LE CINÉMIX DU 25 AVRIL

Cette semaine, on court, on fuit, on vient se cacher dans les salles obscures pour mieux se retrouver et sauver sa peau.

> Le coup de cœur de la semaine

TYRANNOSAUR, de Paddy Considine
♥♥♥♥
Loin d’afficher un paysage tout droit tiré d’un documentaire sur les dinosaures et la période géologique du crétacé, Tyrannosaur trouve pourtant sa force dans ses racines. Des origines ancrées dans la roche, calcaires, des dépôts crayeux, autant d’ancestrales couches sur lesquelles la Grande Bretagne vient s’endormir. Avec un choix de traitement contemporain, le réalisateur Paddy Considine entame une fouille dramatique, à l’ardeur et à la lucidité déconcertante, des classes sociales.
Le cinéma britannique, éminent routinier de sa tendance à hiérarchiser un peuple à l’extrême, puise dans ses inégalités une richesse à l’adaptation du genre. Abordée sous la forme d’une malignité incurable ou presque, la souffrance de l’être devient dans ce film la source inépuisable de questionnements.
Une doctrine existentielle enrayée par un climat angoissant où tremblent harmonieusement philosophie, attraits religieux, refuges et rude réalité.
Tyrannosaur annonce sa férocité et sa souffrance dès ses premiers pas. Rares sont les œuvres, adaptées d’un format court (Dog Altogether), qui réussissent le pari d’envahir pleinement l’écran d’une noirceur froide et d’une rage aussi profonde. La détresse des personnages n’incite pourtant pas la pitié comme l’on pourrait l’imaginer car l’ingéniosité du scénario et sa sincérité poussent à ressentir une certaine forme de respect. Révérence ainsi faite face à cette bataille menée de front, ce long combat où l’espoir, même infime, d’être entendu, compris et épaulé règne, cette lutte pour retrouver sa nature et sa légèreté.
Les acteurs principaux forment un étrange duo frappant d’efficacité et livrent à travers ce film une réelle performance. Peter Mullan, veuf solitaire et fauché, illustre à la perfection cette colère subie préférant la vengeance à la justice, la brutalité animale d’un être roué d’humiliations, l’autodestruction et l’alcoolisme.
Olivia Colman, gérante d’une boutique, généreuse et croyante, violentée par son mari et affichant un effarant masque sociale, s’approprie fidèlement le calvaire quotidien d’une femme et son mutisme. Tyrannosaur retrace une rencontre entre deux classe sociales, une amitié quasi magnétique entre deux survivants, le portrait d’une génération d’oubliés ou trop souvent épinglés par le cinéma.
Pour qui ? Les Paulette et les Georges les plus téméraires, ceux qui n’ont jamais eu peur de se prendre une claque.
 
> Les autres sorties de la semaine
AVÉ, de Konstantin Bojanov ♥♥♥
Un premier long métrage de Konstantin Bojanov, plasticien et cinéaste bulgare, jouissant d’une beauté pure et nomade. Sous la forme d’un récit initiatique, Avé nous transporte à travers une structure libératrice du cinéma. Avec un scénario ouvertement inspiré de la vie de son auteur, ce film résonne d’une grande et vulnérable sincérité. C’est au croisement des trajectoires de deux jeunes auto-stoppeurs que débute réellement l’histoire d’Avé. Deux âmes mouvantes et déracinées affrontant chacune en leur temps l’ultime épreuve de la mort. Ovanes Torosyan endosse franchement la peine de son personnage, un jeune étudiant sur la route se rendant en solitaire aux obsèques de son meilleur ami, dont il apprend le suicide quelques jours auparavant. Angela Nedyalkova, surprenante de naturel dans le rôle d’une jeune fille, fuyant des différents familiaux, au chagrin rayonnant, à la constance mythomane et à l’innocence flagrante. Ce voyage devient dès lors une aventure commune, celle d’une jeunesse furieuse, d’un couple d’opposés à l’amour manifeste naissant.
 
Konstantin Bojanov parvient à diriger et à sous-tirer de ses acteurs une belle alchimie et une spontanéité nuancée d’indispensables frustrations. Très épuré dans son esthétisme et son montage, Avé trouve ses repères et sa profondeur dans la suite d’un itinéraire et de ses tournures inattendues. Chaque arrêt ou événement dramatique rencontrés comptent alors comme autant d’étapes nécessaires dans le processus de construction de ces jeunes. Des épreuves qui les marqueront à vie, changeant subtilement leur approche et leur vision du monde, alimentant leurs personnalités et leur force intérieure. Konstantin Bojanov nous livre avec toute sa bienveillance, un film à la saveur intemporelle, une tranche de vie de qualité qui émeut sans brusquer. 
     
Pour qui ? Les Paulette et les Georges qui aiment rouler sans GPS.
THE AVENGERS, de Joss Whedon ♥♥
Le rendez-vous pris, The Avengers est, pour sûr, un des films les plus attendus de cette année. La réunion inespérée et colossale, pour les plus assidus des projets de Marvel, d’une brochette de super-héros, sous l’égide de Joss Whedon (qui n’est autre que le créateur de la célèbre série Buffy contre les vampires).
Véritable blockbuster, The Avengers s’entache à réunir tout ce que peut demander le spectateur en quête de divertissement en s’octroyant même l’exploitation du film en 3D. Il devient ainsi imparable d’ajouter le terme "super" en préfixe à tous ses fondements. The Avengers bénéficie ainsi d’images de synthèses super-époustouflantes, d’un super-casting (Robert Downey JR, Scarlett Johansson, Chris Evans, Mark Ruffalo, Samuel L. Jackson..), de super-explosions, de super-cascades…
La liste semble longue tant les moyens mis en œuvre pour ce film paraissent faramineux et quelques peu déplacés. Effet galvanisant pourtant garanti pour les fans, qui trouveront en The Avengers un film fourmillant de références et d’affrontements. Pour le reste des spectateurs, l’approche reste toutefois plus complexe durant les 2H22 de ce film.
La finesse n’étant pas le maître mot du scénario, la démarche de l’efficacité à travers une trame simpliste parait ici plus appropriée. L’histoire se déploie progressivement, en émettant tout d’abord les spécificités de l’objet de la menace planant sur la terre puis en procédant à la présentation et à la quête de l’aide de ces ultimes sauveurs.

Les forces s’unissent ainsi malgré les égos surdimensionnés et les réticences de certains personnages, ce qui donne évidemment suite à des dialogues et à des séquences à l’humour certain. The Avengers vient s’équilibrer en apportant également à ses super-héros une facette aux failles humaines et nécessaires. L’univers de Marvel comics s’offre ainsi avec The Avengers une nouvelle jeunesse. Un défi au corps explosif et à l’action en artère principale. De quoi faire chavirer les cœurs de certains quand d’autres frôleront l’attaque.      

Pour qui ? Les Paulette et les Georges les plus geeks et super-héros dans l’âme.
Voir la bande-annonce



TUE-MOI, de Emily Atef
Avec ce titre coup de poing, la réalisatrice Emily Atef, vient avec aplomb cueillir le spectateur, l’effrayer et l’intriguer. Sentiments vite estompés qui finissent par ouvrir, à contre-coeur, la voie à une vive déception. Maintenir l’attention n’est pas chose facile et l’attrait ressenti initialement envers ce film s’essouffle. L’histoire, pourtant et en son fond, bien plus énigmatique qu’elle ne le paraît, ne réussit pas à sauver le film d’une suffocation de mise en scène.
 
Fébrilement, Tue-moi dispose ses cartes. La rencontre hasardeuse et salvatrice entre deux protagonistes, celle d’une adolescente suicidaire et d’un prisonnier quadragénaire en cavale. Le pacte est simple, elle l’aidera à s’enfuir s’il lui promet en retour de la pousser d’une falaise. Cette envie naïve d’en terminer avec la vie face à cette course vers une liberté amputée reste le duel essentiel de ce film. La fuite de cet étrange binôme se construit ainsi autour d’un mélange de codes de différents genres cinématographiques (road-movie, thriller, drame…). La relation entre ces deux personnages évolue progressivement, les cœurs et les corps s’ouvrent timidement, l’humanité l’emporte sur leur animalité respective. Les rares dialogues révèlent des souffrances communes, des passés familiaux difficiles, un manque affectif certain. La métamorphose des protagonistes s’applique en douceur, l’omniprésence de la nature les ramène à l’essentiel. Leur voyage devient contemplatif, initiatique, la mort symbolique et la vie retrouve ses promesses.
 
Tue-moi n’est définitivement pas un mauvais film mais le manque d’énergie épuise. Les acteurs subissent leur rôles, Maria Dragus peine à surmonter sa transparence et Roeland Wiesnekker, tente de rattraper la profondeur inhérente à son rôle et qui échappe à son jeu. Sans doute l’effondrement d’un château de cartes construit sur des bases tremblantes. Emily Atef semble choisir le chemin d’une simplicité et de l’évidence d’une trame narrative négligeant l’appui rythmique d’une peur, le souffle haletant d’une fuite en avant et la complexité psychologique d’une renaissance. L’attente constante laisse place à une lassitude, une histoire grisante, estropiée, mollassonne, faisant preuve d’un gâchis déconcertant.
 
Pour qui ? Les Paulette et les Georges amoureux de la nature et de marche à pied.
Voir la bande-annonce 
 
 
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