LOIZEAU RARE

Photo, Diane Sagnier

Mothers & Tygers, dans les bacs depuis le 10 septembre: voilà un album d’automne incontournable. Et c’est à Emily Loizeau qu’on le doit. De son nom jusqu’à ses chansons, tout est promesse de poésie sensible et profonde dans cette jeune femme. Quand Paulette l’a rencontrée, elle s’est livrée sur sa musique, sa maternité, ses influences artistiques, sa vie proche de la nature… Bref, tout ce qui lui a permis de créer cet univers singulier qu’elle confirme totalement avec ce troisième disque.

 
"JE FAIS DU ROCK APACHE"
 
Paulette : Emily, on parle beaucoup de toi en ce moment, pour ce nouvel album. À quelqu’un qui ne te connaitrait pas du tout comment lui parlerais-tu de ton travail?
Emily : Je dirais que je suis une jeune chanteuse -oui, je crois que je peux encore dire jeune, non?- Je suis pianiste à l’origine, très inspirée par la musique anglo-américaine, folk, rock, indie, blues, mais aussi par le classique. Toutes ces choses se mélangent en moi, je chante en anglais, en français. Dans ce disque, il y a une énergie et un souffle peut-être plus rock que sur les albums précédents, une grande utilisation du rythme, c’est un disque écrit batterie-voix. Tout ça est enrichi par le piano, les chœurs et par un groupe, parce qu’on est un vrai groupe. Je suis la chanteuse, mais il y a un vrai son de groupe, assez acoustique. Nous, on qualifie ça de rock apache. Il y a quelque chose d’assez tribal là-dedans…
 
Des mères et des tigres, tout un programme! Les thèmes de cet album sont très personnels, puisque tu es toi même devenue maman justement.
Oui, ça parle de transmission, de filiation, suite au bouleversement qu’est la maternité. Mais ce n’est pas un disque qui parle de ma fille, de mon accouchement -et heureusement pour tout le monde!- ni même de ma mère. Ça parle de ce que c’est que d’être encore l’enfant de ses parents et de devenir parent à son tour, de ce que ça provoque comme sensations et réflexions. L’enfant est d’une grande violence dans son amour, il y a une sorte d’hystérie là-dedans. Je trouve ça fascinant. Le cœur du disque, c’est cette folie et cette beauté. Le tigre, c’est l’enfant, c’est celui qu’on ne peut pas mettre en cage. Il y a quelque chose de violent et de magnifique parce que l’énergie et la liberté d’un enfant, c’est ce qu’on rêverait de ne jamais perdre.
 
Ça parle aussi de mon rapport à la mort qui est une de mes obsessions, de la vieillesse… Toutes ces choses qui font partie de notre existence et qui sont un peu bouleversées quand on donne la vie. Ce sont des sujets graves et lourds mais portés par ce rapport joyeux à l’enfance, et par une musique qui rend ces choses légères.

 
 Oui, parce qu’en même temps, on a vraiment cette sensation que chaque chanson est comme un mini-conte, entre douceur et cruauté.
Complètement! Le conte m’a toujours fascinée et j’adore les textes à tiroirs. J’aime quand un texte est ouvert. Tu lis une première fois, tu comprends quelque chose, la deuxième fois tu comprends autre chose…. et ce qui compte c’est que toi, tu fasses vivre ce texte là. Ce qui me touche, c’est quand quelqu’un vient me voir en me disant "merci parce que dans telle chanson, tu parlais exactement de ce que je vivais" alors que je ne parlais pas du tout de ça! Mais c’est génial, car cette chanson voyage, chacun y met ce qu’il veut.
 
Tu vis dans les Cévennes, proche de la nature, qui tient également une grande place dans ton album.
C’est un disque très introspectif, c’est comme une histoire intérieure qui se raconte. Cette introspection, en effet, je l’ai menée dans ma maison, dans les Cévennes, au milieu des montagnes, entourée de forêts et d’un milieu sauvage et brut, donc il y a un rapport fort à la nature. Je suis à la fois une vraie citadine, parisienne, ce rapport à la terre, aux éléments, est très important pour moi, c’est un souffle, c’est ce qui me permet d’écrire, d’être moi-même. J’ai besoin du tumulte de la ville, de son excitation, mais au moment où j’ai besoin de savoir ce qu’il est vital pour moi de dire, et comment le dire, c’est là-bas, je ne peux pas être ailleurs. J’aime vivre là bas, j’y ai bâti mon studio, ce qui est difficile en ville. Là je suis dans une ancienne ferme, c’est là que je construis ce lieu, avec mon chéri qui est ingénieur du son, où on a pu faire ce disque, en invitant mes musiciens, de manière assez familiale. C’était un moment très riche humainement et musicalement.
 
