LE CINÉMIX DU 31 OCTOBRE


Cette semaine dans les salles obscures, deux films sortent du lot, deux créations pas si loin des frissons d’Halloween, une virée électrique et une bombe venue du futur. Verdict. 

FRANKENWEENIE, de Tim Burton ♥ ♥ ♥
 

Frankenweenie, le nouveau film de Tim Burton vient envahir nos écrans ce mercredi et Paulette a eu le plaisir de suivre le réalisateur qui était à Paris pour assurer sa promotion. Avant première, masterclass et conférence de presse, l’occasion était donnée de mieux comprendre cette nouvelle création et son auteur.
 
Tim Burton est assurément un réalisateur que l’on ne présente plus, avec sa filmographie atypique il partage autant qu’il sème la curiosité depuis ses premiers essais. Cet inconditionnel des Cure et grand amateur de cinéma d’épouvante, a joué au jeu des questions/réponses avec les journalistes lors de son passage dans la capitale et s’est confié avec générosité. Une enfance ordinaire dans la banlieue de Burbank en Californie pour un gamin à l’imagination débordante, le réalisateur avoue s’être senti parfois en marge de ses camarades de classe, trouvant souvent l’attitude de ces derniers un brin étrange. Une perception enfantine qu’il s’entache à retranscrire au mieux dans ce nouveau film et plus globalement un travail de mémoire personnel auquel son cinéma n’échappe jamais. Tim Burton avoue ne jamais s’être senti l’âme rebelle mais son amour précoce pour les films d’horreur et ses bricolages créatifs (réalisation de films super 8, passion pour le dessin…) sont assurément venus appuyer sa différence.
 

Photo d’Emilie Meunier
 
L’apprenti cinéaste s’est forgé dans l’observation, un peu incompris par des professeurs imposants, il se rêvait alors une carrière de scientifique fou ou convoitait de jouer un jour le rôle de Godzilla en costume. Des aspirations loufoques pour un personnage aux milles facettes, devenu un adulte emphatique aux allures timides qui assure défendre et faire en sorte que rien ne tombe jamais dans l’oubli. Une philosophie qui le pousse à croire que chaque parcelle de l’inspiration s’émancipe d’un souvenir, un homme qui concède rêver en noir et blanc, autant de nuances qui rendent son cinéma si particulier. Peu discipliné dans son travail, le réalisateur aspire à se renouveler en se donnant le temps, celui pour ne rien faire, celui pour écouter, regarder, s’enrichir à sa manière. Bien loin du tapage, très peu connecté à internet, jamais sur Twitter, Tim Burton affine sa créativité dans le calme.
Celui qui a signé ses débuts professionnels comme animateur pour les studios Disney, après s’en être fait remercié au milieu des années 80, collabore aujourd’hui avec la compagnie pour la deuxième fois sur un projet de long métrage. Frankenweenie devient ainsi la nouvelle version d’un court métrage du même titre de l’auteur en prises de vues réelles de 1984, déjà financé à l’époque par Disney mais jugé beaucoup trop sombre. La reconnaissance du travail du réalisateur aidant, ce dernier a pu ressortir ce vieux projet, s’atteler à de nouveaux croquis, avoir gain de cause et position de force quant à ses aspirations pour ce nouveau film. Tim Burton a alors désiré revenir aux fondamentaux, à l’animation image par image et au noir et blanc. Choisissant d’utiliser également la 3D pour plus de profondeur, le réalisateur affectionne la résonance de cette version, plus pure et sincère. Le stop-motion s’affichait ainsi comme seule alternative, l’idée de créer à partir de rien, de donner vie à une marionnette, Tim Burton assume avec audace son amour du fait maison et celui pour Frankenstein.

Frankenweenie a été tourné dans l’est de Londres et s’est avéré un processus très long. Quand certains plans se sont articulés en une semaine, le film lui s’est réalisé en autant de temps qu’il a fallu pour assurer la construction du stade olympique. Troisième long métrage d’animation image par image réalisé par Tim Burton, Frankenweenie se déroule dans une ville de banlieue imaginaire des années 70, New Holland. L’histoire est celle de Victor, un enfant qui perd subitement son chien Sparki, écrasé par une voiture. Inconsolable, Victor décide de ressusciter le cadavre de son fidèle compagnon en expérimentant ses cours de sciences. Très touchant, à tendance autobiographique et pas vraiment destiné qu’aux enfants, Frankenweenie revient sur de nombreux thèmes inhérents au cinéma de Tim Burton. La critique d’un conformisme ambiant, la bêtise d’une pensée unique, le traitement marginal de la différence, la cruauté des enfants, l’approche de la mort. Un panel de gueules, de personnages et de monstres pour venir servir un récit peu novateur mais jouissant d’une nostalgique poésie et d’une succession d’hommages aux classiques du cinéma d’horreur.
 
LOOPER, de Rian Johnson

Troisième film du réalisateur Rian Johnson, Looper croule sous les critiques dithyrambiques de la presse outre atlantique et risque de faire l’effet d’une bombe à sa sortie française. Désigné comme un surdoué, Rian Johnson se risque avec ce film à un curieux mélange des genres (thriller, SF, film d’action, western) sans jamais suffoquer. Expérimenter, s’influencer ouvertement en gardant l’audace de celui qui ne se fait jamais prendre, qui ne se retrouve jamais emprisonné dans une case. Rian Johnson se joue du temps autant que des codes et signe avec ce film une boucle sans fin, un tour malin dont seul une belle plume relève la magie. La clef de ce film réside ainsi dans son scénario complexe, un ingénieux voyage à travers les années, jamais paresseux mais toujours respectueux d’offrir un rythme cohérent à ses différentes phases.
L’histoire se joue d’un envoi sans retour, dans un futur proche où voyager dans le temps est possible mais totalement illégal, la mafia brave les interdits et utilise ce procédé pour envoyer valser ses victimes trente années en arrière afin de les faire disparaître du paysage. Dans le passé et une fois à bon port, ces victimes sont ainsi attendues et soigneusement exécutées par des tueurs (nommés Loopers). L’enjeu pour ces tueurs du passé réside dans la capacité à ne jamais laisser filer une victime, pour autant qu’en est-il lorsque l’on se retrouve face à son moi futur ?

C’est de ce cas dont notre duo de choc va faire l’expérience. Joseph Gordon-Levitt excelle en Joe du passé, tueur égoïste et arriviste, tandis que Bruce Willis retrouve sa forme légendaire dans le rôle de Joe du futur. Cette virée dans le passé sera l’occasion pour Joe du futur de régler ses comptes et d’essayer de changer la donne. Looper est brillant, abordant avec justesse et ambition le temps qui passe, les erreurs, la fatalité, la vengeance, la maturité de l’homme, l’importance de l’amour ou de la famille. L’œil et l’esprit de Rian Johnson sont vifs, Looper s’engage comme une tempête déferlant avec culot et génie, une réalisation effrontée qui déborde d’idées, le coup de frais tant attendu, soyez à l’heure.

> Retrouvez Emilie sur son blog et suivez la sur Twitter @le\_contretemps
Partager sur :

Vous pourriez aimer...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

NOUVEAUX.LLES LEADERS N°48

CONNECT & FOLLOW