LES MILLE VISAGES DE CLAUDE CAHUN


Le Jeu de Paume exhibe en ce moment Claude Cahun (1894-1954), écrivain, photographe, performeuse avant l’heure… Bref, une femme artiste qui ne voulait rien faire comme les autres.

Claude Cahun, née Lucy Renée Mathilde Schwob, n’a cessé de questionner son identité sexuelle, brouillant les cartes sur ce qui aurait pu définir son genre. À l’âge de 23 ans, elle choisit comme nom d’artiste Claude, jouant sur le masculin/féminin un peu à la manière d’Amantine Aurore Lucile Dupin qui s’était rebaptisée George Sand.

Androgynie, bisexualité, homosexualité, transexualité, Claude Cahun ne décide pas, elle ne choisit pas et n’exige rien. Elle se met en scène dans des séries d’autoportraits troublants en noir et blanc, où son regard neutre et inquisiteur toise l’objectif et semble interroger le spectateur, avec un petit air de défiance qui dit : "Et vous, qu’en pensez-vous ?".

Il n’y a pas de revendication, pas de véhémence chez cette artiste, mais la volonté de se montrer toute entière, de jouer avec sa propre image, d’affirmer sa différence. De métamorphose en métamorphose, Claude Cahun s’amuse, se travestit, enfile un costume d’homme, se grime en clown blanc, devient plus radicale et se rase la tête. Subversive sans jamais chercher à provoquer, l’artiste tente des expériences avec elle-même. L’ambiguïté est permanente et si elle met en question la notion d’identité, il s’agit plutôt d’atteindre un genre "neutre" selon ses mots, ni féminin, ni masculin mais dans l’entre-deux.


L’exposition propose de présenter les différentes facettes de son travail, comme autant de terrains d’exploration de sa condition de femme artiste et homosexuelle.

Son œuvre est un parcours d’humilité et de liberté où le narcissisme ne se fait jamais vanité mais exploration de tous les "je" possibles. Ce chemin très personnel, proche de l’autobiographie, de la poésie et du surréalisme est d’une modernité frappante. Indécente et libre, elle s’expose, utilise son corps et son visage comme la matière première de son travail. Passionnée de théâtre, elle propose des images où le reflet du miroir est le moyen de se découvrir, de jouer à se plaire ou à se faire peur, à se surprendre soi-même.

Claude Cahun est aussi un écrivain. Elle vivait sur l’île de Jersey avec son amante et compagne de toujours, Suzanne Malherbe, artiste elle aussi sous le nom de Moore. Leur collaboration artistique est aussi montrée par une série de collages surréalistes à quatre mains, expression éclatante de leur amour et de leur liberté assumés. Elle est aussi le témoin et l’actrice engagée d’une époque artistique et politique mouvementée et trouble, entre la révolution d’André Breton et son manifeste surréaliste, et la montée du communisme et du nazisme.


Son travail trouve de vraies résonances dans les problématiques de la société moderne, qui s’interroge encore et toujours sur la place des femmes et la place des hommes, l’identité sexuelle, le genre. Par exemple, la mode d’aujourd’hui se joue constamment des codes de la féminité et de la masculinité, allant même jusqu’à plébisciter des mannequins transexuels sur les podiums. On pense aussi au travail de l’artiste contemporaine Cindy Sherman qui se met en scène pour créer des tableaux photographiques dont elle est l’héroïne, autoportraits interrogeant la place de la femme dans la société et à travers les époques.

Par son œuvre si personnelle, mêlant intimement sa vie à son art, faisant fi des références, avant-gardiste et singulière, Claude Cahun apparaît comme une pionnière de l’art contemporain et une inspiratrice de toutes les artistes féminines contemporaines actuelles.
 

  CLAUDE CAHUN

Jeu de Paume
Place de la Concorde – Paris 8e                      

Jusqu’au 25 septembre 2011
www.jeudepaume.org

 
Partager sur :

Vous pourriez aimer...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *