LIV, DU GANG DES INTROVERTIS : « JE N’AI JAMAIS SU ME CONFORMER AUX NORMES IMPOSÉES »

Plus qu’un compte Instagram, le Gang des Introvertis est une vraie communauté. Avec Liv, on redéfinit les termes extraverti et introverti.

© Gang des Introvertis

Liv est créatrice de contenu, initialement rédactrice web. Après des études de communication pendant lesquelles elle déménage dans la capitale, elle cherche à rejoindre sa première passion : la musique. Mais comme elle le dit elle-même, rien ne s’est passé comme prévu. Elle se retrouve dans un monde où elle n’est « pas à l’aise ». Elle finit par quitter Paris et après une nuit d’insomnie, elle pense au Gang des Introvertis. Quelques jours plus tard et sur un coup de tête, en décembre 2019, le compte Instagram était créé. Et il y a quelques jours, il vient de dépasser les 50 000 abonné·es ! Rencontre.

 

Tu as créé le Gang des Introverti·es en décembre 2019. Commençons simple : qu’est-ce que c’est, exactement ?

Initialement, c’était un compte Instagram dans lequel je postais des memes autour de mon quotidien de personne introvertie. En même temps, j’ai aussi ouvert un blog avec des témoignages personnels. Ce projet n’avait pas de finalité, je voulais juste m’exprimer sur un sujet peu abordé en France afin d’y trouver un écho et me sentir moins seule. Puis, ça a évolué. Prendre la parole autour de l’introversion a été pour moi une façon de l’apprivoiser, de l’accepter, une manière de transformer ce qui m’a tant fait honte par le passé en une porte menant à une paix intérieure… Désormais, le Gang est un espace où je partage des conseils, des témoignages, des histoires, des réflexions. Je m’inspire de mon propre vécu, mais aussi des très nombreuses discussions que j’ai avec la communauté.

Quelle est la différence entre quelqu’un·e d’extraverti·e et d’introverti·e ?

Pour moi, la différence qu’il faut absolument retenir est reliée aux besoins énergétiques. Si on remonte aux origines des termes, pensés par Carl Gustav Jung, être extraverti·e, c’est trouver son énergie à l’extérieur de soi, dans les relations humaines, dans l’échange, dans la rencontre. C’est se faire tout de suite acteur·ice du monde qui nous entoure. Et être introverti·e c’est, à l’inverse, trouver son énergie à l’intérieur de soi, dans des activités solitaires, les lieux plus reculés, le calme, la contemplation, parfois dans l’introspection. C’est être plus sensible et attentif·ve à ce qui se passe à l’intérieur de soi ! Bien sûr, ces termes ne peuvent pas servir d’étiquette, ils incarnent les extrémités d’un spectre. Personne n’est totalement introverti·e ou extraverti·e. Capter son énergie à l’intérieur, par exemple, ne signifie pas que les relations humaines ne nous nourrissent pas ! C’est simplement que nous allons, plus tard, avoir besoin de faire une pause dans son coin. Tout est une question d’équilibre.

 

Tu dis toi-même avoir soudainement « réalisé » que tu étais introvertie. Peux-tu nous raconter ton déclic, comment ça s’est passé ? Avant, tu te croyais extravertie ?

J’ai toujours su que je n’étais pas extravertie, c’était assez évident… Même si j’ai tenté de donner le change en suivant le mouvement de certains groupes extravertis. Je n’ai jamais su me conformer aux normes imposées et cette différence de besoin énergétique, je l’ai toujours sentie en moi, sans pouvoir y mettre un mot. J’ai réalisé ce que c’était grâce à des lectures et à tout plein de recherches Google. Et puis, il y a eu le livre de Susan Cain, La Force des discrets une référence dans le domaine –, qui m’a permis de comprendre ce que tout ça signifiait vraiment. Ses observations matchaient avec ce que je ressentais (le besoin de solitude pas toujours compris, le fossé ressenti parfois avec les autres…). Sur les réseaux, j’ai lu beaucoup d’autres témoignages qui m’ont permis de me dire : « Ok, tout va bien chez toi, tu n’as pas de problème. Tu peux exploiter tout ce que tu es et relâcher la pression vis-à-vis du reste du monde. » Mais ce qui est valable pour moi ne l’est pas pour d’autres : beaucoup d’abonné·es me disent que leur introversion est « bien cachée ». Mon compte leur permet de réaliser qu’iels se suradaptent beaucoup en société sans écouter assez leurs besoins, ça les surprend, les bouscule, bouleverse leur vie quelquefois.

Quels sont les gros préjugés dont souffrent les personnes introverties ?

Il existe beaucoup de préjugés et les définitions sont réductrices, y compris (surtout ?) dans le dictionnaire ! Que ce soit pour l’introversion ou l’extraversion. Il faut bien comprendre que ces deux traits sont neutres : aucun terme n’est meilleur qu’un autre. La société laisse entendre une supériorité nette du tempérament extraverti, associé au dynamisme, là où l’introversion est assimilée à la timidité, à un manque de confiance en soi, à une forme d’asociabilité. Alors que bien acceptée, l’introversion peut être un atout. Elle peut nous aider à nous affirmer à notre façon, cela ne nous empêche pas d’être assuré·e et de s’accomplir. Nous avons beaucoup à gagner si nous prenions le temps de nous écouter.

 

Comment et pourquoi se déconstruire et sensibiliser un monde dominé par des personnalités extraverties ?

Se déconstruire, c’est se rendre compte qu’il n’existe pas de vérité absolue et que chaque personne est unique en son genre, que la nature humaine ne se doit pas d’être uniformisée. C’est aussi une façon de reconsidérer l’image d’un idéal, parce qu’il n’existe pas que des standards physiques ou liés au succès. Il existe aussi un « standard de personnalité », et notre culture occidentale valorise les personnes qui font du bruit. Ce sont elles que l’on voit partout, dans la lumière ou tout en haut d’une hiérarchie, ce sont elles qui récoltent les lauriers, les ovations. Il me semble nécessaire de reconsidérer ces places et de laisser d’autres profils s’emparer de l’espace public pour des soucis d’inclusivité, mais aussi pour que nos représentations se diversifient et que l’on se sente à notre tour d’attaque pour prendre la place qui nous revient. Déconstruire passe par l’écoute, il faut écouter ce que ces autres ont à dire, sans les reprendre, les stigmatiser, en écoutant leurs témoignages et en légitimant leurs émotions. Il faut aussi transmettre le message partout, y compris au cœur de nos institutions, au travail mais aussi à l’école, un univers très souvent hostile devant les différences.

Pour finir, quels sont tes futurs projets ?

La création d’un podcast me trottine dans la tête, mais, pour le moment, je me concentre sur la sortie de mon premier livre, qui devrait paraître à la rentrée prochaine. C’est un guide illustré destiné à tout le monde, que vous soyez introverti·es ou désireux·ses d’en apprendre davantage sur le sujet.

 

Pour finir, que voudrais-tu dire à celleux qui te lisent ?

Pour embrasser son introversion, la clé est l’acceptation. Et cette acceptation passe par la redéfinition du terme introverti. Les autres n’ont plus le droit de vous définir et de parler à votre place. Vous êtes qui vous êtes et rien ni personne ne peut changer ça. Transmettons le message ensemble pour donner de la force à tous·tes !

Pour en savoir plus, direction le site Internet.

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