LE PREMIER : HOROVITZ AU THEATRE DE POCHE

Portrait – Antoine Chesnay

Rencontrée il y a un an lors du festival d’Avignon, Léa Marie-Saint Germain met en scène Le Premier, une pièce de l’Américain Israël Horovitz, actuellement reprise au Théâtre de Poche à Paris. Interview.


Paulette : Comment t’es venue l’idée de monter ce spectacle ?
Léa : J’ai découvert Le Premier en première année au Cours Florent grâce à mon professeur Beata Nilska, qui avait donné à travailler à deux élèves la première scène de la pièce. J’ai tout de suite été intriguée par cette histoire de ligne blanche dans un espace vide. Je me suis empressée d’acheter la pièce, je l’ai lue d’une traite, c’était une évidence. Je devais  la monter, car pour moi elle relève tout simplement du génie. Une simple ligne blanche collée sur le sol et tout est là : une situation conflictuelle, des personnages complexes, un déchaînement de passions, un dénouement surprenant. Singulière et inclassable, la pièce est à la fois un huis-clos, une comédie burlesque, une fable absurde et une tragédie moderne.
 
Raconte-nous un peu le pitch de la pièce, Le Premier ?
La situation est simple. Une ligne blanche est collée au sol et cinq personnages – quatre hommes et une femme – font la queue derrière celle-ci. On ne sait pas pourquoi, mais cela importe peu. Dans cette pièce l’auteur nous invite à observer les comportements des hommes face à une situation bien précise, en la poussant à son paroxysme. Petit à petit, la compétition s’installe entre les personnages jusqu’au dénouement, d’une violence inouïe. C’est une pièce insolite qui mélange les genres, nous fait passer du rire aux larmes et nous interroge sur notre humanité.


Qui est Horovitz, pour nos lectrices ?

Israël Horovitz est un auteur de théâtre qui a vu sa carrière décoller à New York dans les années soixante-dix.  Inspiré par Beckett, Ionesco, le théâtre réaliste américain des années 50, il est l’auteur de plus de cinquante pièces de théâtre traduites à ce jour dans une vingtaine de langues différentes et jouées sur toutes les scènes du monde. C’est le dramaturge américain vivant le plus joué en France. Parfois absurde pour mieux nous faire réfléchir, souvent drôle pour mieux nous bluffer, toujours incisif pour mieux nous croquer, il séduit sans complaisance. Ionesco disait de lui et du Premier : « Israël Horovitz est un jeune homme, tout gentil, tout charmant. Un tendre voyou américain. Comme tous les tendres, comme tous les doux, il écrit les choses les plus cruelles qui soient. Dans Le Premier, Israël nous dit tout, c’est-à-dire rien. Je n’avouerai pas combien j’aime cette pièce. Car seriez-vous d’accord si j’étais le premier à le dire? »


Comment avez-vous travaillé avec lui ?

Nous avons créé cette pièce avant de le rencontrer en travail de fin d’étude au Cours Florent. J’ai contacté Israël pour qu’il vienne assister à une représentation et quand il a vu le travail il a tout de suite été conquis. Depuis nous avons travaillé avec lui sur des pièces inédites en étroite collaboration sur la traduction, l’adaptation et la mise en scène. Sur « Le Premier », qu’il a dû voir une vingtaine de fois, il redécouvre à chaque fois son texte et nous fait des remarques précieuses et très enrichissantes. C’est quelqu’un d’extrêmement généreux et disponible, et c’est une chance de le côtoyer régulièrement. Il fait partie de la compagnie en tant qu’auteur et mentor.
 
Sur scène, qu’est-ce que ça donne ?
C’est une véritable performance ! Pour la mise en scène j’ai voulu me concentrer sur les personnages, sans chercher à ancrer la situation dans un contexte précis, pour ne pas lui ôter sa dimension absurde et universelle. En lisant la pièce dans sa version originale, j’ai aussi choisi de souligner l’aspect américain rétro qui détermine une certaine esthétique et renforce l’aspect clownesque, voire cartoonesque, des personnages. Nous sommes partis avec mes comédiens à la découverte de ces cinq énergumènes pour tenter de percer leur mystère, et le terme de « jeu » a pris tout son sens. Ensemble nous jouons. Nous jouons à être le Premier.
 
Vous verra-t-on cet été à Avignon ?
Pas cette année non… Après avoir joué deux spectacles par jour au Festival l’an dernier la compagnie a décidé de faire une pause avant l’an prochain. La reprise du spectacle au Poche Montparnasse est très importante pour nous car elle célèbre les 40 ans de la création du Premier en France, dans le même lieu. C’était la toute première pièce d’Israël à être jouée en France.


As-tu d’autres projets à venir ?

Oui, plusieurs. Nous continuons à travailler avec Israël sur une nouvelle pièce inédite actuellement en préparation, et nous avons aussi un projet de théâtre musical pour l’an prochain, dans un registre différent mais toujours dans l’écriture américaine contemporaine.

 

>Le Premier, d’Israël Horovitz
Du 28 mars au 11 mai, du mardi au samedi à 21h30 au Théâtre de Poche à Paris. 

 
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