LE CINÉMIX DU 10 OCTOBRE

Cette semaine dans les salles obscures, le cinéma se met dans tous ses états pour notre plus grand plaisir : rencontre avec des fous de la gâchette, une plume adolescente, une peluche baratineuse et un rouge sur des lèvres égarées.

> Le coup de cœur de la semaine

GOD BLESS AMERICA, de Bobcat Goldthwait 

Qui n’a jamais rêvé de partir en guerre contre la bêtise humaine? Avec son nouveau film, Bobcat Goldthwait dresse un portrait rageur et satirique, assurément contemporain et humoristique de ses semblables. Cinquième film du comique américain, God Bless America se révèle une fable noire, incohérente, sanglante et dénonciatrice, une démarche personnelle revendiquée qui n’aspire finalement qu’à peu de choses, nous faire nous questionner. Un cri principalement à visée américaine mais une lecture adaptable à tous, révélateur d’interrogations sur la place, le rôle, la directive de chaque individu et ce, peu importe sa patrie.

L’histoire est celle de Frank (interprété par le petit frère de Bill Murray, Joel Murray), un père divorcé qui vient de perdre injustement son emploi et de découvrir qu’il a une tumeur incurable. Face à cette situation désespérée Frank décide de retarder son suicide et de partir en chasse armée. Une odyssée salvatrice, une quête vaine vers une sérénité perdue, une folie meurtrière dans laquelle Frank se trouvera une surprenante alliée. Un duo déroutant se forme ainsi avec Roxy (Tara Lynne Barr), adolescente un peu barge, désireuse de se rebeller contre le système et aspirante criminelle. Une fiction qui détonne, un pied de nez frontal, God Bless America se révèle être un exutoire jouissif. Un carnage délirant aux pulsions cyniques et aux ardeurs romantiques, l’antidote parfait pour passer un bon moment au cinéma.            

Pour qui ? Les Paulette et les Georges, du style Bonnie & Clyde.
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> Les autres sorties de la semaine

DANS LA MAISON, de François Ozon ♥ ♥ ♥

François Ozon vient encore frapper fort et retrouve son talent indéniable de conteur pour ce nouveau film alliant littérature, voyeurisme et manipulation. Véritable ode à la création, le réalisateur nous dévoile ses ficelles pour mieux nous embarquer dans ce processus, cette histoire naissante, cette improbable relation. Tout débute par la rencontre entre deux hommes, l’un à la fleur de l’âge, l’autre à peine boutonnant. Une rencontre faites de papier et établie par la force des mots. Germain, brillamment interprété par Fabrice Luchini, est un professeur de français, lassé voire déprimé par son métier, qui retrouve goût en l’enseignement suite à la lecture répétée des rédactions d’un de ses élèves.

Claude, joué par Ernst Umhauer, est l’élève en question, sorte de Rimbaud inespéré face à ce professeur en mal d’inspiration, à la fois doué et mystérieux. Dans la maison est l’adaptation d’une pièce de théâtre espagnole de Juan Mayorga, Le garçon du dernier rang, dont François Ozon a du en simplifier certains aspects. Un caractère originel complexe qui pourtant se trouve empreint sur la pellicule d’une fluidité singulière, un récit dans lequel l’on se laisse aisément flotter avec béatitude et perversion, sans sourciller. François Ozon bat la mesure, tempérant avec justesse ses dialogues, patientant un suspens intrusif et affichant une réelle complicité avec le plaisir malsain.   

Pour qui ? Les Paulette et les Georges, nostalgiques des bancs d’école.
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TED, de Seth MacFarlane
 

Le concept aurait de quoi en effrayer plus d’un et pourtant l’essai s’avère gagnant pour Seth MacFarlane. Le réalisateur, féru d’animation, n’a pas hésité à prêter sa voix et à faire d’un ours en peluche l’un des personnages principaux de son dernier film. Une fois l’absurdité digérée, la situation trouve rapidement sa dose de réalisme et d’insolence. Véritable succès outre atlantique, TED débarque sur nos écrans avec autant d’attentes que de curiosité. Comédie audacieuse et réservée à un public de jeunes adultes consentants, TED allie provocation, humour paillard et sentiments. Un couple de trentenaires, formé par John Bennett (Mark Wahlberg) et Lori (Mila Kunis), se retrouve face à une nouvelle crise qui risque fort de faire sonner la fin de leur histoire. TED, l’ours en peluche vivant de John Bennett et son meilleur ami depuis ses huit ans, n’est pas du genre à jouer la transparence. Immature, dévergondé et envahisseur, TED n’affiche pas grand soutien pour aider son "pote du tonnerre" à sauver son couple et à franchir le cap du passage à l’âge adulte. TED dénonce et pose les bonnes questions quant à cette nouvelle génération de jeunes à la tendance régressive certaine, à la fois effrayée et responsable. Pour autant Seth MacFarlane s’assoit sur toute forme de morale, gageant sur le respect des étapes qui forment un être. Quitter le monde de l’enfance, une tâche qui s’avère peut être plus facile que de savoir qui l’on veut être vraiment.    

Pour qui ? Les Paulette et les Georges qui refusent de grandir ou les fans de Flash Gordon.
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LIKE SOMEONE IN LOVE, de Abbas Kiarostami ♥ ♥

Cinéaste vieillissant, Abbas Kiarostami est avant tout la voix d’une élégance presque démodée mais toujours inspirée. Dans ce nouveau film, Like someone in love, le réalisateur nous emmène à Tokyo pour une durée de vingt-quatre heures. C’est à travers ce court laps de temps qu’opère une intrigante chorégraphie, celle d’âmes flottantes, liées dans l’espace mais ne faisant jamais corps. Like someone in love retrace la rencontre entre une étudiante perdue et fatiguée, devenue escort-girl pour gagner sa vie, et son nouveau client, un vieillard esseulé. Il ne s’agit pas ici d’exécuter une quelconque démonstration, Abbas Kiarostami tend vers une forme de cinéma plus organique, à l’esthétisme et à la fluidité sereine.

La présence est bien là, nous voilà portés, nous spectateurs, dans cette carapace mouvante, invisible et silencieuse, qui nous ouvre la curieuse porte du regard. Cet oeil insistant sur l’autre, l’énigmatique inconnu, celui qui semble laisser filtrer ses failles, ses secrets sans pour autant sembler en avoir connaissance. Like someone in love n’est pas du genre à jacasser, le film joue le minimalisme et scrute patiemment ces êtres, ces ombres, s’attarde sur ce que l’on ne voit pas. Car derrière le superflu se cachent souvent les plus belles trouvailles et Abbas Kiarostami s’amusent des perceptions. Une expérience presque sensorielle si l’on est en état de la supporter et de ne pas s’assoupir en cours de route.      

Pour qui ? Les Paulette et les Georges, les plus cinéphiles.
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