LE CINÉMIX DU 18 JUILLET


Cette semaine, un cinémix 100\% féminin ! En haut de l’affiche, des femmes de tous âges, de toutes classes, d’ici ou d’ailleurs, qui sauront vous conquérir et vous ravir, ou pas, avec leurs histoires et leurs univers résolument différents. 
 
> Le coup de cœur de la semaine
 
HISTORIAS, LES HISTOIRES N’EXISTENT QUE LORSQUE L’ON S’EN SOUVIENT, de Julia Murat ♥♥♥♥
 
À Jotuomba, au Brésil, Madalena se lève tous les matins, alors que l’obscurité dehors est encore dense, pour préparer le pain qu’elle amène à la boutique d’Antonio, avec qui elle boit un café. Elle se rend ensuite à l’église pour écouter le sermon du prêtre, nettoie la porte du cimetière fermé et déjeune en compagnie des autres habitants. Le soir enfin, elle écrit à son mari défunt. Le même rituel, chaque jour, effectué le vague à l’âme. Jusqu’à l’arrivée d’une jeune photographe, Rita.
 
Dans cette ville quasi fantomatique délaissée par la modernité, le temps semble s’être arrêté. Ce lieu, personne n’y vientplus, les voies de chemin de fers sont désertes, restent seulement ces personnes âgées, chacune tenant un rôle précis et déterminant au sein de la communauté. La réalisatrice pour son premier long-métrage nous donne à voir un monde qui n’existe plus, à l’abandon, et que la photographe vient capter. Des vestiges de ce qui n’est plus, a disparu, mais également ce qui subsiste, comme les visages de ceux qui sont là, encore. Encore, car depuis que le cimetière est fermé, personne ne meurt, ou plutôt « on oublie de mourir ici », comme l’explique Antonio.
 
On touche ici au registre du réalisme fantastique, bien que l’approche de Julia Murat tende également vers le documentaire. Formellement, le film se compose presque exclusivement de plans fixes souvent similaires à des photographies, dont les clichés en noir et blanc pris par la photographe, à l’exception parfois de ceux avec Rita. Le mouvement de la caméra se fait alors délicat. Les cadres sont beaux, les personnages occupent parfaitement l’espace, le hors-champ étant également sollicité, et la lumière naturelle offre des plans aux contrastes magnifiques, les scènes nocturnes étant éclairées par de simples flammes. Si elle nous montre les mêmes gestes de Madalena, ce quotidien répété à l’identique,la cinéaste le fait à chaque fois différemment, variant les angles et les valeurs de plan, se rapprochant de la vieille femme jusqu’à la filmer au plus près, et nous en dit toujours un peu plus. Madalena, incarnée avec finesse par Sonia Guedes, porte en elle une lassitude et vit dans ses souvenirs, dansl’attente de cette mort qui ne vient pas et qui l’effraie malgré tout. Elle va s’animer en la présence, discrète, de Rita, les deux femmes s’apprivoisant petit à petit jusqu’à partagerune belle relation. La scène du portrait photographique, lorsque Madalena se met littéralement à nu, bouleverse par la grâce et la pureté qui en émanent. Beau et subtil, Historias est un film sur le temps qui passe, la mort et la transmission, empli de mélancolie, de nostalgie, qui nous touche par son humanité et sa profondeur. Il s’immisce en nous et nous envoûte, comme le visage de Madalena.
 
Pour qui ? Les Paulette en quête de délicatesse.
 
 
> Les autres sorties de la semaine

TROIS SOEURS, de Milagros Mumenthaler ♥♥♥
 
À Buenos Aires, trois jeunes soeurs vivent seules dans une grande maison. Leur grand-mère qui les a élevées est décédée il y a peu et elles réagissent différemment à cette perte. Marina, tout en se concentrant sur ses études, s’occupe du foyer, Sofia sort beaucoup, et Violeta, apathique, se traîne du salon à la chambre.

