LE JOUR OÙ ELLES SE SONT SENTIES VIVANTES

Qu’est-ce que c’est, vibrer ? Quand et comment nous prend cette sensation de vivre très fort ? La réponse n’existe pas forcément, mais les belles histoires, si.

Quand on m’a proposé d’écrire sur le thème « Vibrer », j’ai laissé tourner le mot dans ma tête pendant plusieurs heures, comme pour le faire infuser. J’ai pensé aux fois où, moi-même, je m’étais sentie vibrer, comme si mon corps tout entier était animé d’un pouvoir nouveau, comme si quelqu’un ou quelque chose avait saupoudré mon plexus solaire de Frizzy Pazzy, le sucre pétillant dont je raffolais quand j’étais petite. J’ai décortiqué ce que j’avais ressenti dans ces moments-là, le dénominateur émotionnel commun : une aussi intense qu’incroyable sensation de vie. Vibrer, c’est vivre très fort.

 

Qu’est-ce qui nous fait vibrer ?

Est-ce qu’une même chose peut donner à une personne l’impression de n’avoir jamais été aussi vivante, mais ne faire ni chaud ni froid à une autre ? Est-ce qu’il y a nécessairement besoin d’événements extérieurs, ou d’événements tout court, pour vibrer, ou est-ce que ça peut venir du plus profond de soi ? Pas sûr qu’une vie suffirait à trouver des réponses concrètes à toutes ces questions. Alors à la place, on a eu envie de vous faire découvrir trois incroyables histoires de vibrations.

Illustration colorée de Paulo Pastel, avec des arc-en-ciel de des fleurs de toutes les couleurs
Illustration colorée - © Paulo Pastel

Le voyage initiatique

Vous l’avez peut-être déjà croisée dans les pages de Paulette, puisqu’on lui a déjà fait parler de sa reconversion professionnelle, et pour cause: Ilaria de Moustier, aujourd’hui fondatrice de Happy Healthy Ila, a un parcours fascinant. Quand elle avait 28 ans (elle en a aujourd’hui 32), et alors qu’elle avait tout, le whole package de la réussite dans tous les domaines de la vie (un bon poste dans la mode et le luxe, une carrière prometteuse qui faisait la fierté de ses parents, un compagnon qu’elle aimait et qui deviendrait son mari quelques années plus tard), Ilaria a décidé de partir six mois en voyage en Asie, seule avec son sac à dos. Son témoignage change des expériences de voyage qu’on a l’habitude d’entendre, de gens partis loin après un burn out ou au profit d’une grosse remise en question. Ilaria ne partait pas pour se trouver, ou se retrouver : « Je n’étais pas du tout dans un moment de vie où je me cherchais : j’étais très bien où j’étais. Mais j’avais besoin de faire une expérience. »

La vibration qu’Ilaria a ressentie a pris la forme d’un déclic dans un désert au Maroc. Alors qu’elle y passait quelques jours de vacances, une inconnue lui a parlé d’une Américaine qu’elle avait rencontrée et qui cherchait des bénévoles pour son école d’anglais aux côtés des moines tibétains de la région montagneuse du Ladakh, aussi appelée Petit Tibet, tout au nord de l’Inde. En l’écoutant parler, elle a eu une sorte de choc : « J’avais les larmes aux yeux. C’était ça que je voulais faire. » Parfois on vibre très fort une heure, parfois une journée ; parfois les répercussions de cette vibration durent plus ou moins longtemps. Ilaria a ressenti quelque chose de si fort qu’elle a choisi de commencer son voyage d’une demi-année par deux mois à enseigner l’anglais dans cette école en tant que bénévole.

Là-bas, un quotidien à mille lieues de celui qu’elle avait laissé à Paris l’attendait : Ilaria se réveillait à 5 heures, trayait le yak de la maison, partait donner ses cours à des moines âgés de 5 à 10 ans. Pas de chauffage, pas d’électricité, pas de stimulis constants comme dans nos quotidiens citadins, la communication avec ses proches rendue quasiment impossible, vu qu’il lui fallait plus de quatre heures de route pour rejoindre la ville et la connexion Internet spartiate les plus proches. Ajoutons à ça le froid et la barrière de la langue puisque personne là-bas ne parle anglais, français ou italien. Il a fallu se faire comprendre autrement, par les regards et le langage corporel, faire preuve d’une grande faculté d’adaptation à une culture, à des habitudes, à une nature et à une alimentation si différentes. Sans compter la nuit qui tombait à 16 heures et l’altitude : « Tu es seule avec tes livres, tes pensées… Pendant deux mois, j’ai fait des rêves incroyables, parce que tu dors douze heures par nuit et que l’altitude fait vivre des choses à ton cerveau. » Une expérience très forte qui lui aura appris ce qu’étaient réellement la méditation, la patience aussi, et la connexion à soi et aux autres – plusieurs éléments très importants pour le métier de coach de vie qu’elle exerce aujourd’hui.

L’expérience spirituelle hors du commun

En novembre dernier, Irène Olczak, qui n’est autre que la fondatrice de Paulette, a vécu quelque chose d’inédit : le kambo, aussi appelé « vaccin de la jungle », un rituel chamanique à base de venin de grenouille visant à purger le corps et à renforcer le système immunitaire.

