LISA GACHET : “LE BLOG A CHANGÉ MA VIE”

A la tête du blog de DIY Make My Lemonade, Lisa Gachet vient de lancer sa propre marque de vêtements, Wear Lemonade. Rencontre avec cette Self (le)m(on)ade woman qui revient sur son parcours, ses succès et ses embuches et évoque avec nous ses rêves et projets.

 
Paulette : Peux tu te présenter en quelques mots aux lectrices qui ne te connaîtraient pas encore ?
Lisa Gachet : Oui, je vais commencer par mon parcours. J’ai obtenu un bac STI, à Bordeaux, et après je suis partie à Paris pour faire une licence de mode à Duperré. Pour mes parents, l’idée était : “Soit tu rentres dans une école publique et on te paie un appart, soit tu restes à Bordeaux et tu rentres dans une école privée.” En ce qui me concernait, il était hors de question que je reste à Bordeaux. J’avais envie de quelque chose de plus grand, je dis souvent que Paris est mon Erasmus à moi mais c’est vraiment ça, je voulais voir autre chose…
Après ma licence à Duperré, j’ai découvert le principe du week-end, ça m’a fait tout bizarre (rires). Puis, j’ai enchaîné différents petits jobs : j’étais d’abord vendeuse, puis serveuse dans des bars, tout en me demandant si ce que j’avais appris allait me servir à quelque chose.
Et un jour, mon colloc m’a dit : “J’ai rencontré un mec, il travaille chez Yves Saint Laurent, il cherche une assistante pour le studio homme afin de féminiser un peu l’équipe.” J’ai eu le poste, c’était dingue ! Je me suis retrouvée un peu lâchée dans la nature, entourée d’hommes, mais c’était génial. J’ai enchaîné les CDD pendant un an et au bout d’un moment ils m’ont proposé de devenir styliste bijou. Mais comme il y avait deux mois de battements entre la création du poste et la fin de mon contrat, j’ai voulu faire autre chose entre temps.
 
Pendant mes études, j’avais monté une marque spécialisée dans le monde de l’enfant, avec une amie qui s’appelle Camille Grosperrin. Elle s’appelait Bandit Bambi et ça marchait super bien. On était sur plein de e-shop coréens et japonais (la marque était fabriquée au Vietnam, ndlr). On ne gagnait pas d’argent mais on n’en perdait pas. C’était un a-côté. Du coup, ça m’a inspirée. Je me suis dit que je n’avais qu’à chercher dans l’univers de l’enfant puisque c’était ma spécialité. J’ai atterri chez Bonpoint, j’étais assistante de la DA pendant 9 mois. On ne s’entendait pas très bien mais elle m’a appris plein de choses sur moi-même !
 
J’ai quitté le job en même temps qu’une autre fille qui voulait monter une marque de bijou. Elle cherchait quelqu’un pour dessiner les fiches techniques, l’aider sur la direction artistique. Banco !
Et puis en parallèle, j’ai commencé à faire des piges sur le DIY pour le magazine Muteen. Mes potes me disaient qu’il fallait que je continue de partager. J’ai donc lancé mon blog en février 2012 : Make my Lemonade


 
A l’époque, j’ai remarqué que ce qui fonctionnait le mieux sur les blogs c’était quand les filles se montraient, qu’elles étaient régulières et qu’il y avait du contenu. J’ai exploité ces 3 clés. Je ne pensais pas que j’en ferai un métier mais quand je fais quelque chose,  j’ai envie de le faire à fond. J’avais juste envie, en le lançant, que ça m’apporte quelque chose. Je ne voulais pas le faire à moitié comme certaines blogueuses qui se cachent sur leurs photos. Je trouve ça dommage.
 
Que penses- tu de la blogosphère aujourd’hui, en 2015 ?
A vrai dire, je ne me retrouve pas trop dans les blogs français, je ne les lis pas vraiment. Je suis un peu une mauvaise élève. Je ne vais pas aux soirées non plus… En fait, c’est juste que je me demande : c’est quoi la suite pour toutes ces filles qui font des photos de look ? Et en même temps, je les trouve courageuses aussi car je sais que ce n’est pas toujours facile de faire ça. Mais j’espère qu’elles assurent leurs arrières, qu’elles prévoient la suite et qu’elles sauront réutiliser toute cette expérience digitale.
J’ai en revanche beaucoup d’admiration pour les filles des blogs Oh Happy Days, A Beautiful Mess ou  The House That Lars Built, ce sont mes trois blogs préférés au monde !
 
