LE SKATE N’EST PAS RÉSERVÉ QU’AUX KÉKETTES !

Longtemps considérée comme un loisir essentiellement masculin, la pratique du skateboard se féminise de plus en plus et, logiquement, s’esthétise. Démonstration.

5 juillet, 2009. Sur le forum du site ados.fr, une jeune fille crée un sujet. En titre : « Faire du skate pour une fille, normal ou pas ? » Aussi naïve que puisse être la question, elle témoigne malgré tout d’un certain complexe de la gent féminine par rapport à l’univers, foncièrement masculin, du skateboard. Pourtant, non, les filles ne sont pas justes bonnes à poser aux côtés de beaux skateurs, bien fringués et multipliant les figures impressionnantes dans des vidéos arty et auto-complaisantes.

Si les filles ont longtemps excellé dans la pratique du longboard –mouvement lancé il y a quelques années par un groupe de jeunes espagnoles, nommées les Longboard Girls Crew, avec un skate plus long et plus souple -, le skate commence en effet à se démocratiser. Le cas de Leticia Bufoni est en cela particulièrement intéressant, et fait avancer la cause des Paulette dans ce sport parfois misogyne – cela ne fait pas de mal étant donné le retard abyssal pris dans le domaine. Belle, douée, très convoitée et médaillée d’or des X Games de Foz Do Iguaçu, elle est LA nouvelle star (si ce n’est la seule) du skateboard féminin. Une aubaine pour les marques soucieuses de coller aux envies de la jeune génération. Eh oui, au-delà de l’aspect purement jovial ou militant, l’arrivée de plus en plus prononcées des filles dans le skate signifie également un nouveau marché à conquérir pour les marques spécialisés (Vans, Carhartt,…).

>Il y a de nouveaux shérifs en ville, et ils sont féminins.

Fort heureusement, Leticia Bufoni n’est pas la seule à réécrire l’histoire du skate de façon iconoclaste et fantasque. En France, les mœurs commencent à changer et la tendance à se propager, notamment grâce au collectif Commission National Skateboard où l’on retrouve des skateuses aussi innovantes que branchées : Marie Dabadie, Charlotte Hym, Chloé Bernard et, surtout, Pauliana Laffabrier. Originaire de Bordeaux, cette jeune skateuse est sur tous les fronts, tente de faire bouger les choses (elle a organisé cet été la première édition Summer Skate Camp 100% Girls entre Bordeaux et l’Espagne), mais reste bien consciente qu’il ne s’agit encore que d’une micro-tendance : « Très peu de filles, peut-être une dizaine, ont le niveau de base, » confiait-elle en août dernier à 20 Minutes. « La plupart de celles qui se mettent au skate lâchent l’affaire assez vite. Mais je pense que la donne va changer d’ici quelques années. Ce sport est en plein essor et se structure. De plus en plus de filles commenceront jeunes et le niveau global ne pourra que progresser. « 

C’est dire le défi que s’est lancé Pauliana. Soit, défendre l’idée d’une pratique sportive qui aurait rompu avec la dominante masculine qui la caractérise depuis de nombreuses années, pour prendre en compte son caractère féminin et son internationalisation. « En Espagne, en Belgique, au Danemark, en Suède ou encore en Allemagne, il y a énormément de filles qui font du skate. Certaines ont un niveau plutôt élevé, voire sont pro, participent à des compétitions et ont des sponsors. Aux Etats-Unis, au Brésil ou en Argentine, c’est carrément un autre monde. Il y a un nombre fou de skateuses et elles commencent très tôt. Certaines ont même le niveau de skateurs français professionnels. « 

Ca vous étonne ? Il n’y a pourtant rien d’illogique quand on connaît les structures dont bénéficient skateurs et skateuses outre-Atlantique (skateparks, écoles de skateboard,…) et l’importance accordée à ces pratiques par le secteur culturel du pays (les films de Gus Van Sant et de Larry Clark en sont les meilleurs exemples). Une street-culture qui n’a jamais semblé autant en phase avec son époque que dans la mixité.

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