LES BALLERINES SONT DE RETOUR : POURQUOI LES A-T-ON TANT DÉTESTÉES, DÉJÀ ?

Elles étaient nos meilleures alliées au lycée, au collège, à la fac, avant de finir lâchement abandonnées. Aujourd'hui, elles retrouvent une place de choix sur les podiums des maisons de prêt-à-porter de luxe. Comme dans nos coeurs.

Après des années de critiques sévères et une overdose qui les a fait passer de paire intemporelle à accessoire ringard, les ballerines foulent de nouveau les podiums des défilés Céline, Chanel ou Margiela – et nos pieds. Pourtant, c’était pas gagné. 

Souvenez-vous. Il y a cinq ans à peine, l’humeur était plutôt à la démonstration publique de son dégoût pour le modèle qu’à l’appréciation – ou à la limite, à l’indifférence – générale. En 2016, un collectif avait même lancé un événement sur Facebook qui appelait à se retrouver pour militer contre leur port le jour de la fête nationale.  

« Le 14 juillet est un jour d’union nationale, profitons-en pour nous unir contre le fléau de ce siècle qui hante nos vies, le port de ballerine ! », encourageait, déterminé, le texte du rendez-vous aujourd’hui supprimé. Vive la France. 

Si la foule ne s’y est – malheureusement ? – pas pressée, les arguments soulevés en faveur de la cause, eux, semblaient fédérer bon nombre d’internautes, à lire les articles dédiés et autres commentaires irrévérencieux repérés en ligne. « Tue l’amour » par ci, « bout de (simili)cuir qui pue » par là, la haine se déversait et la chaussure, elle, était injustement mise de côté… jusqu’en 2021. 

Eh oui. Un an et demi après le début de la pandémie (car ce serait lié), le mulet, les t-shirts Von Dutch et les ensembles Juicy Couture ne sont pas les seuls à revenir d’outre tombe pour chambouler nos certitudes mode. Aux pieds de Adwoa Aboah, de Camille Charrière, ou d’Alexa Chung, les ballerines sont redevenues un must-have qu’on ne refourgue plus au fond de son placard en espérant que personne ne vienne y fouiller. 

On les choisit unies, bicolores, siglées du double C, dotées de talons carrés façon Audrey Hepburn dans Drôle de frimousse, à bouts rectangulaires, pointues… et toujours iconiques. Ce qui nous amène à nous interroger : pourquoi les a-t-on un jour laissé tomber ?

Lassitude, manque de confort et avènement des sneakers

La première raison qui émerge quand on creuse, c’est justement le fait de les avoir trop enfilées. Le style qu’on associe quasi systématiquement à la maison Repetto et aux danseur·se·s de l’Opéra avant qu’il ne se démocratise à tous les coins de rue pour assagir nos slims effilés (et tout aussi discutables), aurait investi nos garde-robes jusqu’à l’écoeurement. 

« La ballerine noire, lambda, a été un phénomène de mode », note la styliste Natacha Loyer auprès des Inrocks. « Absolument toutes les filles avaient cette paire dans les années 2010. Et comme tout phénomène de mode une fois (dé)passé, la paire s’est retrouvée comme rédhibitoire. Porter un objet de consommation de masse n’est pas valorisant… »

En parallèle, les sneakers débarquent, et la pièce ne trouve plus grâce qu’aux yeux de clientes BCBG, rapporte le média. Le choc des générations est tel qu’on préférerait marcher pieds-nus qu’en porter, même si on ne sort que pour aller choper des Coraya un dimanche matin au Franprix du coin. Surtout qu’en plus du reste, elles nous garantissent des rendez-vous chez le kiné (au bout de quelques heures à battre le pavé, aussi joli soit le nœud sur le dessus, on a le dos en miettes). 

Les professionnels de santé l’affirment d’ailleurs : le mieux, c’est de miser sur des talons de quelques centimètres. Ce que les Air Max, Buffalo et autres New Balance offrent, pour notre plus grand plaisir du moment. Les ballerines, en revanche, se contentent d’aggraver notre scoliose. Aïe, littéralement.

Le bilan est peu reluisant. Mais vraisemblablement, son importance à nos yeux a vrillé. Une fois n’est pas coutume, on a fait fi de ces désagréments pour renouer avec notre look d’antan, jean skinny délavé en moins… Enfin, pour l’instant.

Le Covid derrière le come-back

Si certaines maisons faisaient office de précurseuses lors des collections automne-hiver 2016 et printemps-été 2017, l’adaptation rock-vichy de Miu Miu en tête, c’est bien 2020-2021 qui sonne l’heure de leur réhabilitation sur la scène fashion et artistique. La preuve avec l’expo Ballerina: Fashion’s Modern Muse du Fashion Institute of Technology de New York, qui abordait au mois d’avril nos passions et inspirations émanant de l’univers du ballet – des justaucorps, bodys et cache-cœurs aux sacro-saintes ballerines.

Pour Dinah Sultan, styliste et spécialiste en tendances du bureau de style parisien Peclers, leur retour en force correspond « à une tendance de fond qui a émergé sur l’année 2020 à cause de la pandémie », détaille-t-elle auprès du HuffPost. « Le consommateur recherche du basique, la panoplie jean-chemise blanche. On revient vers des produits qualitatifs qui vont durer dans le temps. On investit dans des pièces qui ne vont pas se démoder ». 

Ça, et notre absolu désir de vivre à plat après un an et demi sans talons. On ressort donc nos anciennes paires en même temps qu’on scrolle à travers des dizaines d’options en ligne, jusqu’à mettre le doigt sur celle dans laquelle on finira par passer l’automne, le printemps et l’été.

Reste à se demander : réussira-t-on, cette fois, à ne pas en abuser ?

Vous pourriez aimer...