

Marvin réalise un fantasme – il est photographe dans le film. L’idée d’incarner son personnage lui est venue naturellement. Parce qu’il a encore besoin d’être identifié et parce qu’il n’aurait pas pu laisser ses textes à l’interprétation de quelqu’un d’autre. “Cet album est une mise à nu pour quelqu’un de très pudique comme moi. Mais avec ce film, c’est une radiographie à 360°, je suis carrément à poil.” Dans ses textes, il se raconte à travers plein d’histoires et de personnages, fictifs ou fantasmés. Une manière de prendre de la distance par rapport à l’essence des chansons qui se révèle souvent beaucoup plus profonde. “Je trouve que la réalité peut-être parfois trop brute, clinique ou banale, donc j’ai besoin d’avoir un zeste de fiction et d’imaginaire pour la rendre poétique.” Celui qu’il incarne à l’écran est un moi multiple, moins réservé qu’il l’est dans la vie, qui apprend à s’ouvrir et s’offrir au public. “Tout participe à ce processus d’ouverture : sortir un premier album, jouer sur scène, faire un film… je me soigne !”

> GEORGIE, TERRITOIRE IMPREVISIBLE

Pendant le tournage, leur capacité à rebondir a été mise à rude épreuve. Romain, le réalisateur, a même fini en maillot de bain dans une piscine avec un appareil photo et une GoPro pour sauver in extremis une prise qui leur semblait essentielle. “C’était une belle galère, se souvient Marvin. On s’est retrouvés dans cette piscine surchauffée, où il devait faire 35°c, alors qu’on filmait la plupart du temps dehors par moins 15°c. La condensation sur les optiques les a rendus inutilisables. C’était le dernier jour, on était déjà rincés mais il fallait la tourner. Elle a été sauvée, en partie.” Quelques imprévus qui se sont finalement transformés en une succession d’heureuses coïncidences.

LÉGENDE : Première journée hors de Tbilissi, à Rustavi, grande banlieue de la capitale géorgienne. Surpris par une tempête de neige alors que nous nous dirigeons vers un décor repéré au préalable, nous nous retrouvons bloqués dans un épais brouillard et découvrons par hasard ce bâtiment abandonné incroyable. Nous y improvisons une séquence entière tant le lieu est inspirant. C’est l’une des plus belles surprises de ce road-trip.

LÉGENDE : De bon matin dans l’idée d’illustrer Les chers leaders, nous avons la chance d’assister et de filmer la répétition de jeunes danseurs traditionnels géorgiens. Agés de 6 à 12 ans, ces jeunes garçons dégagent une assurance, une technique, une grâce, une force démentielle.

Malgré les quelques repérages fait au préalable pour nourrir la mise en scène, ils n’ont eu que peu de temps pour se préparer. Cette fragilité rend ce projet encore plus admirable. “On se retrouvait à improviser à maintes reprises, se souvient-il. Romain est un boulimique d’images, je ne l’ai jamais vu paniqué.” Le pays où ils ont décidé de poser leur équipement y est pour beaucoup dans le bon déroulement de cette aventure. Il s’est progressivement imposé comme l’acteur principal du film. “Je travaille dessus depuis trois mois seulement et j’ai la sensation que ce projet meurt chaque matin et se réveille l’après-midi”, révèle-t-il. Les surprises ont été nombreuses et ont permis de rendre tout cela possible. Pour la plupart, au-delà de ses espérances.

 

LÉGENDE : A Tbilissi, la maison du Tramway. L’ancienne station grandiose du funiculaire qui reliait le centre-ville à l’antenne relais qui surplombe la ville et offre un panorama unique. Deux escaliers en colimaçon s’entortillent, deux points de départ, deux points d’arrivée et l’impossibilité de se repérer, de distinguer la logique des méandres de ces rampes d’accès qui donnent le vertige

LÉGENDE : Dans une friche industrielle par moins 15°c, nous reprenons l’idée des tags pour Est-ce l’Est ? Ici je retrouve le mur berlinois que je n’avais pas trouvé en Suède. J’écrirai en noir Plus rien ne sera pareil et Tina Demain en géorgien et en rouge.

LÉGENDE : La destination finale de notre road-trip : Tsalka, une petite ville perdue au beau milieu des plaines enneigées. Des rues désertes et verglacées, des chiens errants, un air de Sibérie. Je voyage au beau milieu d’un rêve, de ceux que je me faisais en écrivant Si le vous vous plaît, en lisant La femme qui attendait d’Andreï Makine, en écoutant Arvö Part, en fantasmant Vladivostok.

Tracklisting de l’album :
1 – L’AVALANCHE
2 – LES CHERS LEADERS
3 – QUITTE A ME QUITTER
4 – ANTOINE DE 7 A 9
5 – LOVE LATER
6 – EST-CE L’EST ?
7 – SI LE VOUS VOUS PLAÎT
8 – LE GRAND SOMMEIL
9 – LARME BLANCHE
10 – EXODE 81
11 – PANORAMA

Album Intérieur Nuit (Un Plan Simple/Sony Music)
Sortie le 11 mars 2016

Intérieur Nuit – le film
Séance exclusive le jeudi 10 mars à 20h30 au MK2 Grand Palais
Réservation : http://www.mk2.com/eveneme…/interieur-nuit-film-marvin-jouno

Concerts :
Le 2 avril, à Macon (La Cave à musique)
Le 5 avril, à Paris (La Flèche d’or)
Le 15 avril, à Bourges (Printemps de Bourges)
Le 21 avril, à Rennes (Festival Mythos)
Le 30 avril, à Bordeaux (L’Inox)

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