LES PLANCHES : KYM THIRIOT S’INVENTE DANS BLUE

Photos, Alice Lemarin pour Paulette
 
Lisa a rencontré la jeune comédienne Kym Thiriot, qui joue en ce moment son spectacle aux Mathurins, intitulé Blue.

Blue commence comme un road movie. Une nana au carré frangé et au caractère bien trempé envoie valser sa province et son job de serveuse pour débarquer à Paris. Là, elle enchaîne les mecs et les petits boulots, tantôt avec dureté et détachement, tantôt avec fragilité et désespoir. Avec un pitch somme toute banal, la comédienne et auteure Kym Thiriot parvient à renouveler le genre en animant de son air mutin un texte tout en finesse et très littéraire, remarquablement mis en scène par Laura Mokaiesh. Rencontre.
 
Paulette : On ne te connait pas très bien encore. Peux-tu nous dire d’où tu viens ? Je sais que tu as été une championne d’équitation…
Kym : Je suis née à Paris en 1985. Mes parents ont très vite déménagé dans les Vosges, où j’ai commencé l’équitation. Je suis passée pro et j’ai intégré l’écurie Bost, à Barbizon, en saut d’obstacles. Donc voilà, maintenant j’ai tout arrêté même si j’ai toujours un cheval à la campagne… Il fallait choisir, je ne pouvais pas être comédienne et cavalière !

Comment s’est faite la transition justement ?
Petite, j’adorais chanter, j’écrivais des chansons et je jouais de la guitare. Puis j’ai commencé les cours Florent, en prenant en parallèle des cours avec Françoise Seigner de la Comédie-Française. Après ça, j’ai fait ma première scène avec un long monologue (L’Inattendu) que j’ai joué à Avignon, pendant un mois dans une petite salle. Puis j’ai fait un film, joué dans Jupe obligatoire au Palais des glaces avec Delphine Depardieu… Avant d’enchaîner au Gymnase avec Doc Gynéco dans la pièce Le Siècle sera féminin ou ne sera pas. Bon, ça a été spécial comme expérience car Doc n’est pas du tout acteur, c’était vraiment compliqué ! Certains soirs il ne rentrait pas sur scène, c’était assez folklo ! Après j’ai joué dans Audition à Edouard VII, avec Jean-Pierre Marielle. C’était super de jouer à côté d’une telle star !
 
« J’EN AVAIS UN PEU MARRE DES ROLES DE BIMBOS »

Jusqu’à présent, quel serait le fil rouge entre les différents personnages qu’on a tendance à te confier ?
Euh… la pute ! (Rires.) Des rôles de bimbos, un peu à la Marilyn, très sexy et surtout très naïves ! Dans Blue, il y a encore cet aspect un peu sulfureux parce que c’est quelque chose que j’aime bien, un peu comme dans le film 37°2 le matin, mais y a autre chose, plus de fond, plus de force. Je sais que les rôles sensuels me vont bien et j’aime explorer ça, j’aime parler de la femme et des difficultés à trouver l’équilibre entre le sexe et l’amour, parce que j’ai pas mal connu ça. Dans le milieu cavalier, on ne joue pas du tout d’image donc j’étais un peu plus « mec ». Mais en arrivant à Paris, je me suis rendue compte de la prédominance du rapport à l’autre sexe. Dans ce spectacle, j’ai voulu apporter du subtil mais aussi parler du rapport aux hommes, parce qu’on est plein à se poser des questions là-dessus. Et puis j’ai été très longtemps avec quelqu’un puis célibataire pendant deux ans donc je me suis bien rendue compte de trucs sur lesquels ça m’a fait marrer d’écrire…

Ce qui est rigolo dans le spectacle, c’est que tu imites en effet toute une galerie de mecs…
Oui, j’ai mélangé les expériences, les miennes et celles d’amies, pour parler de ces gars. Celui qui me sort « Moi j’ai pas fait campe-hippocampe » (pour Khâgne-Hypokhâgne), c’est 100% véridique ! Mais bon il était gentil et très beau. On ne peut pas tout avoir !
 
Blue est assez libérée avec les mecs, sauf quand il s’agit de coucher avec un pseudo producteur qui lui fait miroiter une carrière dans la chanson.
Elle a sa manière de choisir ce qu’elle veut. Quand elle couche avec le patron de boîte de nuit, ce n’est pas pour qu’il l’embauche mais parce qu’il lui plaît, qu’elle en a envie, ce qu’il lui dit la séduit. Mais quand elle va voir le producteur, elle sent tout de suite que coucher est une obligation, et elle n’aime pas les obligations, et puis en plus, il lui plaît pas !

Dirais-tu que ton spectacle est féministe ?
Oui, je pense. J’ai moi-même cette méfiance vis-à-vis des hommes, mais je les aime et Blue les aime aussi. Elle se bat pour qu’on la respecte même si elle a un immense besoin d’amour… Je pense bien sûr qu’un homme peut aider une femme dans plein de choses, on ne peut pas tout faire toutes seules ! En même temps, je n’accepterais pas de vivre comme dans les années 50 mais j’aimerais bien que les hommes soient un peu « comme avant », dans le fait de prendre des responsabilités, s’engager, aider sa copine… Maintenant c’est tout perso ! Avant, les hommes étaient plus responsables, plus protecteurs. Mais bon, il y a protection et domination. Domination, ça foire !

 

« J’AIME PAS LE ROSE »

Quelles ont été les réactions du public jusqu’à présent ?
Ça fait 1 mois et demi que je joue, les échos sont très bon je n’ai pas à me plaindre ! Le bouche-à-oreille a bien marché aussi, même sans promo. Je fais tout toute seule donc je suis vraiment très contente.
 
Pourquoi le prénom Blue ?
J’ai un ami dont la fille s’appelle Rose et qui me parle, je trouve, comme à elle (elle a 4 ans, c’est dire mon niveau d’âge mental) ! Il prononce souvent Kym comme il dit Rose, avec la même intonation. Quand j’écrivais le spectacle, je passais beaucoup de temps avec lui, mais comme je n’aime pas le rose, j’ai dit Blue !

Tu n’aimes pas le rose ?
Non pas trop ! J’aime mieux le rouge ! Rose je trouve que ça fait trop fille ! J’aime bien les jupes, les talons, tout ça mais je suis quand même assez mec dans le fond. À cause du cheval, du sport… j’aime bien l’extrême !
 
Et si tu devais dire quelque chose pour donner envie aux lectrices de venir te voir jouer ?
Oulala… Euuh c’est cool venez ! Je pense que les femmes peuvent se reconnaître dedans et aussi accepter ce qu’elles sont. C’est quand même un spectacle sur la tolérance, il y a pas mal d’autodérision, ce n’est pas un spectacle qui plombe même si les sujets abordés peuvent être violents. Je pense qu’on en sort avec l’envie de vivre, d’oser de faire des expériences, de se libérer ! Se dire qu’on peut coucher avec des mecs si on en a envie sans se sentir diminuée, même si ça n’était pas le rêve. Et pour les hommes, qu’ils viennent essayer de nous comprendre un peu ! Qu’ils soient gentils avec les filles et puis qu’ils se marrent !
 
BLUE
Texte et interprétation, Kym Thiriot
Mise en scène, Laura Mokaiesh
Dimanches et lundis au Théâtre des Mathurins
Jusqu’au 17 décembre 2012
Partager sur :

Vous pourriez aimer...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *