LE CINEMIX DU 2 MAI


Dans les salles obscures cette semaine, honneur aux femmes, en sursis, sous influence ou emmurées, Laura, Renée et Barbara. Quant à l’homme, il fait bien pâle figure, disparaissant sous les crissements de pneus et les tôles éclatées.  
 
> Le coup de cœur de la semaine
 
WALK AWAY RENE, de Jonathan Caouette ♥♥♥
 
Sept ans après l’acclamé Tarnation, Jonathan Caouette réalise un nouveau documentaire autobiographique s’apparentant cette fois à un road-movie. Il entreprend avec sa mère un voyage du Texas à New York pour la placer dans une maison d’accueil proche de chez lui. Atteinte de schizophrénie et bipolarité, et ayant subi des électrochocs depuis ses douze ans, Renée LeBlanc tenait déjà une place prépondérante dans Tarnation.
 
Sur un procédé déjà éprouvé dans ce dernier, Walk Away Renée se nourrit d’images du passé,   vidéos ou photos, parfois les mêmes que dans son premier documentaire, Jonathan Caouette privilégie cependant le présent, une certaine réalité brute, et les retours dans le temps ponctuant le film ne l’asphyxient pas. Le montage, très maîtrisé et rythmé par la musique, offre davantage de respiration et le réalisateur, lui aussi à l’écran, se concentre sur sa mère, sa relation avec elle, son extrême souffrance. S’il émanait de Tarnation une urgence, un besoin viscéral d’images comme exutoire, Jonathan Caouette semble ici plus apaisé. Certes, la vérité de la situation demeure douloureuse, Walk Away Renée témoigne de l’intime sans complaisance, une impudeur qui met parfois mal à l’aise, mais c’est comme si le fils se devait de filmer sa mère pour lui dire tout son amour, et ce documentaire émeut sensiblement, ainsi que Renée, qui se fraie un chemin en nous.
 
Pour qui ? Pour les Paulette préférant le cinéma vérité à la télé réalité.
 
Les autres sorties de la semaine
 
MISS BALA, de Gerardo Naranjo ♥♥♥
 
Concourant pour le titre de Miss Tijuana, Laura est témoin d’un règlement de compte violent dans la discothèque où elle avait rejoint une amie. Sans nouvelle de cette dernière et terrifiée, elle se rend à la police pour déclarer sa disparition. Elle est alors livrée directement à l’homme responsable de la tuerie et pour rester en vie doit exécuter pour lui des missions.
 
Réalisé avec brio, traitant la violence inhérente au milieu sans la glorifier, le film est une plongée réaliste dans un Mexique gangrené par les cartels et la corruption. Pas de glamour ici, ni d’héroïsation, juste une jeune femme qui tente désespérément de rester en vie. La mise en scène épouse le point de vue de Laura et c’est par elle que nous sommes immergés dans ce milieu, partageant par là sa terreur. La jeune Stephanie Sigman est de tous les plans ou presque et sa performance allie intensité et vulnérabilité. Si l’on ressent parfois quelques longueurs, elles n’entachent pas pour autant la qualité de ce thriller propulsifsur fond de misère sociale, dans ce concours de Miss réside vraisemblablement l’unique possibilité de vaincre la précarité, et le Mexique donné à voir dans Miss Bala est sombre et sans espoir, même si le réalisateur libère Laura dans la lumière.
 
Pour qui ? Les Paulette qui se fichent des paillettes et des couronnes.
 
BARBARA, de Christian Petzold ♥♥♥
 
Dans l’Allemagne divisée de 1980, Barbara, chirurgien-pédiatre à Berlin Est, est mutée en Province car elle est soupçonnée de vouloir passer à l’Ouest. Son amant qui y réside prépare son évasion, mais Barbara est troublée par le médecin chef, André, très attentionné envers elle.  

Avec son sixième film, Christian Petzold restitue avec talent cette période où leslibertés étaient cloisonnées, l’oppression constante et la méfiance à tous les coins de rue. Barbara, logée dans un appartement miteux, sera plusieurs fois soumise à des fouilles, corps inclus. Récompensée par l’Ours d’Argent au dernier Festival de Berlin, la mise en scène, sobre et intelligente, souligne souvent l’idée d’emprisonnement et de solitude. Les paroles, rares et quasi murmurées, surtout ne pas se faire entendre, et les regards entre Barbara et André, nombreux et scrutant l’autre, cherchent à le sonder, le danger rôdant partout, les yeux des autorités aussi. La confiance en effet ne se s’accorde pas facilement, voire pas du tout. Nina Hoss, collaborant pour la cinquième fois avec le réalisateur, offre une interprétation toute en intériorité et en nuances à la hauteur de ce film subtil et profond. Avec ses couleurs chaudes, Barbara se veut plus qu’un portrait de femme très réussi, c’est aussi celui de l’Allemagne de l’Est.
 
Pour qui ? Les Paulette qui aiment l’art de la retenue.
 
SANS ISSUE, de Mabrouk El Mechri
 
Will Shaw, la trentaine, rejoint ses parents et son frère en Espagne pour quelques jours de vacances sur leur voilier. Mais la croisière tourne rapidement au cauchemar, la famille du jeune homme est kidnappée et pour la sauver il se lance dans une course effrénée.
 
A l’affiche de Sans Issue, Bruce Willis, bien que dans un rôle minime, et Sigourney Weaver, les inoubliables John McClane et Ellen Ripley, respectivement dans Die Hard et Alien. Des comédiens qui ont auparavant incarnés des rôles très physiques et convaincants dans ce genre. Or voilà, c’est bien d’un manque d’incarnation dont souffre le film de Mabrouk El Mechri. Henry Cavill, le héros, pas à son aise et tout en grimaces, ou ses partenaires écopant de personnages sans saveur, ils peinent tous considérablement à leur donner épaisseur et semblant de crédibilité. Ils ne sont certes pas aidés par un scénario improbable et des dialogues creux, une direction d’acteurs inexistanteet une mise en scène peu inspirée, avec au passage un placement de marques bien appuyé. Un film d’action qui ne parvient même pas à divertir, dommage.
 
Pour qui ? Pour les Paulette prêtes à emprunter l’issue de secours.
 
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