LE CINÉMIX DU 13 JUIN


Cette semaine dans les salles obscures, notre cœur s’emballe en suivant les aventures d’un passionné et fait boom avec les coups durs d’un jeune couple, un conte à la neige pas si blanche et un jeune père en quête de réponses.
> Le coup de cœur de la semaine

JOURNAL DE FRANCE, de Claudine Nougaret et Raymond Depardon
♥♥♥♥
Qu’il soit cinéaste, photographe ou photojournaliste, Raymond Depardon reste un homme, avant tout, fou amoureux de l’image. D’une image fixe ou animée, authentique, singulière, à la fois messagère et curieuse. Réel passionné impulsif, il n’a de cesse de parcourir le monde depuis ses débuts dans les années 60. Tel un éternel insatisfait qui va, de sa qualité majeure qu’est l’écoute, rendre la parole à nombres d’images trop souvent assourdies. C’est de cette approche, de ce goût du travail, du voyage et du partage dont se nourrit Journal de France. Le film retrace avec pudeur et simplicité une partie de la vie de Raymond Depardon. Accompagné en son long par sa compagne Claudine Nougaret en narratrice principale, Journal de France s’engage fidèlement à recoller des morceaux d’une histoire éparpillée dans sa richesse. Ce patchwork, Raymond Depardon l’a longtemps désiré avant de laisser les soins du tissage aux mains de Claudine Nougaret, l’ingénieure du son qui, au delà d’être sa dame de cœur, travaille également à ses côtés depuis 25 ans.
 
Journal de France nous enveloppe, saisissant de douceur. Ses bouts de films, ses essais inédits nous emportent, entre le passé, ses débuts à la caméra, ses reportages et un presque présent où Raymond Depardon sillonne la France. Ce regard tendre se livre, s’inspire, s’insurge, s’oublie, s’amourache devant nos yeux. Sans s’engluer pour autant dans l’hommage, voire le constat passéiste, Journal de France trouve son récit et sa beauté dans la profondeur de ce personnage et ses rencontres. Ce charmeur rêvant d’emmener ses conquêtes dans le désert, ce loup solitaire fuyant la meute à sa guise, ce révolté n’ayant de cesse de se questionner sur les autres, les conflits, l’éthique et le rôle de son art. Tant de choses se cachent derrière cet épris de liberté, cet œil, cette oreille sensible aux silences et non aux jugements. Journal de France nous permet ainsi de franchir l’une des plus fine et intime frontière, celle située entre le regard de Raymond Depardon et l’appareil.

Pour qui ? Les Paulette et les Georges les plus sensibles à l’art de ce génie moderne.

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> Les autres sorties de la semaine

 
EL CAMPO, de Hernan Belon ♥♥♥
Le réalisateur argentin Hernan Belon réalise avec El Campo, son premier long métrage et un véritable tour de magie. Coup de force à la recette simple mais astucieuse qui s’avère à la fois efficace et stupéfiante. Aux allures de pèle mêle cinématographique, empruntant aux conventions du cinéma de suspense, fantastique voire d’épouvante, El Campo reste avant tout un drame psychologique.
La trame est simple, un couple de citadins décide d’emménager dans une maison en pleine campagne avec leur petite fille de deux ans. Une décision après laquelle plus rien ne sera comme avant. Les difficultés ne tardent pas, l’environnement pèse, leur nouvelle vie se construit sur un terrain glissant. El Campo place le quotidien à l’honneur et le film s’attarde patiemment sur chaque petit rien. Une succession de trop pour ce binôme pourtant si soudé, qui, devenu trop bancal, lutte dorénavant pour ne pas s’écrouler. Telles des souris de laboratoire, les protagonistes sont volontairement exposés sans pincettes. Brutale et sincère démarche du réalisateur s’acharnant à ne livrer que très peu de détails sur le reste de leur histoire. Une part de leur vie entièrement déconnectée, une phase idéale pour s’accorder sur ses envies réelles et ses aspirations personnelles. Les acteurs parviennent à nous toucher, à nous murmurer leurs inquiétudes, à éponger leurs reproches grâce à un jeu évolutif à la fine complexité. Quand la maison dont on a toujours rêvé pour sa famille devient le théâtre de bouleversantes, d’inattendues remises en questions.
 
