LE CINEMIX DU 9 MAI


 
Cette semaine dans les salles obscures, un rendez-vous inoubliable avec un vampire, un voyage avec une bande de baroudeurs retraités, des rencontres amoureuses sur internet et une quête de l’amour maternelle.
 
> Le coup de cœur de la semaine
 
THE DARK SHADOWS, de Tim Burton ♥♥♥♥
 
L’horloge vient s’arrêter brusquement pour saluer et savourer le temps de son nouveau film un retour aux fondamentaux, à la démesure de ce génie moderne, à l’empreinte singulière de ce qui fait son cinéma : Tim Burton revient, libéré et inspiré. Fan de la première heure de la série télévisée populaire des années 60 Dark Shadows, c’est tout naturellement que Tim Burton décide d’en faire une sorte d’adaptation cinématographique.  The Dark Shadows devient ainsi une œuvre à part entière, ouvertement hantée et inspirée par l’esprit du feuilleton mais radicalement novatrice et tout public (une lecture ainsi possible aux avertis voire fidèles de la série tout comme pour les non initiés).
 
Un pari fou justement relevé par la force de l’univers burtonien, son exubérance, sa mise en scène magique, son esthétisme à l’héritage certain et ses fidèles compagnons de route (Johnny Depp, Helena Bonham Carter). Artistiquement riche, The Dark Shadows, parvient à mêler genres, codes et époques à travers une valse à la fluidité et à la technique sereine. L’histoire nous propulse dans un conte aux allures sombres et gothiques maintenu entre deux époques. Celle d’un homme de pouvoir, dans les années 1800, écorché vif et coureur de jupons invétéré, qui devient vampire malgré lui, enterré vivant suite au sortilège d’une ancienne conquête au cœur meurtri. Ce n’est que deux siècles plus tard que le cercueil sort de terre pour le ramener à la vie, le projetant face à ses héritiers et à cette même sorcière qui, toujours présente, continuera à le condamner de ses faits passés.
 
Véritable romance à l’allure dramatique alliant vengeance, honneur et famille, une destinée attachante et tragique au pouvoir humoristique décapant. The Dark Shadows recense et ce, jusqu’au moindre détail tout ce qui fait de Tim Burton ce qu’il est en tant que réalisateur et de ses films, des produits inclassables. Le film révèle l’incroyable profondeur de ses personnages (notons les très belles performances d’Eva Green et de Michelle Pfeiffer), de ses intrigues, de ses décors époustouflants dévoilés par chacun de ses mouvements de caméra dont l’importance n’est jamais négligée.
 
Pour qui ? Les Paulette et les Georges inconditionnels de Tim Burton et tous ceux qui aiment le cinéma (le vrai), tout simplement.
 
 
> Les autres sorties de la semaine
 
INDIAN PALACE, de John Madden ♥♥♥   
 
Bienvenue au cœur de la province Indienne du Rajasthan où un ancien palais royal à l’abandon se transforme en résidence de fin de vie pour retraités britanniques. Sur la brochure publicitaire, le Marigold Hotel semble tenir toutes ses luxueuses promesses mais la réalité ne peut, bien entendu, être aussi fastueuse.
 
L’ingénieux chorégraphe de cette épopée libératrice du troisième âge n’est autre que John Madden (réalisateur de Shakespeare in love, notamment). Indian Palace, adaptation cinématographique d’un roman (These foolish things, de Deborah Moggach) se révèle bien plus cocasse et adroit qu’il n’y parait. La subtilité de traitement de sa cohabitation principale en premier lieu. Soit confronter le sujet de la vieillesse, de la solitude, du deuil et du placement de fin de vie à celui du choc des cultures à travers un monde riche de saveurs, de couleurs, de croyances et de dynamisme. L’aventure d’une vie peut ainsi débuter au moment même où certains pensaient ne plus pouvoir s’émerveiller et faire face à de nouvelles sensations. Renaître avant de croiser le chemin de la faucheuse, n’accepter la notion de fin que lorsque tout est vraiment arrangé, autant de changements et de nouvelles directions inespérées pour ces pensionnaires particuliers.
 
L’histoire parvient brillamment à surmonter l’effet naphtaline par sa teneur humoristique. Indian Palace jouit d’une dérision typiquement british, d’une finesse d’écriture, d’un rejet propice d’une certaine fatalité, de son casting chevronné et décapant (Judi Dench, Bill Nighy, Penelope Wilton, Dev Patel, Celia Imrie, Ronald Pickup…). Une mention très spéciale au merveilleux chef d’orchestre interne, Dev Patel, en jeune et ambitieux maître d’hôtel à la sympathie communicative et digne représentant combatif d’une jeunesse en désaccord avec les traditions parfois dépassées son pays. Conte moderne d’une beauté simple et maîtrisée, réelle ode à la vie, Indian Palace est un film attendrissant, réjouissant, provocateur de sourires, tout sauf un produit pour vieux grincheux en somme.
 