En ce qui te concerne, tu as choisi de montrer ton visage donc, et de faire des looks également, t’es-tu sentie à l’aise dès le début avec ton image ?
Non, et je ne le suis toujours pas (rires). Je n’aime pas trop être prise en photo ou filmée. ça m’amuse quand c’est bien fait, quand c’est pour un shooting mais beaucoup moins quand il s’agit de faire des selfies ou quand je suis prise au dépourvu. Je comprends toutefois que cela soit important de se montrer pour que les gens puissent s’identifier et même si j’ai les cheveux sales à ce moment-là ou que je suis en train de manger, il faut que je le fasse…
 
Tu as dit précédemment que tu ne savais pas ce que tu voulais et où tu voulais aller avec ton blog, mais aujourd’hui, le sais-tu ?
Oui, je peux dire aujourd’hui que le blog a changé ma vie ! Même si je n’aime pas le mot blog et que je ne suis pas tout à fait à l’aise avec tout ce que ça représente. Je ne crache pas dans la soupe mais des fois je reçois des mails de nanas qui me disent : “Je veux monter mon blog, dis moi comment tu fais pour avoir des cadeaux ?”. C’est un gros problème aujourd’hui. Pour moi, une blogueuse, c’est une fille qui vendrait sa mère pour avoir du rouge à lèvres gratuit. Il y a un côté très péjoratif dans le mot “blog”. Et quand quelqu’un te dit “Ah, c’est toi la blogueuse mode ?” j’y vois une forme de dédain. Force est de constater que même si je tiens un blog, je préférerais qu’on utilise le mot “site internet”.
 
Davantage qu’une blogueuse aujourd’hui tu es une entrepreneuse, tu as ton propre business…
Oui, je suis contente, Make My Lemonade m’a permis d’accéder à mes rêves. Je rêvais de créer mes vêtements, de les vendre, que les gens les portent dans la rue, et que je les croise avec… Aujourd’hui, c’est chose faite, j’ai ma propre marque de vêtements.
 
Tu viens en effet de lancer Wear Lemonade, ta propre marque de vêtements. Une idée qui te trottait dans la tête depuis longtemps donc ?
Le DIY reste et restera toujours le coeur du blog. Ça doit rester comme ça. Mais effectivement, j’aime le fait que mes lecteurs puissent avoir le choix : soit tu prends le temps de faire toi-même ton vêtement, soit tu as la flemme, tu as deux mains gauches et tu le fais faire. Il y a quelque chose que je trouve légitime avec Wear Lemonade. Ce n’est pas sorti de nulle part, ça vient de ma formation, ça me démangeait depuis longtemps. Je touche du bois pour que ça continue comme ça.
 
Quelle a été l’inspiration pour créer tes vêtements ?
On va dire que ce sont les basiques, les incontournables de mon dressing, les premiers vêtements que j’avais montrés sur mon blog mais en version remasterisés, dans toutes les tailles et avec les bonnes coupes. Mais rien ne serait possible sans Laure, une nana géniale qui est modéliste et chef de projet pour WearLemonade. C’est elle qui met en forme mes dessins. Il faut accepter de déléguer si on veut être pris au sérieux.
 
Tu as lancé ça il y a un peu plus d’un mois, le succès est au rendez-vous ?
Les lectrices répondent présentes oui. Certaines achètent les patrons couture que je proposent sur le site, d’autres achètent les vêtements Wear Lemonade et d’autres encore achètent les deux ! On développe nos propres tissus et certaines vont dire : “Je pouvais le faire moi-même mais j’aimais tellement le tissu dans lequel vous l’avez fait que je l’ai acheté directement”.


 
Actuellement, c’est vendu uniquement sur le site Make My Lemonade, est ce que ça va changer ?
Si un jour on a notre WearLemonade shop (en physique, ndlr), ce serait génial ! Mais pas tout de suite. En fait,pour l’instant, on fait une collection pour chaque trimestre. On présente la collection au début du trimestre et après on sort les pièces mois par mois. Donc on a un peu près entre 3 et 4 modèles par mois qui sont déclinés en deux couleurs. Et l’idée serait peut-être qu’on fasse une vente physique à notre bureau chaque trimestre. Mais si des boutiques comme Colette ou Merci me proposent d’être revendeurs on verra, j’aime créer la rareté, raconter une histoire…
 
Tu viens d’évoquer tes bureaux, tu peux nous en parler un peu plus ?
Oui ça fait un an maintenant qu’on a des bureaux. J’étais toute seule au début avec Charlotte qui m’a rejoint y a un an et demi. On était en colloc’ avec 10 autres personnes dans un espace de 35 m2. Mais depuis début janvier, on a récupéré tout l’espace de collocation, c’est chouette mais on est quand même 5, car aujourd’hui, on est 5 en tout dans le projet. Alors on recherche de nouveaux bureaux, sans colocataires. Je rêve de grands bureaux avec un petit endroit où on pourrait shooter et qui soit tout le temps prêt.
Je pense que prendre un bureau plus grand nous aidera à penser différemment, à avoir d’autres perspectives. C’est comme si tu te projetais plus loin.  Ce n’est pas dangereux mais audacieux de voir de cette façon. Je suis sûre que ça va être bénéfique.
 
De qui est constituée ton équipe ?
On est 5 donc. Il y a Nardjisse, mon associé qui s’occupe du développement et de la commercialisation du blog et des workshops. Charlotte, qui est devenue responsable de Make My Lemonade, du blog, de l’écriture, des achats pour les prochains DIY. Laure, qui est chef de projet pour WearLemonade, Coralie, qui nous a fraîchement rejoints et  qui est en train de se spécialiser dans le e-commerce. Et moi ! Je butine de poste en poste. Je me charge de toute la direction artistique, de toutes les images qui sortent sur WearLemonade, sur Make My Lemonade et sur les réseaux sociaux.
 
Quels sont les projets à venir ?
On a une grosse collaboration avec une marque de chaussures qui arrive très vite (plus d’informations très bientôt). Et après on lance les prochaines collections de Wear Lemonade. Je rappelle que les collections sont éphémères. Une fois les 3 mois passés, on retire les vêtements du e-shop et on ne peut plus les acheter !
 
Et je crois aussi savoir qu’il y a un mariage dans l’air… Pas trop de stress avec l’organisation et la date qui approche ?
Non, je suis assez détendue sur le sujet. J’ai un mec en or qui est très détendu aussi (rires). On n’a pas envie d’un truc énorme. On est plutôt ambiance food truck, à la cool, les copains qui mixent et tout le monde pieds nus.
Je compte dédramatiser un peu la situation en en parlant sur le site justement. Début juillet je dévoilerai sur le site le patron de la robe de mariée que j’aurais à la mairie. Je trouve ça rigolo, je l’ai appelé la robe “Plan B”. Pour les filles qui ont acheté leur robe super cher mais qui veulent assurer le coup en cas de grosse tuile de type le mec qui te renverse un verre de vin dessus. Le patron sera vendu un peu plus cher que les autres car j’aimerais bien faire une impression glitter quelque part. Parce que même si la robe n’a pas coûté grand chose il faut que ça fasse son petit effet quand même.
 
As-tu des conseils à donner pour celles qui voudraient se lancer dans l’entrepreunariat ?
Un conseil que je peux donner c’est régler les choses quand elles arrivent et ne pas laisser traîner. Je prends les jours les uns après les autres.
Je dirais aussi qu’il y a des sujets que je ne maîtrise pas du tout, pour se faire j’ai dû m’entourer, déléguer à des gens dont c’est le métier. La vitesse d’exécution c’est la clé de la réussite pour moi. Tu dois toujours avoir de super relations avec les personnes avec lesquelles tu travailles et ça passe par la bonne réalisation de tes projets. Si tu ne sais pas, tu demandes à quelqu’un.  
Et enfin je dirais que tout travail mérite salaire, rien n’est jamais gratuit. Il ne faut pas l’oublier, même si tu travailles avec des collaborateurs qui te rendent un service. Ils seront davantage fidèles et toi, tu pourras te regarder dans le miroir.
Enfin, tout ce que je dis, c’est une question de bon sens, il me semble.


 
Dans notre numéro “Miaou” sorti en novembre 2014, la blogueuse Betty Autier nous dévoilait son salaire, un pavé dans la marre pour le monde de la blogosphère. Qu’en as tu pensé ?
J’ai trouvé ça très bien qu’elle en parle ouvertement après, contrairement à elle, je fais des vitrines, je fais du set design, j’ai des clients pour lesquels je travaille en sous-main en tant que Directrice Artistique et il y a des marques avec qui je travaille en marque blanche dont je dois taire les noms. C’est donc plus compliqué de dire combien je gagne. Je sais que je gagne de l’argent, que je ne fais pas n’importe quoi et que j’ai un super comptable. Je sais aussi qu’aujourd’hui on est 5 bouches à nourrir et que c’est important dans l’histoire.
 
> Un petit Quizz citronné pour conclure :
A quel réseau social es-tu le plus accro ? Instagram, sans hésiter
Quel est ton livre de chevet ? Le dernier que j’ai lu c’est “Contrariété d’un gaucher”, de Martine Thorre
Le plat qui te réconforte ? Un Pad Thaï !
La chanson que tu écoutes quand tu couds ? J’ai une playlist bien merdique au bureau. Mais sinon j’ai un morceau qui me rend très heureuse en ce moment, que j’écoute quand je me réveille, c’est For Once In My Life de Stevie Wonder. Je peux l’écouter 70 fois d’affilée, je ne m’en lasse pas !
Le film que tu mattes en boucle ? Pretty Woman ou Le Mariage de mon meilleur ami. J’adore Julia Roberts.
Un lieu où tu as tes habitudes ? Le Dirty Dick à Pigalle. J’adore cet endroit.
Tu seras où dans 10 ans ? Entourée de mes enfants. Je veux plein d’enfants. Avec un Lemonade shop à Paris. Ce serait un lieu où le week-end on ferait des workshops et des formations avec des personnes qui viendraient dispenser une sorte de certificat. Des calligraphes, des fleuristes.. Une espèce de centre de formation un peu décalé. C’est un rêve.
 
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