L’HOMME EST UNE FEMME COMME LES AUTRES

Le jour où une certaine Paulette m’a invité à écrire une chronique, j’ai été pour le moins étonné.

Que pouvais-je bien raconter d’intéressant, moi  homme solitaire parmi cette incroyable effervescence féminine ?

Pas spécialiste de la mode bien qu’attentif, j’ai subi l’espace d’une minute le syndrome de la page blanche. Et puis mon sujet est arrivé comme par magie. Et si justement je parlais de ce qui est en train de m’arriver : pourquoi je me retrouve ici ?

L’avènement du 2.0 ne nous a pas aidé à déterminer qui de l’oeuf ou de la poule est arrivé en premier. Question de haute importance dont la réponse nous aurait permis de légitimer toute forme de machisme de la part de l’oeuf sur la poule.

Arrivé deuxième sur l’échelle de l’humanité – s’étendant à l’origine de 0 à 2, quelle coïncidence – l’oeuf, autrement dit le Georges à l’état pur, l’a vraiment mauvaise. Depuis le début de l’Histoire, il se coltine la plus mauvaise place du classement. Aussi n’a t’il cessé de se venger sur la poule – que j’ai nommé Paulette – durant des siècles, à coup de domestication, instrumentalisation, inégalités sociales et éjaculations faciales.

Échec notoire d’une distinction des genres.
Et ce n’est pas mon voyage initiatique aux côtés de mes ancêtres pubards de Mad Men qui me prouvera le contraire.

Mais qu’est-ce qu’ils ont alors ces Georges pour s’en prendre comme ça aux Paulette ?
Parce qu’il faut en avoir gros sur la patate pour en venir à prononcer des mots tels que "sexe faible", "ménagère" ou encore "femme objet". Pendant des millénaires, l’homme, dressé en phallus fier à l’extérieur, mou de l’intérieur, multiplie les codes sociaux qu’il a lui-même "du mâle à cracker". Un zéro pointé donc ! Mais pourquoi est-il si méchant ? me demanderez-vous. Et bien, à y regarder de plus près – ou de vraiment plus loin – le monde de Georges est injuste.

Avec un petit flashback, on se rend compte que Dame Nature – encore une Paulette – a donné aux poules le pouvoir de porter l’oeuf, et donc logiquement de le pondre. Autant dire que Georges, malgré sa science, ses biceps et sa belle carrosserie, a du mal à égaler sa moitié. Si mes calculs sont bons, la poule et son oeuf contre Georges tout seul, ça fait bien 2-0.

Avec un petit flash forward pour revenir dans le présent, le 2.0 marque effectivement cette écrasante défaite, notamment avec l’essor des blogs et des réseaux sociaux.

Pour rappel, le blog est issu du bon vieux journal intime – carnet de notes si on veut le rendre un brin plus masculin – et les réseaux sociaux servent à partager des choses intimes elles aussi, avec des personnes qui ont les mêmes affinités. Dans les deux cas, le Top Hashtag est bien #intime. Et l’inconscient collectif nous susurre à l’oreille que l’expression de l’intime est de l’ordre du féminin.

Cette fois-ci, Georges, notre héros international, s’aventure en territoire hostile. Il passe d’une stratégie d’attaque à une stratégie d’affiliation. Après ses illusoires tentatives pour rétablir l’égalité des sexes, l’oeuf se prend maintenant pour la poule. Il a fallu attendre les prolongations de ce match perdu d’avance pour que le mâle prenne son mal en patience et daigne rompre ce lourd silence patriarcal hérité depuis des décennies.

Le Georges ne chasse plus le gibier mais tient un blog de gourmets intitulé "Mes Plats de couture". Il ne combat plus pour conquérir un territoire. Aujourd’hui, il fait du social shopping sur Ventes Privées. Il ne garde plus ses soucis quotidiens au fond de lui pour offrir une image rassurante et protectrice. Maintenant, il partage ses états d’âme à coups de "fail" sur la page Facebook de VDM. Enfin, il n’est plus vêtu d’une simple peau de bête fonctionnelle. Désormais, il twitte en live le dernier défilé Narciso Rodriguez.

À l’inverse, la Paulette obtient progressivement les droits qu’on lui a injustement "am-putés", s’offre une deuxième jeunesse autour de 40 ans, et décide si oeuf il y aura ou pas. À défaut de s’être équilibrés, les sexes ont échangé les camps, comme sur un terrain après la mi-temps. Que l’évolution soit virtuelle ou dans la vie réelle, le mélange des genres, plus riche grâce au 2.0, permet à chacun de se sentir encore plus unique. L’homme est enfin une femme comme les autres, et c’est une bonne nouvelle.

Qui sait, l’ère du 3.0 donnera peut-être naissance au Troisième Sexe.

Mr\_low1 – Blog : buddybuilding.fr – Musique : myspace.com/shuunt
 

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