MARINA KAYE : “MA MISSION : FAIRE ENTENDRE MA VOIX”

 
Marina Kaye est impressionnante de maturité et d’aplomb. Son intention est claire : exporter sa musique à l’international. A 13 ans, alors qu’elle remporte le concours de “La France a un incroyable talent”, elle refuse toutes les propositions qui lui tombent dessus. A raison, puisqu’un an plus tard, un producteur -ancien banquier-, lui offre la possibilité d’enregistrer l’album qui lui ressemble. Le déclic ! La jeune fille couche sur papier ses mauvaises expériences pour exorciser ses démons. Résultat, des textes intelligents d’une grande profondeur, directement inspirés de son vécu. Rencontre troublante avec une artiste de 17 ans à l’étoffe d’une star.
 
Paulette : Le grand public te découvre dans l’émission “La France a un incroyable talent” en 2011. Qu’est-ce que tu attendais de ce programme ?
Marina Kaye : L’idée ne venait pas de moi, c’est une amie qui m’a inscrite quand elle a découvert que je savais chanter. Je n’en attendais rien jusqu’à la demi-finale où j’ai vraiment eu ce besoin de gagner. Mon côté compétiteur a repris le dessus (sourire). Au début, je faisais ça pour le fun, sans trop comprendre. Après, c’est devenu plus sérieux et ça a été une très belle fin j’ai envie de dire.
 
Après ta victoire, tu as reçu beaucoup de propositions…
Pour des comédies musicales ou des projets en français, des choses comme ça. C’était très structuré. Personne n’est venu vers moi en me disant : Et toi, qu’est-ce que tu veux faire ? Donc ça ne m’a pas du tout intéressé. Et puis c’est arrivé… un an plus tard !


 
Qu’est-ce que tu voulais éviter ?
Je voulais éviter le projet qui ne peut pas s’exporter. Je voulais éviter le projet où je suis avec 40 autres personnes sur scène et je n’arrive pas à me faire entendre. Je voulais juste éviter quelque chose qui ne me ressemble pas !
 
Ça dénote une certaine force de caractère. Même toute jeune, tu te séparais de ta prof de chant parce qu’elle ne te faisait faire que de la chanson française…
Oui, j’avais 10 ans et demi. C’est ma mère qui m’avait inscrite à des cours de chant. J’en ai pris 10 ou 15 et puis j’en ai eu marre parce qu’elle ne savait pas parler anglais. Ça m’énervait beaucoup ! Bon, j’ai appris à faire du Edith Piaf avec elle mais ça ne m’intéressait pas pour ma vie à moi (rires) !
 
D’où te vient cette assurance ?
(Rires) je ne sais pas ! Ce n’est pas vraiment de l’assurance mais j’ai toujours su ce que je voulais. Pourquoi ? Comment ? Par où je voulais passer ? Avec qui ? C’est l’instinct, un bon instinct !
 
C’est en postant tes vidéos de reprises sur YouTube que tu attires l’attention d’un producteur. Pourquoi avoir décidé de miser sur Internet ?
Je n’ai pas vraiment misé sur Internet, je l’ai fait sans raison, simplement parce que j’avais envie de chanter. Et puis ça a été la chance de ma vie, et le truc le plus inattendu du monde : qu’on me remarque !

 
Par quelqu’un qui n’était pas du tout du métier : Jan Erik Frogg, un ancien banquier norvégien, en quête de reconversion.Qu’est-ce qui t’a encouragé à travailler avec lui ?
Simplement parce qu’il m’a proposé de faire ce dont j’avais envie. Ça a été le déclic ! Il m’a dit : tu vas faire ce que tu veux, écrire ce que tu veux, dans la langue que tu veux, on va faire absolument tout ce que tu veux, tu vas pouvoir t’exprimer et dire les choses comme tu en as envie ! C’était un amusement cet album et on l’a fait d’une façon tellement détachée, sans rien comprendre à la musique, que ça ne pouvait être que génial !
 
C’est une histoire incroyable. Pour vous deux d’ailleurs, puisque ton premier album est déjà disque d’or.
Oui mais on a vraiment beaucoup bossé dessus ! On l’a construit pendant deux ans et demi. Ça a été long et il y a eu des doutes aussi sur le chemin, mais au final, je ne dis pas que ça a payé – parce que ce n’est pas assez – mais ça commence !
 
Ce n’est pas assez… Qu’est-ce que tu vises ?
Je ne sais pas exactement, parce que je commence à comprendre que tout ça est une question de talent bien sûr, mais aussi et surtout de chance et d’opportunité. Je ne sais pas exactement ce que je vise, mais je sais que pour l’instant je suis là et j’aimerai être par là-bas (elle pointe son doigt en direction du ciel, ndlr).
 
Quels genres de doutes t’habitaient au moment d’enregistrer l’album ?
J’avais peur que le titre Homeless ne marche pas. On a mis du temps à l’installer, mais c’était important pour moi que ce soit le premier !
 
Pourquoi est-il si particulier pour toi ?
Parce que c’est un sentiment que j’ai traîné absolument toute ma vie : me sentir complètement déboussolée, sans personne qui me protège. J’en pouvais plus donc ça a fini par sortir par le biais de “Sans abri”, au sens figuré bien sûr.


