LE COUPLE OU L’EFFROYABLE DISPARITION DU « JE »

  Je, tu, il, nous, vous, ils …Je, tu, il, nous, vous, ils…Je, tu, il, nous, vous, ils…

Ça vous rappelle des souvenirs ? Chers petits bambins à la tête blonde sur les bancs de l’école au CP. Mais si, souvenez-vous ! On était encore naïfs, innocents, dociles, jeunes et plein d’avenir. On se souvient de Madame Juvet qui nous faisait répéter inlassablement les différentes combinaisons de cette conjugaison française si énigmatique et qui nous a initiés aux mystères des pronoms personnels. Ou comment un simple petit mot de 4 lettres maximum pouvait remplacer un nom ou un groupe de noms. Magique !  Ah…la belle époque…
 
Qui aurez pu se douter qu’en grandissant, un bouleversement, que dis-je, un cataclysme nous atteindrait de plein fouet ?
 
Un beau matin, comme tous les matins de la sainte semaine, je me lève (jusque là rien de fantastique je vous l’accorde). Puis je me prépare à affronter une dure journée de labeur : je choisis mes plus beaux apparats, je tente tant bien que mal de lutter contre les méandres du temps en essayant de masquer les dures marques de ce dernier sur mon visage tout bouffi et encore tout endormi, je me bats dans les transports, je lutte pour ne pas tirer les cheveux de ma voisine qui me marche sur les pieds, je me retiens de ne pas mordre mon grand voisin qui me présente très généreusement ses aisselles, je me fais violence pour ne pas rebrousser chemin, inventer un prétexte fallacieux pour ne pas aller au bureau et me glisser de nouveau sous ma couette…BREF, je commence une journée des plus normales quoi…
                                                                                          
Et pourtant…le même soir de cette même journée normale quelque chose d’anormal s’est produit : un dîner un peu spécial avec plusieurs couples d’amis…
Soirée délicieuse, ça ricane, ça papote, ça rigole. Seul souci s’il en est : je suis l’unique minette de la tablée à ne pas être accompagnée, ni en statut "couple". Qu’est ce qu’on s’en fout me direz-vous? La preuve, personne autour de moi n’a remarqué. Et pourtant…
 
Madame Juvet, au secours ! Pour certains de mes amis, LE PRONOM « JE » A DISPARU ! Paix à son âme…Effacé de leur Bescherelle d’antan, gommé de leur cours de grammaire, raturé de leurs récitations de conjugaison. Il faut bien que la langue française évolue, mais tout de même, là, c’est un peu rude ! Cette prise de conscience a l’effet d’une bombe et cependant c’est flagrant : un groupuscule appelé COUPLES vient tout simplement d’éradiquer et d’effacer de leur programme le pronom personnel de la première personne du singulier. Terminé ! Circulez, y a (plus) rien à voir, ils les ont virés de leur vocabulaire !
 
Je me refais la soirée dans la tête, j’observe le mouvement des yeux, des regards, des bouches, je me repasse les dialogues dans la tête, mais rien n’y fait, force est de constater qu’un phénomène quasi magique (ou maléfique ?) s’est emparé de mes amis. Ils n’existent plus en tant qu’entité propre mais se sont noyés dans le NOUS et le ON (qui est, tout à fait entre nous, le SOUS-pronom personnel ! Il veut dire nous, mais il est maqué avec le il/elle dans la conjugaison, c’est à n’y rien comprendre…) !
 
Conséquence directe de ce choc interplanétaire, ils ne disent plus "JE suis libre vendredi pour venir me mettre minable à ton anniversaire" mais "ON sera évidemment là pour t’accompagner dans ce dur passage ma belle", ils n’assènent plus de "JE suis hyper crevée en ce moment" mais nous donnent du "Pfff, tu sais ON est vraiment nases depuis quelques temps", plus non plus de "Tu sais ma poule, J’essaie de faire attention à ma ligne en ce moment" mais "ON a décidé de se mettre un peu au régime là, ON a vraiment abusé ces derniers temps", à la question qui s’adressait pourtant clairement à ma meilleure amie et UNIQUEMENT à celle-ci "Tu viens bruncher avec moi ce week-end histoire de bitcher un peu sur nos connasses de collègues ou cette pouf de Mélanie qui a encore serré un nouveau mec? ", les deux répondent en cœur "Ah désolée bella, ON va chez nos amis à un barbecue…" Ah euh, pardon, il doit y avoir méprise parce qu’en fait il me semblait pas m’être adressée au jeune homme qui est collé à ta bouche depuis bientôt 2h mais bien à toi ma pote d’enfance avec qui j’ai fait les 400 coups ! 
 
Je vous passe les signatures d’email à double nom alors qu’un seul être clapote derrière son écran, et autres joyeusetés du même ordre…
 
Bref, la liste est longue mais vous aurez compris l’énigmatique procédé : par une étrange et mystérieuse opération du Saint Couple, le "Je" a été relégué aux oubliettes, et remplacé sans vergogne par son petit escroc de compère le "On" qui n’hésite pas à s’immiscer dans toutes les relations UNI-personnelles que vous aviez auparavant avec les dites personnes. Tout cela est loin derrière eux, leur existence s’est oubliée, fondue, dissoute dans le "Je" de l’autre…et c’est bien dommage car loin de vouloir philosopher, si le couple reste une formidable et superbe invention qui représente pour beaucoup une source de réel équilibre et épanouissement, il me semble évident qu’il est d’autant plus riche que les deux entités affirment et clament haut et fort leur propre identité unique et originale. Chacun de ces "Je" peuvent ainsi se compléter, se contrecarrer, s’adorer, se détester, échanger, communiquer, s’aimer, se respecter, se cajoler, plutôt que de choisir la facilité de s’abandonner au "On" escroc lisse et sans âme…
 

>Retrouvez Mam’zelle Sou sur son blog > www.mamzelle-sou.com


Partager sur :

Vous pourriez aimer...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

NOUVEAUX.LLES LEADERS N°48

CONNECT & FOLLOW