LE CINEMIX DU 11 AVRIL

 
Dans les salles cette semaine, on fait le plein de nouvelles histoires, belles, étranges ou poétiques, on joue à la guerre, on retrouve l’amour et son âme d’enfant.
 
> Les coups de cœur de la semaine
 
I WISH, NOS VOEUX SECRETS, de Kore-Eda Hirokazu ♥♥♥
 
Kore-Eda Hirokazu, cinéaste intimiste, vient une nouvelle fois nous bercer avec sa tendresse et son regard subtil du quotidien. I Wish, nos vœux secrets (Kiseki en version originale, qui signifie "le miracle") trouve sa force dans l’anti-démonstration et l’observation naturelle. Sur l’île volcanique de Kyushu au Japon, deux jeunes frères aux caractères différents se voient séparés suite au divorce de leurs parents. L’aîné parti vivre au sud de l’île avec sa mère et ses grands parents, le cadet resté avec son père dans la partie nord. Affectés de cette distance et animés par l’espoir, les enfants s’imaginent créer un vrai miracle afin de réunir leur famille.  S’entame dès lors une douce épopée où la naïveté et l’imaginaire affrontent le changement, les épreuves d’une vie. Accepter de grandir, s’émanciper sans s’effrayer de l’avenir, une aventure emplie de questionnements pour ces jeunes frères et leurs amis. Un deuil du passé s’amoncèle à la frontière du monde adulte, un début de sagesse à atteindre pour mûrir sans brûler d’étapes. C’est au croisement de deux trains d’une nouvelle ligne à grande vitesse Shinkansen, reliant leurs deux villes, que leurs vœux s’exhausseront.
 
Kore-Eda Hirokazu règne en maître tel une force protectrice sur ce film en s’attelant à caresser avec pudeur chaque détails. Le réalisateur qui ose l’élégance des longueurs, la modestie de ses images, la sensibilité poétique de ses portraits, vient tout d’abord nous laisser croire qu’il nous imprègne du bout des doigts. Jusqu’à s’apercevoir, en songeant à nouveau au film, que derrière la douce empreinte, nous sommes littéralement tombés dans ses bras.   
  
Pour qui ? Pour toutes les âmes d’enfants, Paulette ou Georges, nostalgiques et rêveurs ou les lecteurs abonnés à Rail Passion.
 
 
RADIOSTARS, de Romain Levy ♥♥♥
 
Grand ménage de printemps en vue avec le film de Romain Levy qui dépoussière le rayon comédie française de l’étagère avec une bonne grosse dose d’aplomb et de railleries. Sans prétention, réaliste, justement dosé et rythmé, l’audacieux Radiostars transpire la sincérité. Faire rire une salle débordante de journalistes pointilleux, décrocher une quasi unanimité des ressentis, que de paris fous et pourtant. L’essai est brillamment relevé pour cette jeune et joyeuse bande, amis au delà des plateaux pour certains, qui taquine le genre et le modernise sans complexe.
 
Film générationnel à tendance sarcastique, une ascension rock’n’roll faisant face à l’échec façon road-movie, Radiostars est sorti grand vainqueur du festival international de la comédie de l’Alpe d’Huez en décrochant le prix du jury. L’histoire, contenant une large part autobiographique, revient sur la rencontre peu hasardeuse, entre un jeune aspirant comique et une équipe d’animateurs radios. Trame simple mais très vite parsemée d’anecdotes et de petites intrigues liées au groupe. Avec l’amitié en étendard, le film allie humour et tendresse. Les protagonistes contrent la caricature en affichant une juste et belle union, les dialogues sont crus, la bande originale dynamique et les images bien travaillées.
 
Romain Levy a tenu à choisir ses techniciens en fonction de son propre âge, sous forme d’une presque colonie de vacances, pour regrouper une équipe cohérente avec le film. Une mention toute spéciale pour Clovis Cornillac qui tâte le genre en présentateur-pilier caractériel et Manu Paillet qui se révèle progressivement avec son jeu tout en générosité. 
 
