LOV : « LAISSEZ PLACE À L’AMOUR, LA HAINE C’EST DÉPASSÉ »

Lov déborde d’énergie. Discuter pendant une heure et demie avec elle c’est à la fois bouleversant, motivant et extrêmement touchant. Cette jeune artiste ose, s’élance dans l’écriture, la musique, l’art avec son équipe de "gonzs" comme elle les appelle. Elle participe à Planète Rap après le confinement de mars 2020 et maintenant, elle sort son premier EP. Laissez-vous bercer par sa fougue et son art, enivrant, franc, et sincère.

© LOV par Jade Lebloas

Tu as toujours été créatrice dans l’âme ?

Toujours ! Je fais beaucoup de choses. Je peins, je dessine, je crée, j’invente, je fais énormément de musique et ça me permet de m’évader. J’écris tous les jours, mais seulement depuis un an, c’est très récent. En fait, je suis dyslexique. L’écriture n’était pas innée chez moi. J’avais un blocage, alors j’ai commencé par écrire en anglais. Je me cachais derrière la barrière de la langue. Et puis, je me suis dit : « attends, tu n’es pas Shakespeare, reste plus proche de Molière, ça ira mieux ! » (rires) En français, j’ai réalisé que tout le monde comprendrait ce que je disais. Mes amis et mon entourage étaient surpris d’abord mais finalement, c’était assez naturel. Je ne me pose jamais vraiment de questions. Quand j’écris, ça arrive tout seul. Je ne sais pas d’où ça vient. C’est un peu spirituel, il faut un peu capter l’état d’esprit (rires).

Lov, pendant le premier confinement, tu oses, tu envoies un freestyle à Planète Rap. Comment t’es-tu décidée à faire le grand saut ?

J’ai envoyé mon freestyle lors d’un concours organisé par Planète Rap. J’ai été sélectionnée tout de suite. Finalement, ce sont des petites expériences qui peuvent paraître minuscules mais qui moi, m’ont donné confiance. Ça m’a donné l’envie de persévérer. On l’a fait de manière très instinctive. On a posté la vidéo sur Instagram et puis on recevait des messages sympa. C’est venu tellement vite. J’avais la veste de mon père, j’étais sur la terrasse, pas maquillée. Mon frère me filmait, sans se prendre au sérieux. On l’a regardée et on trouvait ça mignon. Après avoir été postée sur Planète Rap, un label m’a contactée. Ils me disaient qu’au-delà de ma musique, ils aimaient ma personne.

Et puis finalement, un matin en Corse, mon fiancé me réveille en m’annonçant que j’avais été prise pour le Planète Rap ! C’était génial, même si c’était stressant. Ce qui m’impressionnait ce n’était pas tant le lieu, c’était la pression de ma prestation. Je suis passée avec PLK qui est très timide et humble. L’équipe était super gentille, c’était un moment très touchant, avec de bonnes connexions. Je suis arrivée avec un gros panier de Provence avec de la verveine et du sucre (rires). C’était cool !

Tu as interprété quoi ?

Lov de toi. J’avais envie de faire mon single et de donner un peu de smile, avec une chanson simple. Après le Planète Rap, j’ai eu des streams, des messages, beaucoup d’amour. Toujours très touchant. Je pense avoir la chance d’avoir une communauté bienveillante. Ils m’encouragent énormément.

Tu faisais des lives sur Instagram ?

Pendant le confinement oui, on s’amusait. Les gens passaient faire des freestyles. On avait deux petits pots. C’était un gage ou une vérité. C’était cool, ça faisait passer le confinement. On en avait fait un avec Fred de Skyrock d’ailleurs. Il en organisait lui-même et il faisait monter des artistes, alors j’étais passée.

Tu dévoiles ton premier EP qui se compose de cinq chansons. Dedans, on retrouve notamment Lov de toi. Cette chanson, qu’est-ce qu’elle t’évoque ?

Elle parle de l’amour avec H, mon fiancé. L’amour simple. On se connaît depuis tout petits. Là, ça fait cinq ans et demi que l’on est tous les deux. Au début, on sortait ensemble mais c’était un peu l’amour interdit. Moi j’étais en couple avec un autre garçon depuis 4 ans et demi. En fait, on ne s’est pas vraiment dragués. On était à côté l’un de l’autre, on s’est retournés et on s’est dit « Mais en fait, on s’aime ! » (rires) C’est un peu comme ça que ça s’est passé. Lov de toi c’est le début, le milieu et certainement la fin de notre histoire.

Dans Lov de toi tu chantes « je me souviens en Espagne, l’amour interdit ». C’est quoi, l’amour interdit ?

On était à Tarifa pour passer nos diplômes de prof de kitesurf avec H. On y était en tant que potes, sans galère. Mais on s’est rendu compte que les potes ne s’aimaient pas comme ça. Et aujourd’hui, on est fiancés. C’est d’ailleurs le garçon du clip. Lui il a fait du tennis à haut niveau, il était sponsorisé par Nike plus jeune. Il a une manière de voir les choses très carrée, sportive. Il faut se donner à fond. Avant de passer sur Skyrock, il me disait « L’œil du tigre, tu vas déchirer ! ». C’est mon motivateur, il me coache.

