LE VIEUX VÉLO VERT DE MONSIEUR EUGÈNE, L’ALBUM JEUNESSE QUI NOUS FAIT RÊVER !

Quand la rêverie rencontre le dessin, ça donne un projet humain, local et créatif qui sera prêt juste à temps pour Noël 2021. Bon à savoir, non ? Nous avons rencontré Fabienne Billon et Tonitorfer. L’une, autrice, se décrit comme « une rêveuse éveillée » inspirée par la nature, les couleurs et les émotions. L’autre, illustrateur, comme « le bras armé graphique » qui apporte le visuel aux mots. Elle écrit l’histoire, il la dessine. Le tout autour d’un projet qui se veut solidaire et auto-édité. Zoom sur un rêve de grands enfants.

Magie, féérie, animaux qui parlent, vous avez eu envie de faire rêver les lecteur·ice·s ?

Anthony : « C’est là tout le contenu du livre. Il n’y a pas d’autre message que d’encourager à se laisser aller et à croire en ses rêves. On a juste envie de faire rêver les enfants et les adultes.

Fabienne : Il y a suffisamment -dans la littérature enfantine- de livres qui traitent de sujets lourds, du type : « Comment gérer le divorce de ses parents ? ». Souvent, les livres transposent les difficultés des adultes dans le monde des enfants pour, soi-disant, préparer les enfants à la vie d’adulte. Mais finalement, il n’y a plus de place à la rêverie ! J’ai trouvé de la vraie poésie dans les images, c’est pour ça que j’ai décidé d’en faire un album 100 % poétique. J’avais juste envie de partager le rêve avec les enfants. Je suis une grande rêveuse moi-même ! *rires*

Comment fait-on pour créer un livre qui provoque « une expérience quasi-sensorielle », comme c’est annoncé sur votre page Ulule ?

F : Nos premier·ère·s lecteur·ice·s m’ont dit qu’ils sentaient le vent et les éléments en tournant les pages. Moi, quand j’ai découvert les illustrations, je me suis dit : « Ok, on y est. » On est en pleine nature, il y a la mer, le vent. 

Votre projet s’est construit à deux ou l’un a motivé l’autre ?

F : Au départ, j’ai été hyper inspirée par une illustration d’Anthony. Il avait fait une carte de vœux en janvier 2020, qui représentait un ours avec une fée. Quand je l’ai reçue, elle m’a scotchée. Pour plein de raisons, d’abord, il y avait un message personnel inavoué, mais aussi des couleurs, un environnement, tout était très original. Je me suis dit que ces deux personnages-là, méritaient d’avoir une vie. Ça m’a pris quelque temps, mais je leur ai écrit une histoire. Je n’avais jamais créé ou raconté d’histoire sur papier. J’écris beaucoup de textes personnels, depuis très jeune, mais jamais de fiction. Là, cela m’a inspiré. 

Quelques mois après avoir vu l’illustration, je cogitais toujours. Nous sommes partis en week-end tous les deux, sur l’Île-Aux-Moines. Sur place, on a fait une carte postale pour une amie et Anthony a dessiné un ours sur un vélo. Ça a été mon point de départ pour l’histoire. C’était très naturel, comme tombé du ciel. Quand j’écris, je ne réfléchis pas, je ne calcule rien. J’ai une idée de début, de fin et le déroulé arrive facilement. 

Fabienne, tu as créé ta propre maison d’édition pour vous auto-éditer. Ce n’était pas ton métier. Pourquoi ce choix de réorientation ? Une envie de réaliser un rêve ?

F : J’ai travail dans un service RH pendant 20 ans. Je crois que je suis une artiste refoulée parce que je n’ai jamais eu l’occasion d’exprimer cette part de sensibilité dans ma vie. Ma priorité était mon boulot. Et puis je suis tombée malade, j’ai été obligé de m’arrêter et j’ai remis toute ma vie en question. J’ai cherché ma voie et entre plusieurs envies, celle-ci s’est progressivement installée. J’ai toujours été très indépendante et entrepreneuse dans l’âme, alors je me suis lancée. À nous deux, on a tous les métiers pour arriver à créer cette structure. C’est moi qui la porte et Tony intervient.

A : Moi je dessine, tranquille ! *rires*

Votre projet se veut local, équitable, social. Vous pouvez nous en dire plus à ce propos ?

F : Après avoir décidé de créer ma maison d’édition, j’ai réalisé que, de manière générale, les acteurs du livre n’étaient pas rémunérés à leurs justes valeurs. L’idée était de mettre en avant les artistes locaux, je suis d’ailleurs très ancrée sur le territoire. J’avais envie de faire travailler des gens du coin. D’abord Tony, à Nantes avec moi. Puis les imprimeurs, qui sont des gens du coin, de Vendée. Je souhaite rencontrer les gens d’ici et leur proposer le livre ! 

