LES DERNIERS JOURS DU FESTIVAL, EN ATTENDANT LA CLAQUE

Après avoir finalement fait plusieurs heures de queue pour réussir à voir briller Kristen Stewart dans Personal Shopper, le réveil du mercredi 18 mai est difficile. La projo de 8h30 pique un peu mais c’est toujours un plaisir de pénétrer dans ce magnifique Grand Théâtre de Lumière, l’une des plus belles salles au monde…

LA FILLE INCONNUE, EMPATHIE ET GRANDS SILENCES

Un soir, après l’heure de fermeture de son cabinet, Jenny Davin (Adele Haenel), jeune médecin généraliste entend sonner mais ne va pas ouvrir. Le lendemain, elle apprend par la police qu’on a retrouvé, non loin de là, une jeune fille morte sans identité.

En quête de vérité, Jenny va jouer l’enquêtrice et de tenter de retrouver l’identité de la jeune femme. Une bataille qui la transforme en sainte, en guerrière, droite, honnête, et parfois un peu naïve.

Comme toujours chez les Dardenne, les gestes sont banals et concrets. A l’instar de Marion Cotillard dans Deux jours une nuit, l’héroïne n’a pas de make-up, elle s’attache les cheveux à l’arrache, elle porte tout le temps les même fringues et parle peu mais là, elle “domine ses sentiments”, qualité qu’elle essaie d’inculquer à son interne. Tout au long du film, Jenny est forte, elle avance, seule, et renonce de céder à la peur, aux intimidations. Un personnage féminin indépendant et empathique comme on les aime.

> LA FILLE INCONNUE, de Jean Pierre et Luc Dardenne
Avec Adele Haenel, Olivier Bonnaud, Jérémie Renier

Ce mercredi après midi était un peu particulier car j’avais une mission : réussir à voir le film de Xavier Dolan. Fans de Xavier, les filles de la rédac’ m’ont mises la pression : si je dois en voir un, c’est bien celui ci, histoire de leur faire un feedback en bon et du forme.

Mais la mission s’annonce compliquée. Les entrées se font par couleur de badge. Et la couleur du mien exige que je sois présente très amont pour espérer pouvoir rentrer. D’abord les blancs, puis les roses à pastille jaune, les roses, les bleus et les jaunes, donc moi !

Le film commence à 19H, je me suis donc pointée à 17h, prête à en découdre ! Manque de bol, je n’ai pas réussi à rentrer. Parée, j’ai attendu la projection suivante, celle de 21h30. Re belote, trop de bleu et rose devant moi, il ne me rester qu’à ronger mon frein avant qu’on nous annonce une ultime projection à 23h ! Banco, cette fois c’est la bonne, un film de Dolan, ça se mérite !

JUSTE LA FIN DU MONDE, LE MEILLEUR DOLAN ?

Après douze ans d’absence, Louis, un écrivain retourne dans son village natal pour annoncer à sa famille sa mort prochaine. Ce sont les retrouvailles avec le cercle familial où l’on se dit l’amour que l’on se porte à travers les éternelles querelles, et où l’on dit malgré nous les rancoeurs qui parlent au nom du doute et de la solitude.

Si dans une interview, Xavier Dolan estime que Juste la fin du monde est son meilleur film, chez Paulette, on n’est pas trop d’accord. Mais peut être parce que sans vraie coup de coeur depuis le début du festival, on attendait beaucoup de ce film. On espérait secrètement un Mommy bis, qui nous retourne le coeur et nous hérisse les poils, mais on a simplement un très bon film.

Adaptation de la pièce éponyme (1990) de Jean-Luc Lagarce, le film est un huis clos entre d’excellents acteurs (Ulliel, Seydoux, Cassel, Cotillard, Baye), qui, dans un langage très direct voire de chartier, se balancent tour à tour vacheries et déclarations d’amour. Au déjeuner dominical, les vérités fusent et nous déstabilisent. On a tous vécu au moins une fois cette scène de réunion familiale qui dérape et on ressent parfaitement la tension et l’électricité qui règnent entre les personnages. Le film remue, émeut et, à l’instar des membres de la famille, sous tension et remontés comme des coucous, on attend, vibrants, le moment où Louis annoncera son secret. Le coucou, l’horloge et l’animal, est d’ailleurs un élément clé du film, témoin du temps qui passe et qu’il reste à Louis…  

On aime : la bande son (de Moby à Ozone) et Marion Cotillard, exquise dans le rôle de la belle-soeur timide et perspicace.

> JUSTE LA FIN DU MONDE, de Xavier Dolan
Avec Marion Cotillard, Gaspard Ulliel, Lea Seydoux, Nathalie Baye, Vincent Cassel

THE NEON DEMON, LE REGNE DE LA BEAUTÉ  

A 16 ans, une jeune fille orpheline originaire de Georgie (Elle Fanning) débarque à Los Angeles. Son rêve : devenir mannequin. Pour cela, elle court les castings et très vite, son ascension fulgurante ne manque pas de susciter jalousies et convoitises. Certaines filles s’inclinent devant elle, d’autres sont prêtes à tout pour lui voler sa beauté…

Cinq ans après Drive avec Ryan Gosling, Nicolas Winding Refn revient en Californie pour de nouveau tourner un film vertigineux et sophistiqué autour du thème de la beauté. De celle qui déstabilise, fascine.

Jesse fait partie de celles qui ont la chance d’être “naturellement belles”, comme le souligne un créateur de mode qui, sans scrupule, déclare qu’“il n y a que la beauté extérieure qui compte, la beauté intérieure ne sert à rien”. Grinçant. Par le biais des séances photos, défilés et autres castings, le réalisateur nous amène dans cet univers superficiel où donc seule la beauté physique compte. La tête tourne, toutes les femmes qui entourent Jesse sont bioniques, entièrement refaites, grandes, blondes, maigres. Le trait est forcé, comme si Winding Refn voulait nous montrer que la société d’aujourd’hui produit des clones, calqués sur les stéréotypes de la beauté. Blancheur, blondeur et maigreur.

La “petite biche apeurée” qu’est Jesse au début du film, faible et naïve, se transforme au contact de ces femmes démoniaques, qui se liguent entre elles et contre elle. Jalouses, narcissiques, envieuses, ces femmes ont faim, dans tous les sens du terme. Carrierisme, anorexie, vampirisme, cannibalisme, on a le droit à tout… Jusqu’à l’écoeurement.

On aime : l’image. Chaque plan est une photographie. Chaque maquillage, chaque tenue, chaque coiffure, chaque décor est travaillé. Sublime.

> THE NEON DEMON, de Nicolas Winding Refn
Avec Elle Fanning, Jena Malone, Abbey Lee

Après une ballade sur le port et les hauteurs de la ville, il est temps de profiter un dernier instant de notre super appart Airbnb avec piscine avant de faire nos valises.

Mais avant de retourner à Paris, une dernière soirée nous attend. Direction la plage Magnum pour la fête du film Pericle il nero de Stefano Mordini avec Marina Foïs et Riccardo Scamarcio.

Retour à Paris le vendredi 20 mai, les yeux plein d’étoiles et des images plein la tête… A l’année prochaine Cannes !

Partager sur :

Vous pourriez aimer...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *