LE « PHÉNOMÈNE NABILLA », MIROIR DE NOTRE SOCIÉTÉ

Nabilla, c’est mon petit coup de cœur, depuis toujours. Et je n’aime pas quand on s’en prend à elle. À travers cet article, j’avais envie de montrer comment le phénomène qui s’exprime autour d’elle reflète les maux et la complexité de la mentalité sociale actuelle. Révélée en 2013 grâce à son fameux « Allo, non mais allo quoi ! », elle a fait depuis couler beaucoup d’encre – et souvent pour de mauvaises raisons. Malgré de nombreux rebondissements, la jeune femme a su mettre l’acharnement de la société à son service et gagner un certain respect. Business woman et future maman, elle est aujourd’hui bien loin de son image d’antan.

Attirons l’attention sur ce qui a fait connaître Nabilla. Outre son humour irrésistible, c’est avant tout un physique qui a fait tourner la tête des français. « Vulgaire », « superficielle, « refaite », tels étaient les adjectifs qui la caractérisaient et qui faisaient qu’elle ne passait pas inaperçue. Sa notoriété, la jeune femme l’a acquise grâce à ce personnage excentrique et provocant qu’elle a construit, et je suis convaincue que l’ampleur du phénomène aurait été moindre si son apparence avait été autre. Ceci nous renvoie donc fatalement à l’objectalisation de la femme, un schéma dont on peine à se défaire : il a été nécéssaire qu’elle mise sur son physique pour attirer l’attention. 

Une fois son coup de buzz assuré, la starlette a dû changer de stratégie pour obtenir le respect – et ainsi pérenniser sa notoriété : gagner en pudeur. Il lui aurait en effet été impossible d’atteindre une quelconque estime sans travailler sur son image sexy. La société réduit ainsi la catégorie des femmes respectables à un modèle bien précis, dont on ne peut s’éloigner sans craindre le jugement. Maquillage too much ? Pas respectable. Look vulgaire ? Encore moins. Pour reprendre les mots de Zahia, ancienne escort-girl devenue mannequin, créatrice de lingerie et actrice : « Si je dois me travestir en homme pour être respectée, je n’aurais rien gagné. J’ai envie de me faire respecter en minijupe et en talons aiguilles ».

L’étendu du phénomène révèle une autre contradiction de notre société : on aime détester. Si dès son premier buzz la jeune femme a été vivement critiquée, ce n’en est pas moins ces moqueries qui ont fait sa notoriété. En d’autres termes, Nabilla a été rendue célèbre par ces mêmes personnes qui tenaient des propos amers à son sujet. Il est donc inquiétant de constater l’énergie et le plaisir que notre population met dans la haine. La starlette n’a-t-elle pas été hissée à la tête des personnalités les plus détestées de France ? Finalement, de manière paradoxale, tout le monde la connaissait et parlait d’elle.

Plutôt que de nous en prendre gratuitement à Nabilla, interrogeons-nous sur ce que ce phénomène dit du monde dans lequel on vit. Nous évoluons au sein d’une société malade, profondément patriarcale, qui porte aux nues des personnalités excentriques autant qu’elle les déteste, mais qui exige d’elles un certain standard pour les respecter. Bien plus maligne qu’elle en a l’air, Nabilla à su jouer des vices de la société et les mettre à son service pour asseoir sa notoriété.

Article de Juliette Mita

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