Quand tu viens à Paris, qu’est-ce que tu aimes?
Ce qui me manque quand je suis perdue dans mes montagnes, c’est l’accès aux expos, au théâtre, aux concerts, c’est des choses toutes simples comme sortir dans la rue pour aller au Louvre, me rendre à une expo photo, ou voir mes amis aussi qui vivent là. Ces choses me manquent, car elles me nourrissent. Mais là-bas je me nourris autrement. Par les lectures… je cherche aussi des sons sur le net. C’est un autre rapport à la culture. Et c’est une autre nourriture: le silence, le contact avec ses pensées, savoir où on en est. Dans le tumulte, on est parfois parasité. Enfin, je ne veux pas faire de généralité, il y a au contraire des gens qui ont besoin de cette excitation. Pour ma part, j’ai besoin de calme.
 
De quelle manière naît une chanson?
Souvent d’une mélodie d’abord, que j’enregistre, sur laquelle deux, trois mots viennent. Mais pour la chanson Infant Sorrow par exemple, (inspirée et adaptée du recueil Songs of experience de William Blake) c’est le texte qui m’a soufflé une musique. Tout de suite j’enregistrais une batterie, pour m’imposer un rythme, sur lequel j’allais chanter et jouer. Ça a été ma méthode d’écriture, en tout cas pour ce disque là.

 
Ton album est également visuel, les illustrations sont très présentes et on sent qu’elles font sens avec le reste. Qu’est ce qui t’influence, en art?
Ma mère était peintre, mon grand-père était un grand amateur d’art donc j’ai un rapport fort à l’art visuel, j’ai baigné dedans. Ma mère m’a appris à faire des liens entre le son et l’image, de bâtir des ponts entre ce qu’elle faisait elle, et ce que je faisais moi, le piano. Je l’en remercie vraiment car ça me nourrit énormément. J’ai un côté un peu old school dans le sens où j’aime beaucoup la peinture de la Renaissance italienne, les choses plus classiques, Modigliani… Giacometti est un artiste dont je m’inspire visuellement. Je suis aussi fascinée par la scénographie, les décors de théâtre, la façon dont on peut bâtir un espace. Je viens du théâtre d’ailleurs.
 
Ah bon, tu viens du théâtre?
Je n’ai pas travaillé comme comédienne, mais j’ai fait une école de comédiens à Londres oui ! J’ai été aussi assistante à la mise en scène pour Georges Aperghis, qui fait du théâtre musical. Je n’ai jamais fermé la porte au théâtre. J’ai des envies dans cet univers… peut-être que je ferai de la musique pour le théâtre, ou que je mettrai les pieds sur scène. Mais je n’irai pas chercher ça en tout cas, il faudrait que les choses se fassent naturellement.
 
"JOUER L’EX DE PEF AU CINÉMA ? ÇA NE SE REFUSE PAS !"
 
Mais il paraît que l’on va te voir au cinéma, tu peux nous en parler?
On ne peut pas dire que je fasse du cinéma… C’est juste une apparition, dans le prochain film de Pierre-François Martin Laval, pour qui j’avais fait le B.O de son dernier film, King Guillaume. On est devenus amis, je crois que je le fais rire sur scène! Il m’a proposé de jouer son ex, et ça ne se refuse pas de jouer l’ex de Pef !
 
Dans ton album L’autre bout du monde , tu chantais "Je suis jalouse", comme un cri, je pense que beaucoup de Paulette se sont identifiées ! Peux-tu nous dire si tu l’es toujours?
Haha ! Disons que ça a été u peu comme une thérapie cette chanson. Ça me plaisait de chanter ça, car ce sont des sentiments dont on parle peu, on fait comme s’ils n’existaient pas. Alors qu’il ne faut pas se mentir, les filles, la jalousie fait partie des êtres humains !
 
EMILY LOIZEAU :: MOTHERS AND TYGERS
Sortie le 10 septembre 2012
Polydor
 
 
Concerts :
6/10 : Théâtre Christian Ligier, Nimes
22/10 : Café de la danse, Paris
26/10 : Théâtre du cheval blanc, Strasbourg
 

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