Pour qui ? Les Paulette et les Georges qui aiment se bidonner entre amis.
 
 
> Les autres sorties de la semaine
 
TWIXT, de Francis Ford Coppola ♥♥
 
Certaines blessures ont bien du mal à cicatriser. Twixt est un film suintant la peine telle une plaie ouverte. Refuge d’un fantôme qui hante l’esprit, traverse les années et vient parasiter un deuil. Non sans un écho certain à son propre passé, Francis Ford Coppola feuillette à travers ce film le chapitre de la perte avec une fantaisie déconcertante. L’introspection débute par l’orientation même de ce film. Twixt devient ainsi un embarrassant mélange régressif entre genres et références dans lesquels le cinéaste s’emploie et dont il affectionne les codes.  Ce chantier artistique, à tendance horrifique et énigmatique, s’essouffle à mettre un peu d’ordre dans ses espaces. S’en suit, l’utilisation sans grande surprise d’opter pour une dualité de visuels très contrastés. Parti pris simpliste séparant de la sorte deux univers flirtant constamment avec leurs limites. Twixt s’efforce donc à tracer un parallèle grossier entre une suite d’images oniriques, monochromes, repaire de l’imaginaire, du fantasme, voire de la création pure avec des plans d’une réalité en couleur, une vérité que l’on fuit, une existence sans saveur.
 
Francis Ford Coppola, pourtant savant conteur d’histoire, créatif hors norme, se transforme ainsi pour ce film en son propre ennemi. L’histoire de Twixt, germe d’un rêve du réalisateur lui-même lors d’une nuit arrosée, sombre mise en abîme d’une quête perpétuelle du processus de création, relève les pièges d’un trop de libertés auxquelles le scénario ne survit pas. Il devient difficile pour les acteurs d’assumer ce grain de folie sans jouer la surenchère. Val Kilmer, père inconsolable et écrivain à l’agonie, semble courir après son rôle. Seule Elle Fanning, l’envoûtante, excelle dans sa transparence et sa subtilité. Une expérimentation risquée et assumée pour le réalisateur qui saura toujours nous diviser. 
 
Pour qui ? Les Paulette et les Georges adeptes de séries B à tendance vampiresque et pour les inconditionnels de Coppola.
 
 
BLANCHE NEIGE, de Tarsem Singh ♥♥
 
Tarsem Singh retrouve son âme d’enfant en signant cette relecture, dite contemporaine, du célèbre conte popularisé par les frères Grimm. Blanche Neige (Mirror Mirror en version originale) s’amuse des codes et s’œuvre à dérider l’indéridable.  Des affres du pouvoir et ses rouages à la poursuite hystérique d’une innocence perdue, peu d’ingrédients manquent à l’appel, pourtant la recette devient parfois trop mielleuse. Des fantaisies contrôlées, des personnages remodelés, des dialogues vifs et cyniques, des costumes abracadabrants, des images douces et édulcorées à la technique irréprochable, la magie semble opérer.  Les bambins s’en donneront à cœur joie mais l’imaginaire des aînés se sentira quelque peu frustré. La folie annoncée affiche une décevante douceur et l’humour émanant garde toujours un pied dans la cours de récréation.
 
Julia Roberts, brille en reine capricieuse, narcissique et manipulatrice. Lilly Collins, l’héritière naïve et recluse, transforme avec audace Blanche Neige en femme combative.
 
Une bataille ouverte où la pureté d’un engagement l’emporte sur la simple beauté. Tarsem Singh pousse certaines portes, celles d’un monde où les princesses passent le flambeau aux activistes, les nains deviennent pilleurs et où l’on n’a plus vraiment besoin d’être sauvé par un prince.
 
Pour qui ? Pour les mamans Paulette et leurs chérubins ou pour toutes celles qui n’ont jamais vraiment renoncé au mythe du prince charmant.                       
 