La cérémonie s’est divisée en plusieurs parties. La première a consisté à boire deux litres d’eau tiède en une demi-heure, après quoi la chamane lui a mis une bassine entre les cuisses : « Ta compagne de route pour l’expérience. » Là, la chamane lui a fait trois brûlures, comme des petites brûlures de cigarette, avant d’appliquer le venin de la grenouille directement sur la lymphe. « Au début, je ne ressentais rien et quelques minutes après, j’ai commencé à avoir chaud dans le haut de mon corps, ma mâchoire commençait à s’engourdir, et puis je ne l’ai plus sentie du tout, j’avais chaud, très chaud, jusqu’aux oreilles et jusqu’aux yeux. » Irène tomba dans les pommes quelques minutes. Malgré l’inquiétude de la chamane et de l’amie qui l’accompagnait, elle a tenu à réitérer l’expérience. Et là ? La vibration. Puis la purge : au bout d’un quart d’heure, elle a commencé à vomir tout en ressentant un bonheur fou. « Je suis rentrée dans une forme de transe. J’étais hyper joyeuse. C’est indescriptible tellement c’était fou. J’avais l’impression d’être au paradis. Je vomissais et je riais et je pleurais de joie, tout ça en boucle, je ne m’arrêtais plus. Je me sentais baignée de lumière, d’amour, d’un truc super puissant, je me vidais avec plaisir, et j’étais dans une gratitude, un truc incroyable. » Une grande première pour la chamane, qui n’avait jamais vu personne réagir de cette façon. D’ailleurs, l’amie d’Irène, qui en était pourtant à sa cinquième séance de cette médecine, n’a pas du tout vécu les choses de cette façon et semblait batailler avec elle-même. Était-ce dû au fait qu’elle était à un stade différent de sa vie ? Qu’elle était moins en paix avec elle-même à ce moment-là ? Ou bien qu’elle avait moins fait attention à son alimentation les jours précédents ? C’est possible. En tout cas, Irène tient à mettre en garde son entourage avant de se tourner vers ce genre d’expériences. Adepte et passionnée des soins énergétiques, des médecines naturelles et de la spiritualité depuis plusieurs années, elle n’a pas sauté immédiatement sur l’occasion pour tester cette pratique quand son amie lui en a parlé six mois plus tôt : elle a attendu d’être prête, que son corps appelle de lui-même cette expérience. « Toute expérience un peu spirituelle, un peu holistique, ça doit être un appel qui vient de toi, tu dois le ressentir de l’intérieur. Une nuit, j’ai rêvé d’une grenouille et j’ai senti que j’étais prête. Quand tu es complètement en alignement avec toi-même, c’est chouette à faire, mais ça ne doit pas être une décision à prendre à la légère. Je n’y suis pas allée pour régler des problèmes, j’y suis allée parce que ça m’appelait. C’était complètement irrationnel. »

L’amour

Et puis parfois, la vibration vient d’une rencontre. LA rencontre. C’est le cas de Juliette Minel, directrice éditoriale chez Paulette. À 27 ans, alors qu’elle était en couple avec un homme cisgenre depuis ses 16 ans, elle a vécu, coup sur coup, deux décès parmi ses proches qui lui ont fait l’effet d’un uppercut. « Je me suis dit, faut que je vive, faut que je vibre, surtout. J’ai remis toute ma vie en question, mon taf et ma relation. J’étouffais, je le sentais dans tout mon corps, qui a été touché au point que j’ai dû subir une opération. » Cette opération, sans gravité extrême, lui a fait prendre davantage conscience qu’elle avait besoin de changement. De se mettre en danger. D’aller de l’avant, de sauter dans le vide de l’inconnu. Ceci, ajouté à un fort besoin de connaître les choses de la séduction qu’elle n’avait jamais testées de sa vie d’adulte, a fini par mener à une rupture.

Quelque temps plus tard, lors d’une maraude sociale, elle vit LE coup de foudre pour la cofondatrice de l’association, qu’elle avait pourtant déjà rencontrée dans d’autres contextes. « Quand on s’était vues auparavant, rien. Mais là, la voir avec cette empathie rare… J’avais l’impression de tomber d’une falaise tellement elle rayonnait au contact de personnes sur qui on a souvent des a priori. Elle, elle n’en avait pas, et ça m’a foudroyée. J’avais des palpitations, je bouillonnais, je la trouvais magnifique. »

Un coup de foudre, c’est beaucoup de joie, mais c’est également angoissant quand on ne sait pas s’il est réciproque : Juliette se savait pansexuelle, mais elle ne connaissait rien de l’orientation sexuelle de l’objet de son affection. « C’était très heureux, ces vibrations, mais ça m’a aussi rendue super morose, parce que je savais que je ne voulais pas papillonner avec elle : je voulais un vrai truc. J’étais très contente de me sentir amoureuse, de me rendre compte que je pouvais ressentir de nouveau ces émotions, mais j’avais en moi aussi beaucoup de tristesse de me dire que je m’embarquais peut-être dans un truc compliqué, et pas forcément réciproque. » Chez Paulette, on aime les belles histoires et ça tombe bien, parce que c’en est une : la femme pour qui Juliette a ressenti un vibrant coup de foudre s’est avérée elle aussi pansexuelle et… amoureuse. Et depuis ? Elles sont ensemble et vivent une grande histoire.

« Vibrer est surtout une connexion puissante à soi. On n’est pas nostalgique d’une des plus grandes vibrations qu’on ait connues:on vibre toujours, on vibre juste autrement. »

 

La vibration : et après ?

Est-ce qu’on se sent nostalgique, une fois qu’on a connu une très grande et très forte vibration ? Est-ce qu’il y a de l’accoutumance, qui fait qu’on cherche à reproduire l’expérience ? Ce n’est en tout cas pas le cas des trois femmes qui ont témoigné, qui semblent heureuses et ancrées, comme si vibrer était surtout une connexion puissante à soi. On n’est pas nostalgique d’une des plus grandes vibrations qu’on ait connues : on vibre toujours, on vibre juste autrement.

 

Article du numéro 51 « Vibrer » par Sophie Riche

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