LE PETIT OISEAU EST CARRÉMENT SORTI !

© Lieko Shiga

Immense édition cette année de Paris Photo, qui se tient jusqu’au 21 novembre au Carrousel du Louvre.
 
Bien entendu, on a ses coups de coeur, ses photographes fétiches qu’on regarde mûrir au fil des ans et qu’il fait bon retrouver au hasard des stands. Il y a aussi ces tirages en reste, recyclés, re-accrochés tristement au même endroit que les années précédentes tant ils ont, hélas, du mal à se vendre. Et puis il y a surtout le plaisir incommensurable de découvrir (malgré les réticences que j’aurais précédemment émises autour des foires) les inédits, les rares, les nouveaux, les photographes du bout du monde nés en 1980 et qu’on aurait pas ou peu l’occasion de voir ailleurs.
 
Je pense notamment à quelques Japonais dont le très jeune Lieko Shiga (Galerie Priska Pasquer, Cologne) qui présente sa série "Canary", dont on peut voir les tirages sur son site personnel. La délicatesse de la composition et des couleurs, la maîtrise technique, les sujets abordés (paysages enneigés sur fond de banlieue, personnages fantômatiques dans des situations dramatiques, profondeur des noirs et des couleurs, le juste-flouté des mouvements) présagent déjà d’une fulgurante carrière. Deux autres Japonais auront retenu notre attention : Rinko Kawauchi (Galerie Foil) et sa rose surex qui nous fait inconsciemment penser à celles de Wolfgan Tillmans et Maiko Haruki (Galerie Maki, Tokyo) dont les tirages presque entièrement composés de noirs incarnent une approche quasi malévitchienne de la photographie.
 
© Maiko Haruki
 
Cette année, Paris Photo fait la part belle à la scène d’Europe centrale, en mettant de l’avant des galeries hongroises, polonaises, tchèques, slovaques et slovènes ; on retiendra notamment le beau travail de Juraj Fifik (Galerie Photoport, Slovaquie) pour sa série "Well Known Environment" qui devrait trouver des acquéreurs. Enfin, comment ne pas mentionner les premiers de la classe, ces surdoués comme l’Allemande Jessica Backhaus et son appétit des choses minuscules (trognon de pomme, cannette écrasée, intérieurs kitsch) ou les animaux sauvages perdus dans les villes de Marc Cellier à la Galerie du Jour qui, en ce premier jour d’exposition, avait déjà trouvé plusieurs acheteurs.
 
Viennent enfin les monstres sacrés. La très représentée (avec raison) Lise Sarfati expose dans plusieurs galeries ses portraits de femmes américaines mises en scène avec une grande technicité. Incontournable également, cette voiture trouée de balles dans le désert du jeune irlandais Richard Mosse ou ce triptyque d’un couple dénudé et nu de Boris Mikhailov chez Guido Costa (Turin) ; mention spéciale à la galerie californienne M+B dont les photos d’adolescents faisant des cascades sur des trains en marche de Mike Brodie relèvent tout simplement du sublime trash.

 

© Lise Sarfati
 
Quant au Prix BMW accordé à Gabor Ösz, il est amplement mérité : son travail sur les lieux décharnés, ces pièces vides désincarnées de toute vie où il ne reste que la structure brute, piliers et béton, poussière et vieille peinture, est un des travaux photographiques les plus émouvants de ces dernières années. On peut d’ailleurs voir ses tirages à la Galerie Loevenbruck, à Paris, jusqu’au 3 mars. 
 
© Gabor Ösz 
 
 

Carrousel du Louvre
18 – 21 novembre 2010


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