LABEL VIE : MAMAN RECORDS

Photo, Guillaume Adrey

Ne vous fiez pas à son nom. Loin d’être un énième label branchi-brancha parisien, Maman Records secoue la pop sous de multiples facettes.

L’un des plus jeunes labels français du moment, Maman Records, a un peu moins de deux ans, mais compte déjà plusieurs sorties à son actif, dont les EP de Kisses et de Leno Lovecraft. Non content de promouvoir une "pop expérimentale" accueillante et ingénieuse son fondateur Hervé Siard prône l’épicurisme musical. On est avec lui !

Paulette : Comment est né Maman records ?
Hervé Siard : Le label est né à la fin de l’année 2009. Après avoir été graphiste pour des agences de communication, j’ai travaillé sur la compilation Sisters du label Phunk. J’ai alors décidé de monter mon propre label. Je m’occupe de la direction artistique et Bruno Wandel gère toute la communication. Dans un premier temps, on était d’avantage axé sur l’organisation de soirées et pas vraiment sur les disques. Mais la sortie de l’album de Kisses a changé la donne.

Comment choisis-tu les artistes dignes d’entrer chez Maman ?
C’est très variable. Par exemple, Sheraff, en plus d’avoir du talent, est un ami.  Cela ne veut pas dire que l’on privilégie le copinage. Maintenant que le label commence à avoir sa petite notoriété, on nous contacte d’avantage. Mais ça ne sert généralement pas à grand chose parce qu’on préfère draguer plutôt qu’être dragué.
Le plus important est de travailler avec des personnes qui considèrent encore que vivre de la musique est une chance et que la passion aide à supporter les moments plus rudes. Sur le plan artistique, on a peu d’estime pour les "suiveurs". Par exemple, ça ne nous intéresse pas d’avoir un ersatz de Phoenix. On veut de la musique surprenante avec des croisements bizarres dans la forme et dans le fond. Mais à côté de cet angle défricheur, le label n’aspire pas à toucher une élite. On ne cherche pas les références culturellement correctes comme le rockabilly, le krautrock ou l’italo-disco. C’est usant de voir le présent être trop tributaire du passé.

Parle-nous des dernières signatures Greatest Hits et Leno Lovecraft.
Greatest Hits est un duo de Brooklyn qui fait du funk à la manière d’Ariel Pink. Leur musique sonne un peu lo-fi, sans pour autant tomber dans le  son vintage des enregistrements cassettes. La première fois qu’on a écouté leur single Funky Dame, on a cru recevoir une claque.
Leno Lovecraft, lui, est un artiste Néo-Zélandais qui semble avoir plutôt bien assimilé la musique de Daft-Punk et les sons électro du début des années 2000. Je parie que son prochain single Princess sera le tube de l’été. Je pourrais développer encore longtemps, mais je ne veux pas que ma passion pour ces artistes ne passe pour de la prétention.

Si Maman reprenait la direction artistique d’un club, lequel serait-il ?
Ce serait plutôt un bar, le Sans Souci. Même si la programmation est très rock, cet endroit sera pour toujours lié à Maman. Dans le même esprit, il y a aussi son petit frère le Mansart.

Quel est ton background musical ?
Je viens d’une famille qui ne comprend rien à la musique. Quand j’étais gamin, mes parents écoutaient ABBA. Ce groupe est l’exemple même de ce que j’appelle la "pop expérimentale". Je me considère un peu comme un enfant de la Brit Pop du début des années 90 avec les Happy Mondays et de la musique électronique de Carl Craig, Grooverider ou de Doc Scott, découvert lors de mes premières raves.

Tu dis que Maman se présente comme un label où seul mot d’ordre est de reconsidérer la "pop classique" pour "un format pop expérimental". Pour le reste, Bruno et toi semblez marcher à l’improvisation. Pourquoi ce contre-pied artistique ?
Nous voulons avoir le droit de continuer d’écrire l’histoire de la musique. Il y a encore de vastes terrains à explorer. Comme dit William Burroughs "Rien n’est vrai, tout est permis". Je crois que c’est une bonne définition de notre envie de conserver le droit à l’improvisation. La musique pop expérimentale est avant tout populaire et les artistes qui font cette musique populaire n’ont pas forcément lu Greil Marcus, ni même fait des études. Il est tout à fait possible faire une musique accessible tout en essayant de trouver de nouveaux formats, plutôt que de faire du copier/coller ou pire de tomber dans le sempiternel revival. La pop expérimentale n’est pas un genre mais une idée de la musique. Mais on pourrait y mettre par exemple la witch-house de Salem.

À l’exception de Sheraff, il n’y a pas de signature avec des artistes français. Tu trouves que les productions hexagonales ne sont pas assez intéressantes ?
Je dirais qu’elles sont un peu trop stéréotypées. Même si quelques nouveautés m’intéressent et que j’écoute ce qui se fait chez les producteurs français, je n’ai pas encore eu le coup de foudre. Des amis m’ont encouragé à signer La Femme, mais malgré ses qualités ce n’est pas un groupe pour Maman. Cela dit, on cherche activement un projet français avec lequel on pourrait travailler.

Parmi les artistes du moment, lesquels aurais-tu aimé signer ?
J’aurais adoré travailler avec Dum Dum Girls, un groupe pop de L.A et dans le genre électro je suis admiratif du travail de Jamie XX. Mais mon voeu le plus cher serait un jour de signer un artiste hip-hop de la trempe de Odd Future ou de Lil Wayne.

 

MAMAN RECORDS                                                           

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