LE 28 SEPTEMBRE, C’EST LA JOURNÉE MONDIALE DU DROIT À L’AVORTEMENT

Le 28 septembre marque la journée mondiale du droit à l’avortement. L’occasion pour nous de revenir sur ce droit dont les femmes, malheureusement, ne jouissent pas de façon égale à travers le monde. 

Aujourd’hui, les femmes sont inégales et ne disposent pas unanimement du droit à disposer de leur propre corps suivant le pays dans lequel elles résident. Le droit à l’avortement n’est pas octroyé à toutes, et continue à présenter d’importantes disparités à travers le monde. Si le nombre d’Etats autorisant aux femmes d’avorter lorsque leur grossesse présente un risque vital a augmenté avec les années, certains pays comme Malte, le Salvador ou le Nicaragua appliquent encore des lois strictes qui considèrent l’avortement comme un crime. 

Comme le rappellent l’ONU et l’OMS, pénaliser l’avortement ne se traduit pas nécessairement par un nombre amoindri de femmes y ayant recours. En revanche, le pénaliser oblige celles qui avortent à se soumettre à une pratique qui souvent met leur vie en danger. Les avortements causeraient la mort d’environ 47 000 femmes chaque année. En effet, les avortements clandestins sont le plus souvent pratiqués dans des conditions sanitaires déplorables qui font courir de nombreux risques à celles qui y ont recours. En moyenne et selon des chiffres de 2011, les dangers sur la santé suite à un IVG seraient quatre fois plus importants dans les pays ayant des lois restrictives à son sujet. C’est notamment face à ces chiffres alarmants que différentes associations et ONG militent pour ce droit, le droit à la santé étant l’un des droits fondamentaux de tout être humain. 

Qu’en est-il du côté de la France ?

Aujourd’hui en France, et depuis 1975, les femmes disposent du droit à l’avortement. Revenons sur ce combat mené dans notre pays il y a plus de 40 ans. 

Au début des années 70, 300 000 femmes avortent clandestinement chaque année en France, où elles risquent six mois de prison. L’acte n’est pas sans conséquence puisqu’une femme meurt tous les jours dans le pays suite à cette opération. Face aux risques, certaines Françaises, les plus aisées, décident de traverser la Manche pour rejoindre le Royaume-Uni, où l’avortement est légal depuis 1967. 

Devant ce qu’elles considèrent comme une injustice, 343 femmes décident de se faire entendre et publient « Le manifeste des 343 salopes » dans Le Nouvel Observateur, en avril 1971. Le texte, rédigé par Simone de Beauvoir, est notamment signé par Catherine Deneuve, Jeanne Moreau, Gisèle Halimi et Agnès Varda. Toutes déclarent avoir déjà eu recours à un avortement dans un texte fort qui débutent par ces mots « Un million de femmes se font avorter chaque année en France. Elles le font dans des conditions dangereuses en raison de la clandestinité à laquelle elles sont condamnées, alors que cette opération, pratiquée sous contrôle médical, est des plus simples. On fait le silence sur ces millions de femmes. Je déclare que je suis l’une d’elles. Je déclare avoir avorté. ». 

Alors que le débat autour de l’interruption volontaire de grossesse est de plus en plus vif, le procès de Bobigny en 1972 l’exalte davantage. Il s’agit d’une affaire dans laquelle cinq femmes sont jugées : Marie-Claire, 16 ans, qui a avorté après s’être faite violée par un garçon de son lycée, et quatre femmes, dont sa mère, qui l’ont aidée et accompagnée dans ce processus clandestin et tumultueux. Celles-ci seront défendues par la célèbre avocate Gisèle Halimi, faisant de ce procès une affaire publique extrêmement suivie par les Français. 

C’est dans ce contexte particulièrement houleux que Simone Veil est désignée ministre de la Santé sous le gouvernement Chirac, en 1974. Elle est alors chargée de préparer le projet de loi qui dépénalisera l’avortement en France. Celui-ci est présenté à l’Assemblée nationale en novembre 1974, et mène à 72 heures de débat entre les députés, qui à l’époque, sont à 98 % de sexe masculin. C’est donc face à 420 hommes et 9 femmes que Simone Veil délivre un discours poignant, accueilli par des applaudissements ainsi que des critiques. Un député n’hésitera d’ailleurs pas à comparer l’avortement à la Solution finale nazie, en disant que légaliser l’avortement reviendrait à jeter les embryons au four crématoire – une comparaison malvenue lorsque l’on connait le passé douloureux de la Ministre… 

La loi relative à l’interruption volontaire de grossesse, communément appelée loi Veil, est finalement adoptée le 29 novembre 1974, et entre en vigueur l’année suivante. Le délai légal pour avorter est alors de 10 semaines en France, et sera rallongé à 12 semaines de grossesse en 2001. Dès mars 2013, l’IVG est remboursée à 100 % pour toutes les femmes. 

La journée mondiale du droit à l’avortement, si elle est en réalité nationale, reste l’occasion de rappeler que toutes ne sont pas libres de disposer de leur corps comme elles le souhaitent à travers le monde. La récente tribune rédigée par l’écrivaine Leila Slimani et la réalisatrice Sonia Terrab évoque la situation au Maroc, dont les deux femmes sont originaires. Réunissant 490 signataires, le texte s’adresse au gouvernement marocain qui persiste à imposer un contrôle des moeurs jugé obsolète et hypocrite puisqu’il interdit notamment l’avortement alors même que « chaque jour, [au Maroc], entre 600 et 800 avortements clandestins sont pratiqués ». Les signataires qui se désignent comme « hors-la-loi » souhaitent, grâce à cette tribune, ouvrir un débat national. 

Article de Léah Boukobza

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