Leonardo Sbaraglia, l’initiateur du déménagement, excelle en mari déboussolé et en père dévoué, rôle pour lequel il reçoit le prix d’interprétation masculine au festival international du film d’Amiens. Des affinités sont nées de ce trio, des liens forts et cela transperce l’écran, venant ainsi appuyer le caractère authentique de ce film. L’expérience du miroir, celui dans lequel on se découvre à nouveau, les révolutions d’une vie, celles dont on n’entend le sens que tardivement. L’amour décortiqué, dans ses doutes, ses dialogues, ses actes, ses pertes de confiance et dans l’arrivée d’un enfant. Faire face, El Campo ne leur laisse pas d’autres alternatives.

Pour qui ? Les Paulette et les Georges pour qui "l’amour est dans le pré" n’est qu’un concept télévisuel.

BLANCHE NEIGE ET LE CHASSEUR, de Rupert Sanders ♥♥

Nouveau look pour un nouveau film. Encore une variante du conte des frères Grimm sur nos écrans de cinéma cette année, seulement quelques mois après la relecture acidulée de Tarsem Singh. Aux commandes pour signer cette nouvelle relecture, Rupert Sanders, un petit génie du monde de la publicité, pour qui, Blanche Neige et le chasseur est le premier long métrage. Une grosse production hollywoodienne se voulant plus sombre que ses consœurs et visant un public toutefois plus adolescent qu’adulte. L’histoire de Blanche Neige et le chasseur peine à démarrer, rendant quasi inexistant cet essai de scénario original et le film se transforme vite en démonstration de style et de technique visuelle. La belle surprise arrive ainsi à travers une direction artistique clipesque bourrée d’effets spéciaux magistraux. La douce Blanche Neige interprétée par Kristen Stewart, transpire la mélancolie et la fragilité sans pour autant assurer réellement dans cette armure de guerrière que le film lui impose. Charlize Theron, en Reine hystérique, vient donc tout naturellement lui voler la vedette et s’égosiller comme jamais dans ses tenues hautes coutures. Blanche Neige et le Chasseur puise également ses références dans l’univers heroic fantasy et s’amuse à décortiquer les noirceurs de ce conte.
 

Sympathique mais peu convainquant au final, le réalisateur Rupert Sanders s’est peu être laissé aller à trop se regarder dans le miroir sans voir la faiblesse de l’arrière plan. Peu de fond, une trame déjouée mais simpliste, pour un charme qui se perd dans une masse d’images explosives. Une carapace esthétique tenace qu’il ne vaut mieux pas essayer de briser si l’on ne veut pas trébucher vers un parterre de déceptions.      

Pour qui ? Les Paulette et les Georges un brin nostalgiques des sept nains ou de Twilight.

QUAND JE SERAI PETIT, de Jean-Paul Rouve

L’idée du scénario de Quand je serai petit lui vient un jour où il se rendait à Venise en train. Script hasardeux, né d’une simple impression de déjà vu. Jean-Paul Rouve change de registre avec ce nouveau film et plonge de pleine tête dans les tumultes d’un film alliant dramaturgie et comédie. Un travail d’écriture empruntant également au domaine du film fantastique puisque l’histoire contée s’inscrit dans deux mondes intimement liés et improbables sans pour autant établir de limites entre réalité et imaginaire. Une caricature d’introspection maladroite du personnage principale, prônant une certaine forme de simplicité dans la structure même de son film.
 
Mais ce dernier se perd entre forme et propos. Revenir en arrière pour changer le cours de sa vie ou rattraper le temps perdu, Quand je serai petit perd un peu le nord, en s’affichant en sorte de conte philosophique au traitement réaliste. Un comble pour un film qui se déroule pour l’essentiel dans cette région. En tombant sur un gamin qui le trouble étrangement lors d’une croisière avec sa femme, Jean-Paul Rouve se retrouve hanté par cette vision et va se lancer dans une quête absurde des origines de ce gosse qui lui ressemble tant. Son équilibre actuel et les fondements de son existence vont ainsi être chamboulés à jamais. Une interrogation demeure toutefois envers cette notion de destin, en accordant son crédit dans ce film. Les différents protagonistes parviennent tout de même à trouver une certaine justesse de ton malgré une réalisation abracadabrante et un scénario à la plume bien trop personnelle. Cette nostalgie propre à Jean-Paul Rouve a bien du mal à trouver écho. A trop vouloir en faciliter l’approche, en faire une réalité augmentée s’asseyant sur l’esthétisme dit cinéma, le film frôle l’effet de style aux allures contemplatives voire japonisantes. Pensant faire simple et touchant, Quand je serai petit patauge et le résultat laisse de glace. Un constat douloureux quand on mesure à quel point le personnage, l’acteur lui-même peut s’avérer talentueux et attachant.          
Pour qui ? Les Paulette et les Georges peu regardant.

>Retrouvez Emilie sur son  blog

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