L’ÉPICURISME CHIC D’ISABELLE


Sa feuille de route tient en une phrase savoureuse : "J’aime tout, pourvu que ce soit bon." Avec sa frange mutine et ses faux airs d’Anna Karina, Isabelle Rivoire-Grange a le charme racé des jeunes premières.

Directrice artistique, graphiste et styliste, elle vient de lancer sa cinquième collection d’accessoires baptisée "Feast", composée d’une paire d’épaulettes, d’un nœud papillon et d’un chapelet.

 
Originaire de Lyon, Isabelle s’est formée aux Beaux-Arts avant de faire ses premières armes à New York en tant que graphiste auprès des marques de luxe et des bureaux de style.
 
> Impudeur soft et excentricité obscure
 
Etablie à Paris, elle décide de lancer sa marque en 2007, sous le sigle "IRG Edition". Telle une scène new-yorkaise vue à travers une buée d’opium, les mini-collections imaginées par Isabelle associent impudeur soft et excentricité obscure. Ce n’est donc pas étonnant si la créatrice cite La Notte d’Antonioni comme l’une de ses références esthétiques et stylistiques absolues : "Je le revois très régulièrement, et à chaque fois c’est une découverte. D’ailleurs, tout ce que j’ai dessiné jusqu’à présent est nocturne. Le soir, on ne s’habille pas de la même façon que le jour, et dans ce film l’élégance des acteurs est présente à l’extrême."
 
"JE SUIS INCAPABLE DE TRAVAILLER SANS MUSIQUE"
 
Un souffle sensuel et décadent balaie ainsi ses collections. Parmi ses inspirations la musique de Mozart, Bauhaus ou Mos Def : "Je suis incapable de travailler sans musique", dit-elle. Les photographes Tim Walker, Nadav Kander et Roberta Bayley la nourissent aussi : "La photo mettant en scène le baiser de Debbie Harry et Chris Stein dans le métro est magique"; ainsi que les artistes Olafur Eliason et James Turrel "pour la dimension presque métaphysique de leur travail et le lien à la nature."
 

 
> Cuir, fruits et légumes
 
Depuis ses premières créations, Isabelle s’imprègne des racines artisanales du luxe pour les incruster dans le XXIe siècle en prenant en compte la notion de développement durable. Dans son atelier parisien, cette autodidacte intervient ainsi dans tout le processus de création : "La collection Feast est l’association de plusieurs idées et plusieurs envies", explique-t-elle. "J’avais travaillé le cuir épais l’année dernière pour mon projet ‘Défendu’. J’ai donc utilisé ce même cuir, cette fois en le coupant bord franc en lanières, que j’ai rivetées pour créer des volumes et des jours. Parallèlement, j’ai créé des motifs à partir de fruits et légumes que j’ai scannés, retravaillés puis imprimés sur soie."
 
Un véritable travail d’orfèvre en somme. Car la créatrice, obsédée par les coupes impeccables et les finitions parfaites, a fait de l’élégance graphique sa marque de fabrique.
 
> Consommer français
 
Au-delà de l’amour de la sape, il y a aussi la volonté de consommer français et de travailler exclusivement avec des matériaux aussi naturels que précieux comme le cuir, la soie et le métal plaqué or. À la recherche d’une mode unique et plus durable que jetable, Isabelle trouve réponse à son besoin, celui d’avoir du style avec bon sens et bon goût. En faisant claquer ses imprimés aux accents végétaux et chamarrés sur des lignes strictes, elle esquisse une mode pimpante avec toujours un brin provocation, ce que la créatrice revendique volontiers : "Les images racontent des histoires et ont un pouvoir extraordinaire. En tant que D.A., j’essaie de faire en sorte que ce pouvoir soit au service d’une idée ou d’une création. Pour Feast, il s’agit surtout de légumes, traités d’une façon nouvelle. Il y a aussi une revendication éthique sous-jacente : nous n’avons pas besoin de manger de viande pour vivre."
 
Qui pensait que production et consommation locale ne concernaient que les paniers de légumes ?
 
> La collection "Feast" est disponible à La Cour, 60 rue Tiquetonne, Paris 2e.
Ses deux blogs : ici et là !
         

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