LE DOIGT REMIS À L’HONNEUR


 

Le doigt d’honneur revient à la mode chez les stars et dans l’art contemporain. Et vous, allez-vous vous y mettre aussi ?
 
Le 5 février dernier c’est la chanteuse Mia qui clôt sa prestation au Superbowl, d’un doigt d’honneur assumé, devant une centaine de millions de téléspectateurs. Pourtant furtif, ce majeur dressé crée autant de remous que l’affaire du sein de Janet Jackson il y a quelques années. C’est ensuite la chanteuse Adele  qui gratifie la foule du même signe, aux Brit Awards il y a quelques jours.
 

 
On la pensait oubliée, trop vue, passée de mode, dépossédée de sa verve rageuse, cette insulte gestuelle à caractère sexuel reste encore l’apanage de certaines stars de la musique. Le geste est popularisé par le punk et le grunge, pour être ensuite récupéré à outrance par les rappeurs comme Eminem et pour finir sur les doigts des divas de la pop et autres fausses rebelles comme Kristen Stewart, Rihanna ou même Beyoncé dans son clip Run the world. Si durant un temps, le baiser saphique faisait le plus jaser, le doigt d’honneur redevient une valeur sûre de la provoc à bas coût.
 
Là où le doigt d’honneur fait mal, c’est encore dans le champ de l’art contemporain. Peu d’artistes ont recours à ce subterfuge gestuel et son emploi conserve donc encore un fort impact visuel.
 
On pense notamment à la sculpture de Maurizio Cattelan qu’il expose face à la place de la Bourse de Milan en octobre 2010 et qu’il intitule L.O.V.E. Il s’agit d’une pièce spectaculaire de onze mètres de haut, dans un marbre glacé, une main dont les doigts sont coupés sauf le majeur tendu comme un pied de nez à la capitale économique de l’Italie, en pleine crise financière mondiale.

Le doigt qui fait parler de lui en ce moment, c’est celui d’Ai Wei Wei. Artiste chinois né en 1957 à Pékin, il est au centre de toutes les attentions du monde artistique et culturel français, avec la rétrospective de ses œuvres au Jeu de Paume qui a débuté le 21 février dernier. 

  

 
Ai Wei Wei habite à New York dans les années 80 et revient à Pékin en 1993 où il officie comme architecte et artiste. Il questionne la dictature du progrès et de la modernité dans la réorganisation et la construction des grandes capitales chinoises et de Pékin en particulier et leur impact sur certains paysages urbains et le mode de vie de leurs habitants.
 
L’artiste continue son entreprise de remise en question et développe une série appelée "Etudes de perspective", d’une ironie brillante et sans appel, revisitant la notion des lignes de fuite, par l’intrusion de son propre bras et de sa main repliée en doigt d’honneur, comme une arme pointée à l’encontre des monuments qu’il photographie.

Par ce geste vengeur maintes fois répétés, son art prend une force politique et Ai Wei Wei commence à inquiéter les autorités chinoises. L’image est forte et marque les esprits. La Tour Eiffel, la place Tien An Men, tous les monuments y passent !

 
Au-delà du geste, il s’agit bien de percevoir le message et la volonté de bousculer un ordre établi, pour apporter un contrepoint et engager une réflexion vivante sur le monde en marche. On est bien loin du buzz de starlettes en mal de crédibilité rock et on retrouve enfin l’irrévérence et l’acidité première de cette grossièreté au doigt levé.
 
AI WEIWEI :: ENTRELACS                                      

Du 21 février au 29 avril 2012
Jeu de Paume
1 place de la Concorde
75008 Paris
 
 
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