LUNGA NTILA : FÉMINITÉS ET IDENTITÉS

Si les propositions photographiques de l’artiste Lunga Ntila questionnent les notions d’identité de notre imaginaire collectif, son travail tend surtout à déconstruire et explorer le champ de la photographie. Jouant avec les textures et les formes, agrandissant et déplaçant des fragments photographiques récoltés de ses archives, la photographe de 24 ans nous invite à découvrir son univers tantôt expressionniste, tantôt cubiste. Focus sur un processus créatif aussi hybride que fascinant.

Décomposition et découpages, distorsion impertinente et collages photographiques, ou comment allier féminités, identités et poésie, tout en déjouant les codes du monde de la photographie.

© Lunga Ntila Anthony Bila FatherStretchMyHands 2020 DigitalCollage
© Lunga Ntila

Sexualité, féminité, exploration et déformation. Tant de thèmes et techniques associé.e.s aux travaux de l’artiste sud-africaine. Aperçues à la Art Book Fair de São Paulo au Brésil, puis à l’exposition d’été Keyes Art Mile et à l’Investec Cape Town Art Fair en 2019, les photographies de Lunga Ntila ne cessent de se montrer dans les foires les plus influentes de l’art contemporain. À travers ses découpages, assemblages et collages, l’artiste déploie une vision neuve et redessine les contours des féminités d’aujourd’hui, prônant une posture assumée et déterminée. Elle interroge également les codes esthétiques autour des questions identitaires africaines et afro-américaines pour donner une parole et une place à un peuple trop peu valorisé, notamment sur la scène artistique.

 En questionnant et pointant du doigt l’actualité, Lunga Ntila déforme le réel, expérimente sans cesse et joue avec les images comme Arcimboldo (peintre italien maniériste) dans ses compositions de portraits en fruits et légumes. Le processus créatif tient d’ailleurs une place prépondérante dans le développement de la pensée critique qu’elle entretient face à son travail: en effet, la photographe manipule textures, ombres et morceaux de corps, en condensant des approches tantôt graphiques, tantôt esthétiques et expérimentales, mais jamais dénuées de sens et de contexte. Elle construit ses formes et personnages à partir de moodboards et d’inspirations variées : à l’aide du logiciel Photoshop, elle adore remanier sans cesse ses compositions. Véritable terrain de jeu, cette méthode de travail, basée sur un catalogage de portraits et autoportraits qu’elle vient découper et recomposer, invite à reconsidérer les techniques artistiques actuelles, leur implication, leur rôle dans le monde de l’art contemporain: de l’instrumentalisation des corps à l’étourdissement des couleurs saturées, la photographie apparaît encore souvent comme un outil de propagande tordant nos corps, écrasant nos courbes et nous assommant de diktats. Lunga Ntila rend hommage aux corporalités, aux sensualités et offre ainsi toutes ses lettres de noblesse à la photographie. 

Finalement, le travail de Lunga Ntila est une loupe fixée sur le monde en perpétuel changement, comme réponse à une génération demandeuse de nouvelles icônes, plus authentiques, plus ouvertes et surtout plus humaines. Porteuse de sens et d’espoir, la photographe marque un pan de l’art actuel et propose une relecture du prisme des féminités et identités. Un travail à découvrir les sens éveillés !

À suivre sur Instagram.

Article du numéro 48 « Nouveaux.lle.s leaders » par Susy Lapierre

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