 
Qu’est-ce qui te pousse à écrire des chansons ?
Jusqu’ici, les choses que j’ai gardées en moi, sans avoir l’opportunité d’en parler, et qui m’ont marquées. C’est assez sombre c’est vrai. Mais maintenant que c’est fait, je ne pense pas que le deuxième album sera aussi… compliqué ! Celui-là, c’est le premier, c’est celui qui résume ma vie ! Même si je pars vers d’autres horizons et que je finis par faire des chansons un peu plus joyeuses, il aura été important pour moi que ce premier album parle de ma vie et de ce qu’elle a été en partie, c’est-à-dire beaucoup de moments compliqués !
 
Pour t’en détacher et aller de l’avant ?
Clairement !
 
Dans tes textes, une idée ressort : un vrai manque affectif, un manque d’attaches. Est-ce que le fait d’être adulée aujourd’hui t’aide à combler ce manque ?
Ça aide quand on est sur scène, quand les gens nous montrent à quel point ils sont reconnaissants qu’on ait fait quelque chose qui leur sert à eux aussi, dans leur vie. A d’autres moments, pas du tout. Y a des moments vraiment bas, où on ne se rend pas compte de ça et on se sent encore aussi seul qu’avant. Je pense que ça fait aussi partie de ma personnalité. C’est quelque chose sur lequel je travaille, autant par le biais de l’écriture que moi toute seule dans ma tête. La musique est une voie pour exorciser tout ça, mais je ne pense pas que ce soit ce qui guérit !
 
Tu dis : “Il faut que j’accomplisse un maximum de choses essentielles pour laisser ma marque”. Qu’est-ce qui t’effraie ?
(…) c’est sans doute bizarre à entendre mais avec cette voix, j’ai l’impression d’avoir une mission, la faire entendre. Je sais qu’elle n’est pas à moi, que je peux la perdre du jour au lendemain, qu’elle m’est juste prêtée… c’est un don ! Je chante pour le gars qui a eu un cancer, qui habite aux Etats-Unis, qui a écouté mon album et qui est venu jusqu’en France pour me voir en première partie de Florent Pagny parce qu’il était persuadé que ce qui l’avait guéri, c’était mes chansons. Pour moi, c’est ça laisser sa marque. Parce qu’il y a une personne sur terre qui pense qu’elle a endormi son enfant avec moi, y a une personne sur terre qui pense qu’elle a guérit avec moi, y a une personne sur terre qui pense qu’elle est sortie d’une dépression avec moi…
 
Comment as-tu découvert le potentiel de ta voix ?
Je la découvre encore, tous les jours, parce qu’elle a mué, parce qu’elle évolue. C’est le reflet de mon état d’esprit et de mon humeur. C’est inattendu, elle fait ce qu’elle veut !
 
Ton premier album a été enregistré entre New-York et Londres, avant même d’être signer chez Capitol/Universal. Le parti est clair et tu ne t’en caches pas : exporter ta musique à l’international. Devenir une popstar, c’est ton ambition ?
Je ne peux pas dire ce que je saurai dans quelques années. Le terme popstar, c’est compliqué. Je fais de la pop, mais aujourd’hui ce n’est plus ce que c’était obligée d’être à une certaine époque : du Britney Spears, du Rihanna, forcément une fille avec une perle au nombril. La pop aujourd’hui, je vais le faire avant qu’on me compare, c’est moi, c’est Adele, c’est Sia, c’est Lana. Y a plus de profondeur, beaucoup de vrais textes. A court terme, je préférerai être perçue comme une auteure.
 
Qu’est-ce que tu penses des icônes pop comme Miley Cyrus, Katy Perry, Rihanna, qui ne sont pas contre se dénuder pour attirer l’attention ?
C’est vrai qu’il y a beaucoup de gens nus aujourd’hui (rires). Je ne suis pas allée très loin dans l’album de Miley mais j’aime beaucoup les singles. C’est vrai que c’est dommage qu’elle soit allée aussi loin, mais dans sa musique il y a une sacrée évolution et je trouve ça top. On peut aussi aimer un artiste sans pour autant tout comprendre, assimiler et adopter. Moi c’est vrai que cette notion de se foutre à poil pour vendre, je ne comprends pas, mais y a des artistes qui le font et qui à côté de ça ont de très belles compositions. Je les écouterai sans pour autant comprendre – et pas accepter, je ne suis pas leur mère pour les juger ! – pourquoi tout le monde rentre dans ce moule sans essayer de se différencier.
 
Une dédicace aux Paulette ?
J’espère que cette interview vous plaira. Je fais des gros bisous à tous ceux qui aiment ma musique ou qui la découvrent et qui commencent à l’aimer.
 
MARINA KAYE :: Fearless
Capitol Records/Universal
 
 
Concerts:
14 novembre: Rock School Barbey, Bordeaux
15 novembre: Le Bikini, Ramonville St Agne
17 novembre: Espace Julien, Marseille
18 novembre: Théâtre Lino Ventura, Nice
20 novembre: Coopérative de Mai, Clermont Ferrand
21 novembre: Ninkasi Kao, Lyon
22 novembre: L’Autre Canal, Nancy
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