LABEL VIE : EKLER’O’SHOCK RECORDS

Photo, Frédéric P. Méry

Matthieu Gazier, fondateur d’Ekler’o’Shock, a accepté pour Paulette de faire le point
sur les étapes clés du label, la production actuelle et nous livre quelques noms à surveiller les prochains mois.
 
Fidèle à une ligne artistique ambitieuse, EOS appartient à cette génération de labels soucieuse que la musique pop reste un art généreux. Ses dernières recrues, Paris et Maxence Cyrin, en sont une nouvelle preuve.
 
Paulette : Peux-tu raconter brièvement la genèse d’EOS présenter et ses activités ?
Matthieu Gazier : La création du label remonte à 2002. J’ai commencé par de l’auto-production avec The deBug Tentative. Je n’avais pas vraiment d’expérience dans ce domaine même si j’avais travaillé auparavant dans la promotion musicale. C’est en apprenant de manière empirique que j’ai progressivement structuré ce qui était au départ une association. Aujourd’hui Ekler’o’Shock est à la fois un label et un éditeur. On compte parmi nos artistes Danger, datA, Hours Of Worship, Sacha Di Manolo, Alexandre Chatelard et depuis peu Paris.
 
Quelles sont les ficelles pour parvenir à développer un label indépendant ?
C’est une question de persévérance, d’investissement et bien sûr de passion. Développer un label est un travail qui se fait dans la durée, d’autant que ce n’est pas le job le plus viable économiquement. La limite budgétaire nous oblige à multiplier les activités pour augmenter les sources de revenus. Le streaming ayant définitivement supplanté l’achat de musique, bon nombre de labels indépendants n’ont pas d’autre choix que de développer la synchro de pub, le merchandising ou les collaborations avec les marques. Spotify, par exemple, est génial pour un utilisateur, mais pour un label c’est la ruine. Il y a cinq ans, il fallait vendre 3000 titres sur i-tunes pour être à l’équilibre sur un maxi. Si tu veux arriver au même résultat aujourd’hui, tu dois faire l’équivalent de 500 000 écoutes.
 
Je me trompe peut-être, mais EOS donne l’impression de ne pas avoir d’identité visuelle aussi forte et fédératrice que d’autres labels indépendants.
C’est parce que, contrairement à Ed Banger avec So’Me, on ne travaille pas avec un D.A. attitré. Tant pis si c’est une faiblesse. On préfère avancer au gré de nos envies et surtout on estime que l’artiste doit parler avant le label dans l’identification. Cela ne veut pas dire qu’on n’accorde pas d’importance à l’image. Je ne vais simplement pas faire appel au même graphiste pour Maxence Cyrin que pour Paris. Depuis le début, on a travaillé avec Laurent Fetis, Neopen qui a réalisé le clip Rapture de datA, ou encore Fake qui a fait le logo et qui est aujourd’hui le D.A. du magazine Clark. Danger s’occupe lui-même de l’artwork de ses pochettes et j’ai demandé à Joachim Roncin de faire le visuel d’Alexandre Chatelard.


 

Les artistes que tu signes suscitent généralement des réactions positives. Comment les prospectes-tu ?
J’ai repéré datA et Danger sur Myspace, mais il n’y a pas de règles. Dans un premier temps, on marche au coup de cœur, ensuite les choix s’imposent. Le critère le plus important est l’investissement total de l’artiste. Une signature est un effort commun qui nous engage sur deux ou trois ans minimum et coûte entre 10 et 40 000 euros. Le facteur humain est aussi déterminant pour être certain d’être sur la même longueur d’onde en termes de stratégie.
 
Qu’est-ce qui, selon toi, a changé dans le monde musical en neuf ans ?
Quand j’ai commencé, c’était le début du mp3 et Myspace n’existait pas. La Préhistoire, quoi. J’allais sur des sites comme Elektrolink pour découvrir les artistes et toutes les semaines je me fournissais en disques à la Fnac. L’arrivée des réseaux sociaux, puis du digital a remis en question l’économie de la musique. En 2000, l’amateurisme n’était pas aussi accessible qu’aujourd’hui. En permettant l’émergence de nouveaux talents, Myspace a aussi ouvert une brèche dans la surabondance de projets.
 
Quel regard portes-tu sur la pop française actuelle ?
Je la trouve excitante. Maintenant que ce n’est plus la débauche de moyens, les artistes et les labels rivalisent d’idées. Tigersushi, Born Bad, Versatile, Disque Primeur et les autres créent une émulation positive. Je suis un fan de Poni Hoax et d’Adam Kesher, tout comme je respecte le travail de Joachim en tant que producteur et remixeur. Récemment, j’ai eu un gros coup de cœur pour Botox et Discodeïne.
 
J’imagine que tu es passé à côté de certains artistes…
Oh oui ! datA m’avait encouragé à signer son colocataire Breakbot. J’étais tenté, mais je ne l’ai pas fait. Au moment où je me suis réveillé pour lui proposer une offre, il était déjà sollicité par la Terre entière. Breakbot a fait du très bon travail avec Ed Banger sur Baby I’m Yours, jusqu’à en faire un tube mondial. Je ne sais pas si on serait arrivé aussi loin avec les moyens d’EOS.
 
À venir en 2011 ?
On vient de signer Maxence Cyrin qui va sortir son premier album de compositions originales. Il avait sorti auparavant deux albums de reprises dont un co-produit par Laurent Garnier, où il reprenait des classiques de techno au piano. Alexandre Chatelard est sur un projet de compilation en hommage à Jacno et il sera en juin sur la scène de la Cité de la Musique aux côtés de Brigitte Fontaine, Katherine, Christophe et Benjamin Biolay. Enfin, les albums de Danger et datA sont en préparation.
 
  PLAYLIST EOS POUR PAULETTE
Les McCann – Benjamin
Leonie – Couleurs 
Florent Marchet – Narbonne Plage
La Femme – La femme ressort
Psycho Realm – Pow wow
Moderat – Les grandes marches
Siriusmo – Signal
Hours of Worship – The one thing that still holds true
Mohini Geisweiller – Milk Teeth (Poni Hoax remix)
Arvo Pärt – Spiegel im spiegel

Écouter sur Spotify >>>

 
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