L’URGENCE DE VIVRE


Crédits photo : Paul Saint Bris pour Pictoresq

Lundi matin.

On se regarde dans le miroir en essayant de se donner une mine convenable. Pas qu’on ait trop picolé la veille et l’avant-veille. Pas qu’on ait trop ri, trop dansé, trop fumé, trop fait la fête dans les rues de Paris et de France, comme d’habitude. Pas qu’on ait trop texté “J’ai envie de toi” à un ex qu’on s’était promis de ne plus voir sur les coups de 3h du mat’, pas qu’on ait trop répété le lendemain matin à sa meilleure amie “J’arrête de boire”.

La gueule de bois est tenace ce lundi matin, la migraine, la boule au ventre malgré l’absence d’excès qui ritualisent normalement nos week-ends. Ce matin, nous sommes toujours groggy. C’est la deuxième fois cette année que des terroristes frappent le quartier où nous travaillons et par là, la France toute entière.

Mercredi 7 janvier 2015 vers 11 heures. Alors que les meurtriers assaillaient la rédaction de Charlie, une partie de la Team Paulette se trouvait rue du Faubourg du Temple (11e), dans nos locaux. Une autre partie était dans les parages, sortait du métro, marchait sur les boulevards pour rejoindre, d’un pas empressé, la rédaction. D’autres s’étaient tout simplement octroyé un petit moment de plaisir pour faire quelques emplettes soldées. L’annonce de l’attaque avait été un véritable coup de massue, textos échangés à la hâte, “Restez au bureau, surtout ne sortez pas !”, attente interminable, chaînes d’info en continu, sirènes de police et d’ambulances dans la rue. Saturation d’infos sur les réseaux puis très vite, “Je suis Charlie”, tel un slogan, jusqu’à la marche en l’hommage des victimes. Cet événement nous a marquées, pour toujours.

Vendredi 13 novembre 2015 vers 21 heures.
Une partie de la Team Paulette prenaient l’apéro dans nos nouveaux locaux, rue Oberkampf (11e). Une autre se trouvait dans les différents théâtres, salles de concert, bars “cool” de la capitale. Nos points cardinaux à nous : le Marais, Bastille, Belleville, Montmartre. La nouvelle n’a pas tardé à tomber. Amis, connaissances, témoins directs des événements, ont remis en branle le téléphone arabe. Mêmes questions : “Es-tu safe ? Tout va bien ?” Puis mêmes mots d’ordre : “Ne sortez pas ! Restez où vous êtes ! Planquez-vous !” Pour la deuxième fois cette année, notre quartier était la cible des terroristes. Nouveau coup de massue.

Que nous vaut cette attention, s’interrogeait Titiou Lecoq sur Slate.fr samedi ? Comme de nombreux éditorialistes l’ont écrit, cette fois-ci c’est nous, les jeunes de Paris, qui sommes la cible. Les terroristes haïssent le hasard, ils nous ont choisis méticuleusement. Mais notre jeunesse a repris le dessus. Les lieux frappés se sont recouverts de fleurs et de bougies, la fameuse devise de Paris “Fluctuat nec mergitur” est apparue place de la République, le Canal Saint-Martin a retrouvé ce dimanche ses allures d’aire de pique-nique géante. Il faisait soleil. Les terrasses se sont repeuplées, on était presque heureux de payer son Coca Zéro 5 euros cinquante.

Alors bien entendu, l’état d’urgence continue. Mais surtout l’urgence de vivre, de faire la fête, de s’embrasser, de créer, de dessiner, de publier, bref, de vivre notre rêve au coeur de notre quartier.
Alors ce matin, face à notre glace, on s’est rosi les joues, on s’est dit “Sortons”, “Aimons-nous”. Et on a repris nos habitudes. Car c’est la meilleure façon de tenir tête à la barbarie.

Paulette.

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