© Jade Lebloas
© Jade Lebloas

Tu as fait des études d’art ?

J’ai toujours été vraiment super créative, ça n’était pas simplement mon option pour le bac. Tout le paradoxe c’est que j’ai eu une éducation où l’argent est alimentaire. Officieusement, je faisais un lycée d’art mais mon père pensait que je faisais des études de commerce. J’ai fait le dossier dans son dos. En terminale, je lui ai dit que j‘avais eu mention très bien à mon bac de design et que je partais en école d’art à Paris. C’était assumé, ça faisait trois ans que je faisais ça, donc ça n’était plus un caprice d’adolescente.

Dans ta musique, il y a des sonorités de rap mais aussi un peu jazzy et pop. Qu’est-ce qui t’influence ? Tu écoutais quoi petite ? Et aujourd’hui ?

Ma mère me réveillait tous les matins avec la musique à fond. À Saint-Raphaël, on avait un disquaire incroyable. On y rentrait et il y avait des piles de disques jusqu’au plafond. On lui expliquait le genre de musique que l’on aimerait écouter et il cherchait dans son énième pile. Et puis il nous disait : « Ok. J’ai ce qu’il vous faut et c’est ça ». Petite, on y allait avec ma mère et en rentrant chez nous, on était impatientes de découvrir la musique !

C’est ce disquaire qui nous a permis d’écouter Deep Forest, Georges Brassens. J’adore Georges Brassens. Sa manière de rebondir sur les mots et de parler la langue française m’a toujours impressionnée. Cette espèce de vieil homme avec sa pipe, c’est l’icône française ! Je trouve qu’il est sous-coté alors qu’on en apprend tellement dans ses textes.

Es-tu également danseuse ?

J’ai commencé à 4 ans. Je faisais beaucoup de sport, depuis toute petite. Je faisais trois cours de danse par semaine et deux séances de volley ou autre sport. Je ne me considère pas comme danseuse, c’est tellement instinctif comme sport. Si tu me mettais dans un cours de hip-hop je serais à la ramasse. Mais j’adore l’improvisation, donc je m’éclate.

© Jade Lebloas
© Jade Lebloas

Nous, chez Paulette, on a un petit faible pour le clip de ton morceau Désert. L’atmosphère et la vibe, comme certaines sonorités, sont douces, sobres. Dedans, on te voit toi, danser face à un paysage montagneux. Il est tourné où, ce clip ?

C’était un gros challenge. Je me suis mise une pression énorme et les conditions de tournage étaient atroces ! Mon père a une espèce de ruine rénovée dans les hauteurs de Nice. On a passé presque tous nos confinements là-bas. Le clip se passe donc à 2000 mètres d’altitude après deux heures de rando de nuit pour être là aux premiers rayons du soleil.

On avait tout le matériel sur le dos, des sacs de presque 15 kilos et des lampes torches. Il faisait super froid, il neigeait deux jours après. Dans le making-of, on était tous habillés comme des inuits, on avait même du mal à parler. J’avais du mal à chanter, il y avait un ressenti -15 °C avec 50 km de vent. Ça se voit à mon nez rouge (rires).

J’ai réussi à me mettre en condition, je devais enfiler des vêtements en soie et danser en chantant. C’est une sensation que je n’ai jamais connue. Je me suis mise à danser et c’est comme si j’avais une crampe dans tout le corps. Mes muscles étaient gelés, je criais.

La danse dans le clip Désert, c’est une impro ?

J’ai travaillé avec une chorégraphe de Saint-Raphaël qui est une amie d’enfance. Elle est garagiste et chorégraphe, c’est drôle. Par sécurité, j’avais travaillé une chorée avec elle pour la musique. Je l’ai apprise par cœur et j’ai ajouté un peu d’impro. Ce clip était vraiment important pour moi parce que Désert c’est l’une des chansons qui m’aide, dans ma vie.

Tu parles de quoi, dans cette chanson ?

Je parle de la recherche de soi-même. De se battre pour ce que l’on veut atteindre, devenir. C’est parti d’un livre que j’avais lu à 12 ans : l’Alchimiste, de Paulo Coelho. Ce dont je parle dans cette chanson, ce n’est pas encore quelque chose que j’ai. Mais j’aimerais y arriver. Réussir un jour, à me rendre compte que mon trésor c’est moi-même.

Le clip ? C’est toute une expérience. En vérité ça n’était pas un clip, c’était une découverte, une expérience de vie. Ça peut sembler extrême mais c’est vrai puisque grâce à Désert, notre équipe s’est fondée. On est tou·te·s ensemble, on a un bon esprit d’équipe qui fonctionne parce que l’on est très soudé·e·s. Le travail c’est le travail, il n’y a pas d’ego. Dans nos galères, c’est toujours facile. C’est simple. On rigole beaucoup, tout en restant ultra-pros.