Pour qui ? Pour les Paulette et les Georges, peu soucieux de vraiment connaître la fin d’une histoire.
 
 
CHERCHER LE GARÇON, de Dorothée Sebbagh ♥♥
 
Apprentie cinéaste et ancienne étudiante à la Femis, Dorothée Sebbagh est une battante. Chercher le Garçon devient son premier film, un projet né d’une rage folle de concrétiser enfin son envie de long métrage. Une quête de l’amour contemporaine, pleinement immergée dans les méandres d’un conflit perpétuel entre une ère 2.0 à l’activisme aigu et la mémoire d’une fillette emplie de contes au mythe immuable du prince charmant.
 
Avec humour et dérision, Chercher le Garçon nous plonge dans l’univers d’une trentenaire célibataire et prête à tout pour changer la donne. Les rendez-vous s’enchaînent et l’improvisation s’active. Dans sa première partie, Chercher le Garçon s’empare d’une agréable fraicheur. Une réjouissance pourtant de courte durée lorsque la dynamique s’effondre en fin de film. Largement inspirée par une mise en scène de genre, Dorothée Sebbagh ne parvient pas à s’émanciper de son approche au mimétisme boiteux d’un cinéma digne de la nouvelle vague. Hommage ou non, le caractère brouillon de son essai inflige également à ce film un sentiment de négligence et d’inachevé. Chercher le Garçon peine à décoller pleinement, un paradoxe devant l’énergie déployée par sa protagoniste principale pour trouver l’amour. Il y a dans Chercher le garçon une part de frustration naissante, presque inévitable en salle, l’impression pour le spectateur d’avoir été oublié, de n’avoir jamais existé dans la pensée de ce film. Se retrouver témoin d’une séduction quasi-boulimique et ne pas se laisser ou se voir séduire en retour, une situation qui demeure gênante. Sophie Cattani reste toutefois une belle surprise, une rencontre au profil authentique, emplie de nuances en femme pleine de vie, avec un cœur débordant d’amour sans réellement savoir à qui le confier. Chercher le Garçon provoque, amuse parfois et offre une vision intimiste d’un cinéma à l’idéologie peu mature mais emplie d’ambitions. Un essai à saluer, un parti pris à respecter et à travers un hommage quasi-cartographique, une ville à découvrir, celle de Marseille et ses divers horizons.  
 
Pour qui ? Les Paulette et les Georges célibataires inscrits sur Adopte un mec ou Meetic !
 
 
MAMAN, de Alexandra Leclere
 
À la lecture du dossier de presse, le synopsis de Maman tient en une ligne. Et lorsque l’on visionne le film, on en vient effectivement à se questionner sur tant de longueurs pour si peu de propos. Constat effarant pour la réalisatrice Alexandra Leclere, qui, pourtant s’avère être également une scénariste de métier. Le peu d’encre qui s’est écoulée relève ainsi l’histoire de deux sœurs meurtries, s’alliant dans leur malheur à l’organisation d’un kidnapping, celui de leur mère. Une complainte sous la forme prétentieuse d’un long métrage d’une lourdeur monstre. Avec l’élan d’une analyse étriquée du syndrome type "Allo, maman bobo", le film conquiert péniblement le territoire de la carence affective, des blessures enfantines, de la construction de soi et du passage à l’acte. Se voulant surprenant et grinçant, Maman chute rapidement vers une suite incontrôlée d’évidences. Le caractère régressif des souffrances de ses protagonistes aurait pu prétendre à créer une vraie césure de ton. Il n’en est rien. Le trio d’actrices s’enfonce progressivement, alourdit par sa direction et les dialogues grossièrement vides s’enchaînent dans une réalité augmentée digne d’un fantasme d’authenticité de sa réalisatrice. Maman songe un instant traiter d’un sujet dur, lourd, complexe, avant de survoler et de tomber dans le burlesque maudit, le théâtre de boulevard non prémédité. Bien présente mais pas à sa juste place, la souffrance envahit nos esprits, nos montres envisagent d’accélérer le temps, l’ennui s’empare d’une salle pourtant généralement conciliante. Seule Marina Fois, au talent indéniable, perce l’écran en presque futur mère et femme-enfant tiraillée par sa fragilité.
 
Pour qui ? Les Paulette et les Georges que le casting du film n’effraie pas juste à sa lecture.
 
 
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