LE NOM DE… SARA FORESTIER

Photo, Frédéric P. Méry 

Après avoir tant ri et tant pleuré devant Le Nom des gens, la comédie de Michel Leclerc qui sort demain, Paulette ne saurait que trop vous conseiller de courir la voir.

Scénario génial, réalisation enlevée et maîtrisée, Le Nom des gens est une réussite indiscutable. Le film met en scène Bahia ben Mahmoud (Sara Forestier), fille d’un immigré algérien (Zinedine Soualem) et d’une bourgeoise française. Une "planquée" aux yeux bleus qui se dévoue corps et âme à la conversion de tous ses ennemis politiques – les "fachos". C’est peu dire puisque son instrument de conversion politique, et bien, c’est son cul. Bahia s’envoie tout ce qui ressemble de près ou de loin à un mec de droite, flairant le costard Alain Figaret ou la chemise Vicomte Arthur. Jusqu’à ce qu’elle tombe sur Arthur Martin (Jacques Gamblin) qui, contre toute attente, est – je vous le donne en mille – jospiniste ! 

Véritable tour de force, cette comédie met en question le déterminisme du nom de famille et parle de la complexité des origines, sans tenter de la résoudre. Michel Leclerc, le réalisateur, explique : "C’est un film auquel on pensait depuis que l’on s’est rencontrés (avec Baya Kasmi, la scénariste). Je lui ai demandé comment elle s’appelait, elle m’a répondu "Baya". Je lui ai dit : "- C’est brésilien ?" Elle m’a répondu "- Non, algérien. Je sais, c’est moins glamour." Baya enchaîne : "Aujourd’hui, c’est très à la mode de revendiquer ses origines, et nous on a un petit peu le truc inverse, qui est d’être touchés par les gens qui ne s’aiment pas eux-mêmes. C’est une autre façon de gérer son identité (…). On a essayé d’être sincères dans toutes les scènes sans vouloir tout maîtriser, le film n’est pas univoque, ce n’est pas un tract politique." 

Le film présente ainsi une galerie de personnages empêtrés dans leurs contradictions, leurs complexes et leurs fantasmes : l’ardeur à l’ouvrage de Bahia, qui réactive un certain idéalisme d’un autre temps (les années 70 sûrement) ; l’activisme de sa mère qui reprend à son compte le combat en faveur des sans-papiers ; le silence de son père, Algérien sorti de la clandestinité par le mariage et qui ne veut "pas de problèmes" ; le déni de la mère d’Arthur Martin (la bouleversante Michèle Morreti), enfant juive cachée et sauvée de justesse durant la guerre et de son mari, M. Martin, qui a fait son service durant la guerre d’Algérie mais qui ne saurait l’évoquer pas plus que la judaïté de sa femme.

Dans ce cocktail explosif, un simple renouvellement de carte d’identité peut faire remonter tout ce que l’on a passé sa vie à cacher à la surface. Baya Kasmi : "On est partis d’expériences personnelles, de ressentis. Par exemple, on a remarqué que sur les photos d’identité on ne peut plus sourire. Ça n’a l’air de rien mais ça veut tout de même dire beaucoup de choses…" La relation que tisse au fur et à mesure Bahia et Arthur porte le côté foisonnant et bordélique du film. Tête en l’air au point d’en oublier de s’habiller, Bahia pousse dans ses ultimes retranchements son partenaire, Arthur, et le bouleverse. Amoureux, il acceptera de se confronter à l’histoire familiale et à passer outre l’exhibitionnisme incontrôlé de sa dulcinée : cela donnera lieu notamment à une scène sublime où il rhabille Bahia tout en lui faisant l’amour.

Le Nom des gens met le spectateur dans tous ses états pour l’éprouver dans le rire comme dans les larmes. Et cela fait plaisir. À l’ère Fillon III, un tel film devient presque salutaire en signant l’avènement de la pensée complexe dans le cinéma français, et en nous réconciliant du même coup avec ce dernier. De quoi nous donner une subite envie de coucher avec Brice Hortefeux.



Interview de Sara Forestier


Propos recueillis par Raphaël Thet. Réalisation, Frédéric P. Méry.


 


LE NOM DES GENS
Un film de Michel Leclerc, scénario de Baya Kasmi

Avec Sara Forestier, Jacques Gamblin, Zinedine Soualem,
Michèle Moretti… et Lionel Jospin dans son propre rôle !

En salles le 24 novembre

Facebook du film : ici


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