Comment as-tu géré ce changement de vie, de Lou à Lov ?

En un an, je me suis mise à écrire et chanter, j’ai fait Planète Rap et maintenant, je sors un EP avec des clips. En tant qu’artiste, on doit être à l’aise en studio, avec ce que l’on dit, avoir une gestuelle, une certaine prestance. On doit savoir jouer avec la caméra, être à l’aise avec les gens. Ça fait beaucoup ! Après, ça n’est pas forcément un changement radical parce que j’ai toujours aimé m’exprimer, même à travers la mode avec mes vêtements. Jade, qui filme mes clips et que je considère comme ma sœur, m’a toujours dit que j’étais une star avant même de m’exprimer en tant qu’artiste publiquement. (rires)

Les mots que l’on emploie ont leur importance et ça peut mettre une certaine pression !

Tes textes sont très personnels, finalement, ils te racontent ?

Mes textes viennent de moi, j’y mets de ma personne. Et je crois que ça vaut pour tous les artistes. Que l’on aime ou pas ma musique, ce n’est pas ce qui m’importe. Je n’ai pas peur d’être critiquée. Je donne tout mon amour et mon être dans ces textes. Avec mon équipe, on y met toute notre énergie. Je travaille sous pression, comme un combat de boxe. Il faut rentrer dans le tas. Jade est en place derrière sa caméra, Lise a conçu la tenue, alors moi je dois assurer derrière. Quand je chante il n’y a plus rien qui existe autour.

Quel texte te touche plus que les autres ?

Hello to my world, j’ai eu du mal, c’était très difficile. J’en ai beaucoup pleuré en studio. Ça parle de mon père, de la relation que j’ai avec mes parents. Je cache un peu partout des références à ma vie dans mes textes. C’est pour me rappeler des souvenirs je pense, entre les métaphores et les clins d’œil. Par exemple quand je chante : « J’aime les plantes et les effets qui s’évaporent lentement », dans Canopée, je ne parle pas du tout de weed ! Tout le monde pense ça, mais je ne fume pas ! (rires) Ça parle de plantes, de l’homéopathie qui me rapproche de ma mère.

Dans certaines chansons je dis « il·elle » parce que ce n’est pas mon histoire. Mais c’est d’autant plus dur puisqu’en chantant je vis l’histoire. Pour l’instant, j’écris des choses personnelles mais à l’avenir, je pense inventer pour essayer de toucher plus de personnes, de les comprendre. Je me mets dans leur personnage et je me Matrix l’esprit.

Tu t’appelles Lou, pourquoi avoir choisi le nom « Lov » ?

Mes parents m’ont appelée Lou, pour Ljubljana qui était à l’époque la capitale de la Yougoslavie. Ma mère est yougoslave. Et quand mon père était jeune, il lisait une BD dont l’héroïne s’appelait Ljubljana. C’était une femme puissante, une guerrière très féminine. En fait, depuis que je suis jeune, je dessine des ronds. Je ne saurais pas trop encore pourquoi ni comment l’expliquer mais c’était limite devenu obsessionnel à une période. Pour moi c’est incassable, solide, parfait. C’est d’ailleurs pour ça que Léonard De Vinci l’a choisi, entre nous…

Ça représente le cycle de la vie, mais aussi les marées, les yeux, le regard, tout rentre dans un rond ! Finalement, ma vie tourne autour du rond, donc c’était important pour moi de le garder au centre. J’avais demandé des idées de blases qui pourraient me correspondre sur Instagram et quelqu’un me l’a cité. J’ai enlevé le « e » de love pour garder « Lov ». C’est hyper proche de mon prénom et je l’adore ! Pas parce que je m’appelle Lou, je n’ai aucun mérite, c’est un choix de mes parents. Mais je trouve qu’il a plein de significations.

© Jade Lebloas
© Jade Lebloas

Si tu devais t’adresser directement aux lecteur·ice·s de Paulette, tu leur dirais quoi ?

Laissez place à l’amour parce qu’il n’y a plus de place pour la haine. La musique, c’est ma manière à moi de faire passer un message de love. C’est fini les gars, arrêtez de nous parler de votre haine, c’est dépassé. C’est plus à la mode, c’est boomer. Je ne vois pas la vie comme une battle. Tout à l’heure, j’ai parlé de boxe mais pas du combat, plutôt de la hargne que l’on peut avoir.

C’est fini la violence. C’est peut-être utopiste mais c’est important. Ghandi il était comme ça. Il était simplement là, il ne s’est pas battu. J’en ai marre des préjugés, des amalgames. Laissez les gens tranquilles, laissez-vous du mou. Tendez la main à ceux qui en ont besoin mais prenez également la main de ceux qui vous la tendent. C’est un partage, c’est très important pour moi de renvoyer ce genre de messages et je pense que la génération de jeunes d’aujourd’hui partage cet état d’esprit.

Merci Lov pour cette belle interview, la team Paulette est de tout coeur avec toi !

Retrouvez Lov sur YouTube et Instagram.

Article de Margot Hinry

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