 
PLAN DE TABLE, de Christelle Raynal
 
Et si… Soit l’éternel sujet d’hypothétiques destinées rendant grâce aux joies de choix hasardeux. Mais travailler la note, surtout pour un premier film, revient à accepter une certaine notion de fatalité. Celle d’un scénario qui se mord la queue.  Le piège de nombreuses redondances vient malheureusement engluer le film, l’immobilisant sur place sans même l’avoir vu parcourir un semblant de chemin. Christelle Raynal pousse timidement les portes du cinéma avec cette comédie romantique après avoir œuvré quelques années pour le monde de la publicité. Un amour pour les histoires indéniable mais peu suffisant. Plan de table part avec l’handicap d’un squelette boiteux.
 
Le film ne parvient que très peu à s’épanouir, à s’extraire de ses nombreux, et pourtant redoutés, clichés. L’ensemble reste très théâtralisé, surjoué, menant vers des séquences parfois humoristiques mais souvent pesantes et élémentaires. L’histoire démarre sur un mariage qui s’annonce d’ors et déjà perdant puisque la mariée préfère envoyer valser les ornements d’une table d’invités en couchant avec son ex le jour même de ses noces. L’acte, fort de ses retombées, se dissèque ensuite sous toutes ses formes.
 
L’infidélité résonne ainsi comme le seul véritable écho aux questionnements de ces protagonistes. Tromper, ou se tromper pour mieux apprendre de ses erreurs et affronter un choix cornélien, une réalité. Éthique douteuse qui se veut dans l’ère du temps et pourtant, les belles histoires peuvent aussi être comptées avec esprit, fidélité et romantisme sans paraître vieux jeu.
 
La poussière, celle qui pique le nez, s’apparente davantage à la vision académique de la construction des personnages de ce film. Pour autant, Audrey Lamy et Arié Elmaleh se distinguent avec aisance. Apportant toute la fraîcheur et la sincérité qui manquent cruellement à Plan de table pour devenir un film véritablement distrayant et convainquant.
 
Pour qui ? Les Paulette adeptes des téléfilms du dimanche.
 
 
BATTLESHIP, de Peter Berg
 
La flotte de l’US Navy pourrait couler toute entière devant nos yeux sans que le film ne parvienne, même une seule fois, à nous toucher. Regrettable, pour un film tiré d’un jeu de stratégie.  Soit, Battleship, l’adaptation moderne et cinématographique d’une des plus célèbre pièce du catalogue Hasbro, "Touché Coulé". Peter Berg peine à compléter sa structure initiale de l’affrontement naval et se conforte d’un scénario fébrile, le tout formaté en grosse production à l’américaine. L’histoire devient dès lors très vite secondaire au profit d’une succession d’images de synthèse des plus spectaculaires et salvatrices.  Une démonstration de technique au réconfort certain qui peine cependant à faire oublier les vides et les excès de testostérone de ce film. Sans véritable originalité, la planète fait face à une invasion extra-terrestre visant à piller nos ressources et dotée d’une extrême puissance contre laquelle les humains devront se battre pour survivre.
 
Tel un clip de campagne pour la Navy, les batailles se disputent principalement sur l’eau à travers un réel défilé d’artillerie lourde et de navires. Outre l’apologie des forces armées américaines, Battleship s’alourdit d’une flopée de personnages tous plus creux les uns des autres.  Seule la victoire compte, rien n’est vraiment développé, le duel reste brut et l’objet d’une vision manichéenne voire prosaïque. Un film de science fiction où l’anticipation n’a résolument pas sa place, où la guerre s’expose sans légendes. Battleship engage également dans ses troupes la chanteuse Rihanna. Certes maladroite, l’athlétique pop-star relève le défi, se fond parfaitement dans le décor et parvient même à trouver grâce et justesse.  
 
Pour qui ? Pour tous ceux qui ne voient pas l’intérêt d’un scénario, les Georges à gros biscoteaux et les Paulette fanatiques de Rihanna.
 
 
 
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