L’ÉLÉGANCE ESPAGNOLE DE MOISÉS NIETO


Moisés Nieto est andalou, affiche 29 ans au compteur et incarne avec brillance la nouvelle garde de la mode espagnole.
 
Depuis trois ans, ses défilés – à la Fashion Week de Madrid – lui ont valu une récompense : le prix que la capitale espagnole remet au "jeune créateur émergent", le plus prometteur.
Originaire de Úbeda dans le sud de l’Espagne, Moisés Nieto est bien loin du profil classique du créateur haute couture. Pas de Saint Martins School, de Royal Academy d’Anvers ou de stage Chanel dans son cursus, mais une expérience solide dans le graphisme publicitaire et la création de mobilier.
 
 
C’est en 2009, après un diplôme à l’Istituto Europeo di Design à Madrid, que Moisés Nieto opère son virage mode. "Même si ma vocation n’était pas clairement définie, l’idée de dessiner des vêtements était présente dans mon esprit " reconnaît-il. Rapidement, le désir de lancer sa propre marque le tenaille. Ce sera au South 36.32 à Càdiz, avec une collection baptisée Raíz (Racine), comprenant des minis robes en tissu rigide, des jupes crayon, des pantalons fluides et des tailles largement ceinturées de cuir qui dessinent une silhouette fluide mais structurée. Déjà, le style Nieto se pose : des vêtements épurés mais empreints d’une sensualité moderne. Sa carrière connaît un premier écho international lorsqu’il gagne My Own Show une compétition pour la télévision italienne où il croise le chemin d’une bonne fée, Franca Sozzani, rédactrice en chef de Vogue Italie et voit sa collection produite par la Maison Valentino. 
 
"JE SUIS DE CETTE GENERATION
QUI NE CHERCHE PAS A TOUT PRIX LA NOTORIETE"
 
Le point de départ d’une collection ? Une histoire." Je m’inspire de ce qui se passe dans ma vie, de ce que j’aimais dans mon enfance ou mon adolescence", avant d’ajouter "J’ai toujours été fasciné par les robes espagnoles du 16e siècle : luxueuses par les tissus riches et épais, austères par la rigidité et la géométrie des coupes. Elles constituent les fondements visuels et narratifs de mes collections." De cette immersion dans le passé, Moisés Nieto en tire une moisson de références qu’il réinterprète au présent. Les volumes boule de la Renaissance ont rarement paru aussi modernes. Ses emprunts ne sont jamais pesants. Raffinées, les silhouettes dessinées par le créateur espagnol ont imprimé l’image d’une féminité contemporaine, d’un classicisme traversé d’un souffle pop et sportswear. "Je suis de cette génération qui ne cherche pas à tout prix la notoriété et qui assume aussi bien l’aspect commerçant de son travail que la quête de la prouesse créative."
 
 
Moisés Nieto imprègne chacune de ses collections d’un érotisme ingénu: l’effleurement d’une soie  autour du corps, la caresse du vent sur un dos nu, le clin d’oeil d’un collier en fibre végétale donnent le sentiment de vivre accompagnée. La recherche sur les matériaux comprenant laine, mousseline, soie, tulle, aux côtés de néoprène et cuir, semblent excuser le subtil passéisme des coupes. "J’aime faire des recherches sur le volume et le textile", explique le créateur. "Je suis très exigeant sur le travail des matières et sur les détails empruntés à l’uniforme et au vestiaire masculin." C’est sans doute pourquoi ses collections ne racontent jamais une histoire, mais plusieurs.
 
Lucide, Moisés Nieto admet que la mode est un business difficile. " Il faut vraiment tenir les délais, supporter la pression. Je prends du recul en me disant que je me perfectionne à chaque saison et que je ne crée pas quelque chose de définitif", explique-t-il avant de conclure, sage : "Aujourd’hui, tout le monde peut consommer de la mode Inditex à des prix imbattables. Cela affaiblit les petites entreprises comme la mienne, qui tentent de s’implanter dans l’industrie de la mode. La question reste juste de savoir comment je dois m’adapter dans le temps."
 
>Plus d’infos sur le site de Moisès Nieto http://www.moisesnieto.com
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