Il se dégage du film une atmosphère pesante, les protagonistes subissant certes la chaleur estivale, mais c’est surtout la disparition de la grand-mère qui les accableet influent sur leurs relations, relativement tendues et distantes. En effet, leurs rapports restent superficiels, ne partageant que le stricte minimum, chacune éprouvant seule et en silence sa souffrance. Les dialogues échangés relèvent de l’anecdotique, car l’essentiel finalement ne peut être extériorisé. Pendant un certain temps, la réalisatrice ne nous donne aucune explication, on apprendra en effet plus tard pour la grand-mère. Elle laisse par ailleurs le spectateur libre d’interpréter les nombreux non-dits qui rôdent mais ne sont jamais révélés ni même effleurés, comme par exemple la mort des parents et on pense alors à la dictature. Les trois sœurs nous sont données à voir uniquement dans la maison et jamais, excepté le premier plan et le jardin, on n’en sortira. Nombreux sont les plans des pièces vides et des objets, évoquant ainsi l’absence de ceux qui ne sont plus là et ce passé encore trop présent. Milagros Mumenthaler fait preuve d’une réelle maîtrise pour son premier long-métrage qui dépeint avec une infinie pudeur l’absence, le deuil, la vie qui reprend son cours etl’enfance désormais révolue. La réalisatrice possède un vrai sens du cadre et utilise parfaitement le décor et l’espace, jouant avec la profondeur de champ, et dirige avec talent les jeunes comédiennes qui proposent une interprétation toute en retenue. Cette retenue justement imprègnetout le film, à l’image des émotions des trois sœurs. Pourtant, l’écoute d’une chanson va leur permettre véritablement d’exprimer ensemble leur chagrin ; une scène très émouvante.
 
Pour qui ? Pour les Paulette sensibles à la langueur. 
 
LAURENCE ANYWAYS, de Xavier Dolan ♥♥
 
Fred et Laurence, couple fusionnel et très complice, s’aiment inconditionnellement. Des âmes soeurs, pourrait-on dire. Lorsque Laurence annonce à sa compagne son désir, ou plutôt son besoin désormais vital, de changer de sexe et de devenir enfin la femme qu’il a toujours été, Fred décide de l’accompagner dans sa démarche.
 
S’étirant sur 2h40, Laurence Anyways déroulelesdix ans de la vie de Fred et Laurence – prénoms à la fois masculin et féminin. Un projet résolument ambitieux. Bien que questionnant l’idée de la norme et du genre, Xavier Dolan se concentre sur l’impossibilité pour ces deux personnages à être ensemble, malgré leur amour et l’irréductiblevolonté d’y croire. En dépit de sa durée, l’on ne s’ennuie pas, mais plus de concision n’aurait pas nui au film. En effet, il ne souffrirait pas de l’absence de certaines séquences et on a le sentiment qu’il se répète dans ses intentions. Si le scénario et les dialogues révèlent parfois quelques naïvetés, le jeune cinéaste québécois dessine avec justesse le portrait de Laurence. Déterminée et néanmoins vulnérable, Melvil Poupaud l’incarne tout en intériorité et sensibilité. Suzanne Clément, remarquableFred, s’investit corps et âme dans son personnage, les émotions toujours à fleur de peau. Ils sont entourés de comédiens à la présence incontestable, comme Nathalie Baye, froide et distante, voire dure, dans le rôle de la mère d’abord trop engoncée dans ses propres problèmes pour soutenir son fils. Le talent ainsi que l’aisance de Xavier Dolan relèvent de l’évidence : les cadres sont parfaits, à l’instar de la direction artistique, et les plans, pour beaucoup frontaux, qui rappellentle cinéma de Fassbinder, très travaillés et souvent superbes. Le réalisateur ne lésine pas non plus sur les effets – ralentis à foison et musique très forte.Si certaines scènes frappent par leur beauté ou l’émotion qu’elles suscitent, on passe un peu à côté de cette histoire d’un amour impossible.
 
Pour qui ? Pour les Paulette appréciant les histoires d’amour qui finissent mal en général. 
 
BOWLING, de Marie-Castille Mention-Schaar ♥
 
Catherine, DRH parisienne, est envoyée à Carhaix, en Bretagne, pour restructurer l’hôpital et à terme fermer la maternité qui ne fait plus de profit. Alors qu’elle doit mener sa mission à bien, elle se lie d’amitié avec Mathilde, sage-femme, Firmine, puéricultrice, et Louise, propriétaire du bowling de Carhaix. Elle les rejoint dans leur équipe de bowling en vue de gagner le championnat breton.
Sur le papier, le mélange de réalisme social et comédie pouvait séduire, qui plus est avec Catherine Frot à l’affiche. Malheureusement, le film compte trop de faiblesses pour convaincre. Le scénario manque de solidité et d’épaisseur, les dialogues sont maladroits et la mise en scène peu inspirée. Célébrant l’amitié ainsi que la solidarité, Bowling dresse le portrait de ces femmes combattant vigoureusement l’injustice, mais les personnages, aux prénoms parfois identiques à leur interprète, ont du mal à exister réellement. La direction d’acteur souffre d’imprécision et les comédiennes semblent parfois perdues. Il en résulte le sentiment d’inachevé et parfois d’invraisemblance.Dommage, car on sentunecomplicité entre les actrices, quelques répliques font mouche et certaines situations amusent, bien que timidement.
 
Pour qui ? Les Paulette qui veulent absolument voir un feel good movie.

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