Concernant le circuit court, on souhaite éviter les intermédiaires ou les grosses structures, type Amazon. Finalement, sur Ulule, nous avons annoncé un projet solidaire puisque pour vingt-cinq albums vendus, nous en offrons un à une structure d’accueil d’enfants éloignés des bibliothèques. On pense notamment aux malades, aux migrants, à ceux dans le besoin, … Toutes les structures œuvrant pour le bien-être des enfants.

© TONITORFER
© Tonitorfer
© Tonitorfer
© Tonitorfer

Entre la rêverie et le projet solidaire, l’ensemble de cette aventure est très tournée vers l’enfant, en particulier. Est-ce qu’il existe une raison à cela ?

F : Personnellement, c’est vraiment lié à mon histoire. Quand j’étais dans le milieu associatif, pendant 10 ans, j’ai soutenu une structure à Madagascar qui hébergeait soixante jeunes filles placées qui avaient quitté leur milieu familial nocif. Donc j’ai contribué à faire vivre dignement une soixantaine d’enfants en difficultés. Quand un gamin qui n’a rien te donne tout à travers son sourire, c’est juste énorme comme énergie. Je me dis que tous les enfants méritent ce sourire. 

A : Et moi je dessine, c’est mon métier. C’est que je ne suis jamais vraiment sortie de l’univers enfantin… *rires* C’est le projet de Fabienne initialement et moi je suis un petit peu le bras armé graphique. 

Pour toi Anthony, c’est une première le dessin pour un album ? Est-ce que tu aimes le fait de faire évoluer le personnage au fil des pages ?

A : Pour moi, ce projet était un vrai défi car j’aime quand le dessin va vite. J’ai un trait qui peut s’apparenter à de la BD ou à du manga et pourtant, je n’aime pas dessiner deux fois la même chose et je ne raconte pas d’histoire. 

Ici, elle me demandait quarante pages d’histoire avec un personnage que je dois redessiner à chaque page ! *rires* Le truc que je ne fais jamais ! D’abord, j’ai fait des croquis sur feuille. Ensuite, j’ai travaillé avec ce que l’on appelle une Cintiq, c’est une tablette graphique. C’est comme un écran de télé plat sur lequel on dessine avec un crayon optique. C’est un genre de peinture numérique ! J’ai vraiment aimé réaliser ce projet et c’est sympa de faire évoluer le personnage au fur et à mesure du livre.

Les visuels sont colorés, très artistiques. Comment se passe votre duo de travail ? L’une écrit et commande la page à l’autre ? Ou c’est carte blanche ?

A : Initialement j’ai carte blanche. Mais sur certains passages, et je le comprends tout à fait, il y a des détails qu’elle a en tête, donc je fais en sorte de les intégrer.

F : Tony n’a pas vraiment besoin de directives, il a tout dans la tête. Ce qui est génial, c’est que quand il sort les planches, je ne peux jamais imaginer mieux. J’ai l’impression qu’il était dans ma tête. *rires*

De quoi parle l’histoire, en quelques mots ?

F et A : Ce tome sera la découverte des personnages et notamment de l’ours. C’est une balade, un road-movie, c’est l’histoire d’un ours à bord d’un vélo vert foncé en quête de quelque chose… Pas de spoil, on vous laisse découvrir par vous-même.

On a cru comprendre qu’il y avait une certaine Paulette dans l’histoire… Qui est ce personnage ?

F : C’est la femme d’Eugène. Le couple accueille le personnage de l’ours dans leur maison au début de l’histoire. Le prénom Paulette appartenait à une grande tante que j’adorais, elle était l’original de la famille ! Eugène, c’est le prénom de mon grand-père et le vélo vert, c’était le mien quand j’étais adolescente. Il y a plein d’indices de vie cachés à travers l’histoire.

Afin de voir naître votre projet, vous avez créé une page sur Ulule. En tout, ce sont presque 270 contributeur·ice·s qui vous ont aidé à financer. Vous avez atteint votre objectif ?

F : Oui. 270 personnes ont pré commandé notre livre. Et finalement nous arrivons à une somme correcte pour réussir à rémunérer l’illustrateur, les imprimeurs, les frais de goodies. C’est Tony qui met en page le texte et les images, la couverture, les pages de garde, c’est un deuxième métier qu’il assure également. 

A : Je ne fais pas que l’illustration, je fais également l’exécution. Je mélange les métiers de graphisme et de metteur en pages.

Où pouvons-nous acheter le livre ?

Pour les retardataires, sur notre page Ulule, vous pouvez encore commander des albums. Ils seront soit à récupérer courant septembre/octobre dans des points de ventes locaux du 44, 49, 85 et 53. Soit en livraison directement chez les personnes qui le commande !

Parlez-nous de la suite. Pourra-t-on suivre l’ours et la fée dans d’autres paysages et aventures ?

Exactement, il y aura au moins trois histoires avec l’Ours et la Fée qui rencontreront d’autres personnages. Le projet, c’est de créer une collection « L’Ours et la Fée » et de continuer à rêver ! »

Merci Fabienne et Anthony, nous vous souhaitons de continuer à faire rêver les enfants et leurs parents !

Le livre est à commander juste ici.

Article de Margot Hinry

Vous pourriez aimer...