L’OUVERTURE DU BAL

© Chauncey Hare Photograph Archive. Extrait de la série Interior America, 1978 ; Courtesy of The Bancroft Library, University of California Berkeley.

"C’est pénible, hein, ce que c’est anonyme… On dit cent quinze maquisards, et ça n’évoque rien, alors que pourtant, chacun, c’étaient des hommes, et on ne sait pas qui c’est : s’ils aiment une femme, s’ils ont des enfants, s’ils aiment mieux aller au cinéma ou au théâtre. On ne sait rien. On dit juste cent quinze tués. C’est comme la photographie, ça m’a toujours fascinée…"

Ainsi parlait Anna Karina dans Pierrot le fou de Jean-Luc Godard, à l’annonce à la radio de la mort de 115 maquisards tués au Vietnam.

Le 18 septembre dernier a ouvert, dans une ancienne salle de bal à deux pas de la place de Clichy, LE BAL, un espace indépendant dédié à l’image-document : photographie, cinéma, vidéo et nouveaux médias. La première exposition s’intitule "Anonymes, l’Amérique sans nom : photographie et cinéma" et s’accompagne d’un programme de conférences et de performances mais aussi d’une programmation cinématographique au Cinéma des cinéastes.
 
L’irruption de l’autre, de l’étrange dans son quotidien c’est ouvrir les yeux (de gré ou de force) sur des territoires jusque-là ignorés, mis de côté, loin et lointains. L’anonyme c’est l’autre, c’est vous, c’est nous, c’est vous pour moi, moi pour vous, et eux, cet immense eux dans lequel chacun entre pour les autres.

Je ne suis pas bonne en maths, mais il me semble que les équations sont infinies, nous sommes tous l’anonyme pour quelqu’un et aujourd’hui, les technologies numériques de captation et de diffusion ne font qu’amplifier cette situation car le local est partout, chacun s’expose, montre qu’il existe par des intermédiaires qu’on nomme médias et qui nous font parler un peu plus fort, un peu plus loin que notre périmètre quotidien.

Mais le fait même de permettre à un grand nombre de s’exprimer sur des espaces publics renforce l’anonymat : à tous parler on ne s’entend plus et on redevient un amas dont il est difficile de se détacher. Les technologies actuelles ne font finalement que ressortir ce sentiment d’anonymat. Alors comment rendre visible l’anonymat ? Parce que toute captation, tout enregistrement casse le flux, la masse, le nombre qui le caractérise, comment rendre compte, comment exposer, dévoiler, partager cet anonymat ? Comment mais aussi pourquoi ? Pourquoi donner à voir un quotidien ? Pourquoi transmettre un moment, une situation localisée, précaire et autonome ?

C’est un peu toutes ces questions qui nourrissent la première programmation "hors les murs" du BAL, orchestrée par Nicole Brenez et Pascale Cassagnau. Jusqu’au 18 décembre, tous les samedis à 11h au Cinéma des cinéastes se tient un cycle intitulé "Anonymes USA" qui revient en images sur "l’ordinaire, le quelconque, la masse, la foule, le peuple/ figures contemporaines du paria." 
Penser et donner à voir l’anonymat c’est proposer de mettre en partage des histoires, des histoires multiples qui se rencontrent dans ce que l’on nomme "champ" mais qui se construisent surtout en fonction de ce que l’on pourra en faire "hors-champ", dans notre propre imaginaire. Ces films nous donne ainsi le temps de chercher l’homme derrière le quotidien et réinvestir les conditions de représentation de notre territoire quotidien, notre univers étrangement familier.  

  EXPOSITION

"ANONYMES"
L’Amérique sans nom : photographie et cinéma

Du 18 septembre au 19 décembre 2010

BAL : www.le-bal.fr

 

Partager sur :

Vous pourriez aimer...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *